Les maisons mobiles des Forces canadiennes dans l’Arctique (photo)

Les Forces canadiennes ont inauguré hier leur nouveau centre d’entraînement dans l’Arctique, à 1560 kilomètres au nord de Yellowknife, à Resolute Bay.

Un projet en marche depuis l’annonce de Stephen Harper, en 2007.

Quelques médias ont fait de courts textes ou reportages sur le sujet, généralement accompagnés de photos de soldats en train de s’entraîner ou de patrouiller dans la vaste plaine de glace.

Mais vous n’avez probablement pas vu à quoi ressemblait la base militaire en question…

Faut dire que le complexe ne correspond pas vraiment à l’image que se font les gens d’une base d’entraînement militaire.

On est plus près de la grosse maison mobile que du complexe militaire hyper sécurisé avec design dernier cri.

Voici:

La nouvelle base d'entraînement des Forces canadiennes dans l'Arctique, à Resolute Bay.
La nouvelle base d’entraînement des Forces canadiennes dans l’Arctique, à Resolute Bay. Crédit photo: Forces canadiennes, 14 août 2013

En fait, pour avoir séjourné trois fois dans des camps militaires en Afghanistan, j’y vois une ressemblance assez frappante, la couleur rouge en plus (tout est gris et kaki en Afghanistan). Des abris métalliques posés au sol, sans fondation, de manière disparate et temporaire. Ce n’est pas un hasard. Dans le Grand Nord, il est impossible de construire des fondations, en raison de l’état du sol. Tout a toujours une allure un peu temporaire.

Le nouveau complexe de maisons mobiles des Forces canadiennes à Resolute Bay a coûté 25 millions de dollars. Quand on regarde l’infrastructure, ça peut sembler une belle somme (21 millions $ pour les bâtiments et 4 millions $ pour le système de communication).

Mais bâtir dans l’Arctique n’est pas simple. Et le nouveau centre d’entraînement, qui pourra accueillir 140 soldats à longueur d’année, nous rappelle à quel point la facture peut-être salée là-haut, en raison du transport par avion et des conditions climatiques extrêmes.

En 2012, des informations ont circulé indiquant que le projet coûterait un total de 4 millions de dollars. Puis, la facture a grimpé à 18 millions, puisque le ministère de la Défense y a ajouté une salle de classe, une infirmerie et un entrepôt pouvant abriter une quarantaine de motoneiges.

L’aiguille semble s’être arrêtée à 25 millions $.

C’est tout de même moins que l’estimation initiale, qui parlait de 60 millions $. On était alors en 2007 et le gouvernement Harper, qui a fait de la souveraineté dans l’Arctique un thème important de son règne, avait des idées de grandeurs… freinées par la récession de 2008-09. Le projet a été ajusté.

Resolute Bay, arctique canadien.
Resolute Bay, arctique canadien.

Les Forces canadiennes ont économisé en agrandissant l’infrastructure existante qui appartient à Ressources naturelles Canada, qui y mène des recherches sur le cercle polaire et son climat. À l’origine, l’armée devait construire à partir de zéro, dans un autre secteur.

Les militaires s’entraîneront à la surveillance du territoire arctique et aux opérations de sauvetage. Ils pourront aussi intervenir en cas de catastrophe, comme un écrasement d’avion. Le premier entraînement est prévu en février 2014, dans le froid glacial.

La plupart des experts s’entendent pour dire qu’il n’y a pas de menace militaire en Arctique.  Mais le réchauffement de la planète ouvre ce territoire à l’exploration et à l’activité humaine et maritime. Un port en eau profonde doit d’ailleurs voir le jour à Nansivik, non loin de Resolute Bay, pour le ravitaillement des navires de la Marine royale canadienne, de la Garde côtière et même des bateaux de marchandises. Ce projet est toutefois encore à l’étape du développement.

L’inauguration du centre d’entraînement des Forces canadiennes survient quelques jours avant la tournée annuelle de Stephen Harper dans le Grand Nord, qui débute dimanche soir et durera six jours.

Le Canada, depuis mai, occupe également la présidence tournante du Conseil de l’arctique, qui réuni huit pays qui bordent la région: Canada, États-Unis, Russie, Norvège, Finlande, Islande, Danemark et Suède. Ottawa dirigera les activités de ce forum pendant deux ans.

