Saccage à l’hôtel de ville : «une comédie d’erreurs»

«S’il y a eu des images véhiculées par les médias sur l’intervention policière qui ont choqué, il n’y a eu ni inaction, ni collusion avec les manifestants», constate le rapport de rétroaction du SPVM.

PolitiqueLe président de la Fraternité des policiers de Montréal, Yves Francœur, avait provoqué toute une commotion au lendemain du saccage de l’hôtel de ville, en se portant à la défense de ses hommes. Il avait raison.

Avec son habituel franc-parler, M. Francœur blâmait ouvertement les cadres du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) pour ne pas avoir donné des directives claires aux patrouilleurs sur le terrain. «Une comédie d’erreurs», lançait-il avec une certaine audace.

La poussière n’était pas encore retombée sur l’incident. Les images montrées en boucle donnaient une bien mauvaise presse aux patrouilleurs. Les chroniqueurs, moi le premier, dénonçaient l’inaction proprement scandaleuse des policiers, qui étaient restés les bras croisés pendant que les employés en colère (principalement des cols bleus et des pompiers) envahissaient l’hôtel de ville pour y foutre le bordel.

«S’il y a eu des images véhiculées par les médias sur l’intervention policière qui ont choqué, il n’y a eu ni inaction ni collusion avec les manifestants», constate le rapport de rétroaction du SPVM, rendu public mercredi.

Ce rapport donne entièrement raison à Yves Francœur en blâmant les responsables du Centre de commandement et de traitement de l’information (CCTI), qui étaient en charge des opérations sur le terrain, le 18 août dernier. C’est dans une salle obscure du quartier général de la rue Saint-Urbain que les officiers du SPVM ont pris les mauvaises décisions au mauvais moment.

Les officiers responsables au CCTI «n’ont jamais ressenti l’urgence d’agir», note le rapport. Des policiers sur le terrain (autant des officiers que des syndiqués) ont rapidement exigé des renforts lorsqu’ils ont pris la mesure des risques de débordement. Ils ont demandé des troupes additionnelles pour bloquer les portes, et le déploiement de groupes d’intervention à l’intérieur pour dissuader les fauteurs de troubles.

Le CCTI a ignoré leurs appels du pied jusqu’à 18 h 51, alors que les syndiqués avaient déjà commencé à chahuter les élus dans la salle du conseil. Il était déjà trop tard.

Le CCTI n’a jamais pu prendre le contrôle de la situation. Quand le Centre a donné l’ordre de procéder à des arrestations, à 19 h 04, les manifestants avaient déjà fait les 400 coups et ils ressortaient de l’hôtel de ville à toute vitesse.

Des failles importantes dans la collecte de renseignements ont également miné les chances de succès du SPVM. Dès le 13 août, la Division du renseignement était informée de la tenue d’une manifestation de cols bleus, prévue pour la réunion du conseil, cinq jours plus tard. Cette manifestation représentait «un risque faible» pour le SPVM.

En raison de la nature du conflit (la réforme des régimes de retraite), les partenaires habituels du SPVM — lire les syndicats — n’étaient pas très bavards quant aux modalités de la manifestation.

À 14 h 20, le jour de la manifestation, le SPVM a quand même fini par apprendre que les pompiers et les cols blancs allaient se joindre à la contestation. Le SPVM savait aussi que les pompiers étaient «difficiles à contrôler». Leur chef syndical, Ronald Martin, était réputé pour ne pas avoir de poigne sur ses membres. Il est aujourd’hui accusé au criminel pour sa participation alléguée au saccage.

Enfin, dès 18 h, le SPVM savait que certains manifestants avaient l’intention de «faire du grabuge».

La piètre évaluation de la menace a entraîné une mauvaise planification opérationnelle. Quand les premiers employés ont franchi les portes de l’hôtel de ville, peu après 18 h 30, les dés étaient lancés… et le SPVM avait perdu.

Le rapport démontre clairement que le CCTI a agi en mode rattrapage tout au long de la soirée. La vitesse d’action des employés en colère a achevé ce qu’il restait de marge de manœuvre aux policiers. Une comédie d’erreurs…

* * *

À propos de Brian Myles

Brian Myles est journaliste au quotidien Le Devoir, où il traite des affaires policières, municipales et judiciaires. Il est présentement affecté à la couverture de la commission Charbonneau. Blogueur à L’actualité depuis 2012, il est également chargé de cours à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). On peut le suivre sur Twitter : @brianmyles.

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Tous ces faits réunis à mon avis semble néanmoins indiquer que la SPVM a quelque part volontairement traîné la patte. En comparaison avec toutes les autres manifs où ils sont généralement bien prêts et sur le terrain et la lenteur de leur intervention lors de celle-ci laisse mauvais goût et une suspicion légitime.

Le SPVM prend encore les citoyens pour des valises, ils n’ont rien à se reprocher mais comment se fait-il que s’il s’agissait de simples citoyens, des dizaines, voire des centaines de policiers auraient fait un assaut musclé en moins de trois minutes. Les manifestant, qu’ils soient des citoyens ou des membres de syndicats, policiers et pompiers DOIVENT avertir le SERVICE DE POLICE du nombre approximatif de manifestant ainsi que leurs parcours ! Allo ! 911, les lignes devaient être toutes occupées pendant plus de 30 minutes pendant la manifestation, tant qu’à déconner, non mais le CCTI est un département du SPVM et est sous son entier contrôle et il n’y a pas collusion, mais oui, mais oui ! Et qui rends la décision de “l’enquête bidon” une entité qui est sous le patronage du SPVM. Peut être devraient-on laisser les membres des Hells rendre leurs propres décisions “tant qu’à y être”. Ma valise est pleine monsieur Myles, merci.

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