Les libéraux au seuil de la majorité

Si les Canadiens étaient appelés aux urnes, le Parti libéral remporterait 175 circonscriptions, soit 5 sièges au-dessus du seuil de la majorité, selon la plus récente projection Qc125.

Adrian Wyld / La Presse Canadienne / Montage L'actualité

De nombreux sondages fédéraux ont été publiés dans les dernières semaines avant le dépôt du budget de Chrystia Freeland, le tout premier budget fédéral de cette pandémie. En analysant les données de ces enquêtes, nous observons quelques tendances claires quant aux intentions de vote des Canadiens, mais nous remarquons aussi quelques divergences régionales intéressantes. Nous vous présentons donc aujourd’hui une mise à jour de la projection fédérale Qc125. Vous trouverez la liste complète des sondages sur cette page.

Notez que les sondages utilisés pour cette projection ont tous puisé leurs données avant le dépôt du budget Freeland de lundi, à l’exception des derniers chiffres d’Abacus Data (voir ci-dessous). Il sera donc intéressant de vérifier si ce premier exercice budgétaire du gouvernement Trudeau en deux ans aura un quelconque effet sur l’humeur des électeurs au cours des prochaines semaines.

Nous avons pas moins de neuf nouveaux sondages de huit maisons différentes à nous mettre sous la dent. Jetons un coup d’œil à ces données. Voici d’abord les chiffres nationaux de ces sondages :

Nous pouvons séparer ces sondages en trois catégories : 1) ceux qui mesurent des intentions de vote démontrant le statu quo, 2) ceux qui indiquent une victoire libérale près du seuil de la majorité et 3) ceux qui laissent plutôt présager une écrasante majorité pour Justin Trudeau et le Parti libéral du Canada (PLC).

1) Les sondages de Campaign Research et d’EKOS indiquent une course hautement serrée entre les libéraux et le Parti conservateur du Canada (PCC), tous deux situant ces partis à un écart bien inférieur à l’incertitude de ces sondages. D’ailleurs, Campaign Research montre même une égalité statistique en Ontario, ce que les autres sondages réfutent cependant. Avec de tels chiffres, le PLC serait toujours le favori pour remporter le plus grand nombre de sièges, mais n’aurait probablement pas les appuis nécessaires pour obtenir une majorité.

2) De leur côté, les maisons Léger, Mainstreet Research et Nanos Research accordent aux libéraux fédéraux une avance de 5 à 7 points sur les conservateurs. Avec de tels chiffres, le PLC remporterait assurément le plus grand nombre de sièges à la Chambre des communes et pourrait même se permettre d’espérer une majorité grâce à des résultats généralement favorables au Québec, en Ontario et en Colombie-Britannique.

3) Finalement, Ipsos, Innovative Research et Abacus Data accordent au PLC une avance entre 10 et 12 points. Si de tels appuis devaient s’avérer dans les urnes lors des prochaines élections, le PLC pourrait remporter une des victoires les plus imposantes au niveau fédéral depuis le triomphe des progressistes-conservateurs de Brian Mulroney en 1984 (211 sièges sur 282).

Alors où en sommes-nous sur la scène fédérale ? À première vue, ces sondages pourraient nous sembler contradictoires. C’est pourquoi il est important, au-delà des chiffres de chacun, de considérer les tendances et de calculer des moyennes. Voici la projection Qc125 du vote au niveau fédéral :

Sans surprise, le PLC se trouve en tête avec une moyenne de 37 % au pays, une avance de 6 points sur le PCC, qui récolte 31 %. Régionalement, le PLC possède une avance confortable de 25 points dans les provinces de l’Atlantique, il devance le Bloc québécois (BQ) par 11 points au Québec et mène sur le PCC par une marge moyenne de 11 points en Ontario. Les conservateurs dominent dans les Prairies (à l’exception de Winnipeg) et en Alberta. En Colombie-Britannique, les deux partis sont à égalité statistique.

Pour ce qui est du Nouveau Parti démocratique (NPD), malgré des sondages encourageants au cours de l’hiver (dont plusieurs qui le plaçaient au-dessus de la barre des 20 %), la formation de gauche semble être retombée à son niveau de croisière et se retrouve maintenant à une moyenne de 17 % au pays. Le NPD réussit mieux dans les provinces à l’ouest de la frontière Manitoba-Ontario, où sa moyenne se trouve au-delà de 18 %, dont 24 % en Colombie-Britannique.