Nansivik, où devrait être construit un port en eau profonde, dans l'arctique canadien.
Nansivik, où devrait être construit un port en eau profonde, dans l’arctique canadien.

D’autres projets, en plus du centre d’entraînement et du port en eau profonde, font partie des plans du gouvernement Harper pour l’Arctique. En 2007, Ottawa a annoncé la construction de 6 à 8 navires de patrouilles extracôtier, avec à la clé une facture de 7,4 milliards de dollars (construction et opérations pendant 25 ans).

Ce projet est toutefois plombé par les retards et une hausse des coûts, de sorte que le premier navire devrait naviguer d’ici cinq à huit ans…



 

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Je ne suis pas un fédéraliste. Plusieurs l’auront deviné 😉 . Mais je tiens pour important qu’un pays souverain prenne les décisions nécessaires concernant l’occupation de son territoire. Même si je suis souverainiste je trouverais complètement irresponsable si le Canada ne faisait pas en sorte d’affirmer sa présence dans le cercle polaire où la propriété territoriale de certaines parties est loin d’être assurées. Il est donc nécessaire que le Canada affirme son droit territorial par une présence relativement permanente. (voir l’article suivant : http://fr.rian.ru/presse_russe/20130514/198289880.html )

Je vois cette responsabilité du Canada nécessaire pour s’assurer de la protection des actifs canadiens. Et si la souveraineté du Québec se faisait un jour, ces territoires polaires en feraient parti.

La question de savoir si les coûts relativement à cette occupation du territoire sont corrects, elle reste posée et doit être approfondie. Mais votre article semble aller dans le sens positif. Il faudrait toutefois que des experts indépendants puissent porter un jugement éclairé sur ce dossier. Ce sont aussi les taxes des Québécois qui y sont utilisées. Il est toujours de mise d’avoir les dépenses à l’oeil. Question de ne pas se faire passer un sapin.

«C’est la marque d’un esprit cultivé qu’être capable de nourrir une pensée sans la cautionner pour autant.»
[Aristote]

Pour se faire une idée un peu plus précise du style d’architecture et de l’environnement, on peut télécharger cette image panoramique grand format de la station du Centre d’Études Nordiques (CEN) qui devrait être adjacente à la nouvelle base des Forces à l’adresse suivante :
http://132.203.57.253/document/resolute_facility.jpg

La compagnie « Nahanni Construction Ltd » basée à Yellowknife qui a réalisé ce projet pour le compte des Forces, présente sur son site un dossier assez complet, accompagné d’une vingtaine de photos qui illustrent plus précisément les phases de réalisation de ce projet modulaire ci-dessous :
http://nahannincl.com/our-work/polar-continental-shelf-accomodations-and-recreation-complex-resolute-nu

Il est possible de consulter un article de Anne Pélouas sur le site du journal britannique « The Guardian » qui montre très bien les enjeux et la position de Resolute Bay dans l’Arctique à l’adresse suivante :
http://www.theguardian.com/world/2012/may/15/canada-arctic

La version française de l’article publiée dans les blogues du journal « Le Monde » est ci-dessous :
http://www.lemonde.fr/sciences/article/2012/04/20/resolute-bay-avec-les-scientifiques-du-grand-nord_1688114_1650684.html

— En complément, j’aimerais préciser que les bâtiments dans le Grand Nord ont bien des fondations, celles-ci sont différentes des fondations sur « sole » ou radiers traditionnelles employées dans la construction domiciliaire notamment.

Les fondations nordiques requièrent simplement certaines précautions et sont adaptées en raison du sol qui pratiquement est gelé à l’année. Le choix des matériaux employés peut aussi différer. Le pergélisol ou permafrost, sur lequel les bâtiments sont appuyés, connait des formes de variations thermiques en raison des périodes de gel et de dégel, il importe donc que la température reste inférieure à zéros degrés et qu’il n’y ait pas d’échanges thermiques additionnels entre le bâtiment et la structure sur laquelle il repose.

D’après mon observation des images, on aurait plutôt eu recours à des fondations de type tridimensionnelles à points d’appuis multiples. Quoique ceci bien sûr reste à confirmer.

La profondeur de ce sol gelé est très variable et peut atteindre plus d’une centaine de mètres. Ce type sol est actuellement soigneusement étudié pour mieux comprendre les changements climatiques au travers des diverses périodes géologiques.