Les libéraux oseront-ils ?

Le Parti libéral du Canada se maintient largement en tête des intentions de vote et pourrait même regagner une majorité à la Chambre des communes en cas d’élections générales. De quoi donner des idées à Justin Trudeau ?

Crédit : L'actualité

Au cours des dernières semaines, il a dû être bien difficile pour les stratèges libéraux de ne pas avoir cherché un moyen de lancer le pays en élections générales. Depuis le printemps, les sondages d’intentions de vote sont unanimes : le Parti libéral du Canada se maintient largement en tête et serait même en bonne position pour regagner une majorité à la Chambre des communes.

En effet, les enquêtes hebdomadaires de Léger accordent au Parti libéral une avance oscillant entre 10 et 15 points sur le Parti conservateur du Canada depuis avril. D’autres firmes comme Abacus Data et EKOS ont récemment mesuré l’avance libérale à 11 points. À la fin juin, Innovative Research avait le PLC en tête par 14 points et Recherche Mainstreet, par 16 points (voir la liste complète des sondages).


Les découpages régionaux de ces sondages sont tout aussi encourageants pour le PLC : Justin Trudeau et son équipe seraient en avance dans 8 des 10 provinces canadiennes. Seules l’Alberta et la Saskatchewan penchent davantage vers le Parti conservateur.

Avec ces données fraîches sous la main, nous vous présentons aujourd’hui une mise à jour des projections électorales Qc125 en ce qui a trait au gouvernement fédéral.

Sans surprise, le Parti libéral du Canada se trouve en tête de la projection du vote populaire avec une moyenne de 40 % des intentions de vote. Non seulement le PLC est-il en tête en Ontario et au Québec, mais il aurait aussi pris les devants en Colombie-Britannique, une province où le PCC avait pourtant remporté le vote par huit points en octobre 2019.


Malgré tout, le Parti conservateur du Canada — toujours sans chef permanent — peut encore compter sur une base électorale solide : sa moyenne actuelle est de 29 % selon le modèle, soit une baisse de cinq points par rapport à son résultat national lors de la dernière élection fédérale. Toutefois, cette base fidèle d’électeurs, aussi solide soit-elle, se trouve principalement en Alberta, en Saskatchewan, ainsi que dans les régions rurales de l’Ontario et de la Colombie-Britannique. Selon la distribution régionale actuelle, le vote conservateur n’est donc pas efficace en ce qui a trait aux sièges.

Pour ce qui est du NPD, du Bloc québécois et du Parti vert du Canada, ces partis se trouvent essentiellement au même niveau que lors de l’élection d’octobre 2019. Étonnamment, le seul mouvement net et significatif dans les intentions de vote depuis l’automne est une baisse des conservateurs au profit des libéraux.

Cette importante avance du PLC le place en territoire majoritaire avec une moyenne de 196 sièges au pays (le seuil de la majorité à la Chambre des communes est de 170 sièges et le PLC en détient présentement 157) :



L’écart entre libéraux et conservateurs est tel que les intervalles de confiance des projections de sièges ne se croisent plus.

Considérez la figure ci-dessous : il s’agit des courbes de densité de probabilités des projections de sièges pour ces deux partis. Même dans le scénario le plus optimiste pour le PCC, il peinerait à remporter les 121 sièges qu’il a raflés en octobre dernier. Du côté du PLC, il dépasse le seuil de la majorité dans pas moins de 94 % des simulations effectuées par le modèle :



Au Québec, nous observons toujours une course à deux entre les libéraux et le Bloc québécois. Le PLC est en tête avec une moyenne de 40 % des intentions de vote dans la province, soit une hausse de six points par rapport aux résultats de la dernière élection. Le Bloc se tire bien d’affaire avec une moyenne de 29 %.



Les conservateurs et le NPD se trouvent respectivement à 13 % et 11 % au Québec.

Voici la projection de sièges fédéraux au Québec :


La modeste hausse du PLC dans les intentions de vote lui accorde une moyenne de 43 sièges. Quant au Bloc, il remporte en moyenne 25 sièges :


Voici la carte de la projection dans le sud du Québec. Nous remarquons que le PLC domine toujours Montréal, Laval et pourrait effectuer des gains en Estrie. Le Bloc demeure favori dans le reste du 450, soit la Montérégie, les Laurentides et Lanaudière. Les conservateurs demeurent bien en selle dans la région de la Capitale-Nationale et dans Chaudière-Appalaches :

Le Bloc québécois rafle aussi les circonscriptions du Saguenay—Lac-Saint-Jean, de la Côte-Nord et du Bas-Saint-Laurent. Dans les provinces de l’Atlantique, le PLC poursuit sa dominance et est en tête dans 29 des 32 circonscriptions de la région.


Le Parti conservateur tire toujours de l’arrière en Ontario, particulièrement dans les régions urbaines d’Ottawa, de Toronto, du grand 905 et de la région de Hamilton-Niagara. Selon les chiffres actuels, les libéraux seraient victorieux dans 87 des 121 circonscriptions de la province, en moyenne :


Dans l’Ouest canadien, le Parti conservateur maintient son avance dans les Prairies et en Alberta. La carte de la projection nous révèle une fois de plus le clivage urbain-rural au pays. Au Manitoba, en Saskatchewan et en Alberta, nous remarquons que, à l’exception de quelques circonscriptions nordiques, les seuls comtés non conservateurs se trouvent près des centres urbains de Winnipeg, de Regina, de Saskatoon, de Calgary et d’Edmonton. Finalement, libéraux, verts et néo-démocrates se partagent la plupart des circonscriptions du Grand Vancouver et de l’Île de Vancouver :


Si Justin Trudeau devait appuyer sur la gâchette et lancer le pays en élections anticipées cet automne, ses critiques l’accuseraient sans doute (et avec raison) d’opportunisme. Toutefois, soulignons que n’importe quel parti politique au pouvoir dans un scénario minoritaire serait tenté de faire le saut en regardant de tels chiffres.

Évidemment, une telle décision ne serait pas sans risque : comme c’est le NPD et le Bloc québécois qui détiennent présentement la balance du pouvoir à Ottawa, il faudrait d’abord que les libéraux perdent un vote de confiance… à moins qu’ils décident de saboter leur propre bateau en demandant à la gouverneure générale du Canada de dissoudre la Chambre.

Cet automne ? À l’hiver, juste avant le prochain budget ? Nous le verrons bien.

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Pour les projections des 338 circonscriptions du Canada, visitez la page fédérale de Qc125.

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