Comment ces appuis aux partis fédéraux se traduisent-ils en circonscriptions ? En considérant les résultats des sondages énumérés plus haut et les tendances des dernières élections fédérales, le modèle Qc125 calcule les projections de sièges suivantes :
Le Parti libéral du Canada remporte en moyenne 175 circonscriptions, soit 5 sièges au-dessus du seuil de la majorité à la Chambre des communes. Fort de ses appuis dans l’est du pays, le PLC possède une base solide de circonscriptions qui lui accorde un net avantage pour gagner le plus grand nombre de sièges. Toutefois, pour se hisser plus confortablement en zone majoritaire, le PLC devra remporter une fraction importante des circonscriptions pivots et gonfler ses appuis dans des régions rurales où le Parti conservateur du Canada (PCC) est généralement dominant.

Le PCC récolte en moyenne 110 sièges, soit tout juste sous son résultat de 2019 (121 sièges). Malgré l’arrivée d’un nouveau chef et le fait que ce dernier représente une circonscription ontarienne (Durham, juste à l’extérieur des couronnes de Toronto), le PCC n’enregistre pour l’instant aucun gain net ni en Ontario ni au Québec — deux provinces où il doit faire mousser ses appuis s’il espère renverser le PLC au prochain scrutin.

Au Québec

Les sondages de la dernière année nous indiquaient que les intentions de vote des Québécois n’avaient pas beaucoup bougé depuis les élections fédérales de 2019. Or, dans les dernières semaines, le PLC a quelque peu distancé le Bloc québécois et se trouve maintenant à une moyenne de 39 % dans la province (comparativement à 34 % en 2019), une avance de 11 points :
Toutefois, nous devons faire preuve de prudence avec les sous-échantillons régionaux des sondages fédéraux, car ils possèdent naturellement une incertitude plus élevée. D’ailleurs, regardez le graphique ci-dessous : il s’agit des chiffres québécois des sondages fédéraux depuis l’automne 2020. Nous pouvons certes y déceler des tendances, mais les données affichent aussi une quantité appréciable de fluctuations :

La projection de sièges au Québec accorde un avantage au PLC, qui remporte en moyenne 43 circonscriptions dans la province. Le Bloc québécois, vainqueur dans 32 circonscriptions en 2019, se trouve actuellement à une moyenne de 24 sièges, mais comme la formation d’Yves-François Blanchet est toujours compétitive dans un grand nombre de circonscriptions, le « plafond » du BQ demeure élevé.
Pour ce qui est des conservateurs et néo-démocrates au Québec, les projections demeurent sensiblement semblables aux résultats des élections de 2019 : 10 sièges en moyenne pour le PCC et un seul pour le NPD (Alexandre Boulerice dans Rosemont–La Petite-Patrie).

L’arrivée de la troisième vague de COVID-19 ainsi que la débâcle des élections provinciales à Terre-Neuve-et-Labrador auront sans doute refroidi les ardeurs des stratèges libéraux pour ce qui est de lancer le pays en campagne électorale ce printemps. Toutefois, en regardant ces chiffres, nous comprenons pourquoi la tentation était si forte. Après tout, l’ambition de tout gouvernement minoritaire est de parvenir à remporter sa majorité (demandez à Stephen Harper, qui a dû s’y prendre à trois reprises !).

Comme le rythme de la vaccination au Canada s’est fortement accéléré au cours des dernières semaines, il semble que les cibles établies par le fédéral cet hiver (tout adulte qui le désire sera vacciné d’ici la fin septembre) puissent être respectées. Si tel est le cas, parions que les Canadiens seront envoyés aux urnes juste avant que ce 43e Parlement fédéral souffle sa deuxième bougie, en octobre prochain.

