Les libéraux fédéraux sur la corde raide

Une proportion croissante de Canadiens croit que les manifestations autochtones au pays ont assez duré. L’utilisation de la force pour démanteler les barricades est une option de plus en plus populaire.

Photo : La Presse canadienne

Plus tôt cette semaine, les firmes Ipsos et Angus Reid ont publié des sondages inquiétants pour le gouvernement fédéral: une proportion croissante de Canadiens croit que les manifestations autochtones au pays ont assez duré et l’utilisation de la force pour démanteler les barricades, à tort ou à raison, est une option de plus en plus populaire.

Selon les chiffres d’Ipsos, près de deux tiers des Canadiens, soit 63%, favorisent des interventions policières pour forcer la fin des manifestions et permettre aux trains de voyager le long des corridors ferroviaires du pays. C’est une augmentation significative de dix points depuis la semaine dernière. Même une majorité de Québécois (62%) favorisent maintenant cette option, toujours selon Ipsos. Seulement un quart des Canadiens (26%) s’oppose à une intervention policière.

Étonnamment, il n’y a pas de grandes variations régionales aux réponses de cette question. Néanmoins, une proportion modestement plus importante de répondants dans les Prairies (72%) et en Alberta (76%) appuient l’usage de la force.

De son côté, Angus Reid a formulé son questionnaire en offrant deux options distinctes à ses répondants: « En ce qui a trait aux barricades, quelle option croyez-vous est la meilleure entre : 1) prêcher la patience et faire appel à la discussion et la négociation, pas l’intervention policière, ou 2) utiliser toute force légale nécessaire pour mettre fin aux barricades ». À cette question, une mince majorité de répondants, soit 53%, ont choisi la force.

De plus, pour la première fois depuis l’élection d’octobre dernier, le suivi hebdomadaire de la firme Nanos Research place le Parti conservateur trois points devant le PLC avec l’appui de 36% des Canadiens, une hausse de cinq points par rapport aux chiffres publiés en fin janvier. De leurs côtés, les libéraux font du surplace avec 33% (le même résultat que lors de l’élection). D’ailleurs, il est à noter que cette récente hausse du PCC au pays se manifeste aussi au Québec (les chiffres des sous-échantillons régionaux de Nanos se trouvent derrière un paywall et ne peuvent être divulgués ici).


Cette première session parlementaire du 44e parlement fédéral s’annonce donc mouvementée. Le Parti conservateur, en pleine course à la chefferie, n’est présentement pas positionné pour faire tomber le gouvernement tant et aussi longtemps que le Bloc et le NPD voteront en faveur des votes de confiance soumis à la Chambre des Communes.

Aux prises avec des négociations tendues avec plusieurs groupes des Premières Nations et une Alberta qui se sent de plus en plus exclue de la fédération, les libéraux fédéraux devront, tel un funambule bravant les hauteurs, marcher sur la corde raide au cours des prochaines semaines.

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2 commentaires
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D’accord pour utiliser la force nécessaire mais le gouvernement pourrait utiliser un autre moyen comme retenir les paiements et les salaires des Chefs autochtones ou encore envoyer leurs subventions par train!!

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Les résultats sont assez typiques des sociétés colonialistes qui n’aiment pas se faire rappeler qu’elles violent les droits des minorités, ici les peuples autochtones. C’est facile pour une majorité d’imposer ses volontés à une minorité surtout si celle-ci se relève à peine d’un génocide qui a duré environ 150 ans et dont certains aspects sont encore présents aujourd’hui, comme la loi sur les Indiens et l’obstination du gouvernement fédéral dans son refus de se plier aux décisions du Tribunal des droits de la personne dans l’affaire des enfants autochtones.

C’est un peu le côté sombre de la démocratie car si la loi du nombre doit prévaloir, alors on peut dire adieu aux droits fondamentaux des peuples autochtones. Ce qui complique les choses c’est l’ignorance du public en général de la situation des peuples autochtones et de leurs droits. Cela n’est pas enseigné dans les écoles, seulement dans de rares universités, et le fossé entre la société dominante et les peuples autochtones demeure toujours aussi grand.

Au lieu de réagir sur le coup de l’émotion, les Canadiens de la société coloniale devraient se poser la question à savoir si la violence va régler les choses et si cela pourrait apporter la stabilité qu’on recherche. De toute évidence, si on y réfléchit bien, on devra admettre que la violence entraîne la violence et que la situation ne pourra que se détériorer, ce qui risque de causer une grande instabilité.

On veut la stabilité ? C’est relativement clair : il faut s’engager dans un processus de décolonisation, rendre leurs terres ancestrales aux nations autochtones lorsque c’est possible (comme pour les Wet’suwet’en) ou faire des échanges équitables quand ce n’est pas possible. On doit respecter les types de gouvernance que se choisissent les Premiers Peuples et leurs traditions, y compris leurs lois et leurs systèmes juridiques (on appelle cela le pluralisme juridique, ce qui existe dans plusieurs pays où il y a plusieurs nations qui se côtoient).

Envoyer la police et l’armée ne va contribuer qu’à déstabiliser le pays, chasser les investisseurs et rendre la vie de tout le monde beaucoup plus difficile.

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