Pour voir les détails de cette projection fédérale, visitez la page de Qc125. Trouvez votre circonscription dans cette liste ou consultez ces liens régionaux :

Laisser un commentaire

Analyse intéressante. Toutefois, il faut se demander pourquoi davantage d’électeurs accorderaient leur véto au PLC avec M.Trudeau comme chef. Pourquoi le gouvernement n’a-t-il pas interdit dès le début de la pandémie tous les voyages autres que ceux liés aux affaires? Pourquoi tarde-t-il toujours à vraiment contrôler les frontières? Connaissant les subterfuges utilisés par plusieurs pour passer les lignes sans se faire inquiéter par l’obligation de quarantaine, comment se fait-il que les mesures de contrôle soit si aléatoires pour ne pas dire quasi inexistante? On ne veut pas payer des milliers de dollars en hotel, pas de problème, un camp temporaire sécuritaire, contrôlé par les forces armées est érigé et vous y passez votre période de »probation-test négatif » avant de terminer votre quarantaine à la maison avec une vraie supervision techno. Pourquoi encore tarder à interdire les vols provenant de pays tel les Indes, le Pakistan, pour ne nommer que ceux qui sont évidents? En fait la gestion de la pandémie par le gouvernement canadien de M.Trudeau m’apparait quelque peu irresponsable. Et ce, sans parler de la façon dont il vide la caisse du trésor canadien.
Est-ce parce que le PCC est miné de l’intérieur par sa frange »évangéliste »?
En fait, y a-t-il un seul parti politique fédéral capable d’administrer le pays en respectant les champs de gouvernance provinciale?
Le jour du vote, se souviendra-t-on de ses excuses mièvres à tout propos, de sa mauvaise gestion générale ou de sa tentative de soudoyer les électeurs à l’aide d’un »bakshish » à même les deniers publics?

Répondre

Pour vous répondre, monsieur Bédard, Justin Trudeau ne sait que trop bien, à la lumière des sondages depuis le début de la pandémie, qu’il a pratiquement carte blanche de la part des Canadiens. En fait, le vote est tellement polarisé et les sièges sûrs obtenus par chacun des partis sont si solides que le gouvernement libéral a déjà payé les conséquences de ses politiques dans l’ouest du Canada. Les stratèges libéraux ne chercheront qu’à concentrer leurs efforts dans les deux provinces les plus populeuses, où ils peuvent le plus faire de gains.

Oui, définitivement, le PCC est miné de l’intérieur, comme leur dernier congrès l’a démontré quand Erin O’Toole n’a pu convaincre 54% des congressistes de la réalité du réchauffement climatique. Le PCC, plus que jamais, est le parti des dinosaures de l’industrie des sables bitumineux de l’Alberta et même la décentralisation des pouvoirs qu’il propose ne réussira pas à convaincre les premiers ministres provinciaux de l’appuyer. Et son projet de « corridor énergétique » (lire oléoduc Énergie Est, mainmise fédérale sur la compétence de l’hydro-électricité) ne peut que raviver la méfiance des Québécois à l’égard du PCC.

À cause du fractionnement du vote non libéral (comme la coexistence de deux partis au programme apparemment similaire comme le NPD et le PVC) et de la marginalisation du PCC à cause de ses chapelles idéologiques rétrogrades, le PLC restera le parti hégémonique d’un système multipartite étant donné l’absence de concertation sur l’alternative de gouvernement. Le Canada restera polarisé selon les intérêts spécifiques de ses régions.

Pour continuer sur la lancée de M. Bertrand avec lequel je suis plutôt d’accord, cette polarisation serait moins évidente dans un système électoral proportionnel. Le PLC peut surfer sur la polarisation et a pu renier son engagement d’instaurer la proportionnelle pour cette raison. Le PLC peut donc espérer une majorité avec seulement 40% du vote des électeurs… Ainsi, encore une fois la polarisation joue en faveur du PLC qui pourrait gouverner « majoritaire » alors que près de 60% des électeurs n’auront pas voté pour ce parti (tout comme ce fut le cas pour la « majorité » de l’administration Harper).

Je voulais écrire tout un chapitre sur les incompétences et l’arrogance de Justin Trudeau. Heureusement, je viens de lire un proverbe de Gandhi qui résume très bien ma pensée. Je le traduis de l’anglais en espérant qu’il ne perde pas sa force:
»S’il y a un idiot au pouvoir, les gens qui ont voté pour sont bien servis ». Ça dit tout.

Répondre