Les mauvaises fourchettes

À moins d’une semaine de la reprise des travaux de la commission Charbonneau, voilà que l’administration montréalaise fait de nouveau parler d’elle… en mal.

Aujourd’hui, ma collègue Kathleen Lévesque et moi avons exposé un énième exemple du manque de jugement et de recul d’Union Montréal, un parti auquel le nouveau maire indépendant, Michael Applebaum, a été associé pendant 11 ans.

En 2003, le parti connu sous le nom d’Union des citoyens de Montréal (UCIM), a organisé un cocktail de financement à La Cantina, un restaurant qui servait de point de chute à la mafia. Le patron, Frederico Del Peschio, était un proche du parrain présumé de la mafia, Vito Rizzuto, qui appréciait la fine cuisine de La Cantina.

Une douzaine d’hommes d’affaires ont versé, en toute légalité, 12 500 $ à l’UCIM pendant le repas auquel assistaient au moins trois élus: M. Applebaum, l’ex président du comité exécutif, Frank Zampino et Marcel Tremblay (le frère de l’ancien maire Gérald Tremblay). Que diable pensait l’UCIM pour faire du financement dans un restaurant fréquenté par la mafia?

Dans un entretien au Devoir, Michael Applebaum s’est montré hésitant à condamner la conduite de son ancienne formation. «Je n’ai pas de commentaire sur le passé», a-t-il dit.

À l’époque, il ignorait que La Cantina était si appréciée de la mafia. Il l’a appris en 2009, lors de l’assassinat de Del Peschio dans le stationnement de La Cantina. Sa défense est plausible, bien qu’il était de notoriété publique que le restaurant attirait de bien mauvaises fourchettes. Si M. Applebaum pouvait raisonnablement l’ignorer, les organisateurs de l’UCIM n’ont pas cette excuse. C’est leur rôle d’éloigner les élus de toute situation potentiellement compromettante.

Le problème n’est pas de manger au même restaurant que la mafia. Pour un politicien comme pour le simple citoyen, il est à peu près impossible de prédire les allées et venues des truands et d’ajuster ses soirées mondaines en conséquence. Le problème, c’est que personne à l’UCIM n’a pris la mesure du risque associé à une levée de fonds dans un repaire du clan Rizzuto. L’épisode en dit long sur les mœurs de la formation politique qui n’en est pas à son premier scandale.

En matinée, M. Applebaum s’est dit la cible d’une «campagne de salissage» de la part d’opposants non identifiés. Il jure qu’il n’a rien à se reprocher. On aimerait bien savoir qui sont les douze hommes d’affaires qui ont accepté de payer 1000 $ chacun pour se trouver en son agréable compagnie. Il n’en a gardé aucun souvenir. Comme certains ténors d’Union Montréal avant lui, le maire Applebaum a des trous de mémoire. Il se dit peu sociable et peu doué pour retenir les noms des gens. Pas mal pour un homme qui a fait carrière comme courtier en immobilier.

On aimerait bien savoir aussi pourquoi Michael Applebaum s’est retrouvé à La Cantina en premier lieu. En 2003, il était maire de Côte-des-Neiges — Notre-Dame-de-Grâce. Il présidait le comité consultatif en urbanisme de l’arrondissement et il poursuivait en parallèle sa carrière d’agent d’immeubles. Il y avait des politiciens autrement plus importants et plus en vue que lui dans l’administration Tremblay. Pourquoi fallait-il qu’il soit de la partie?

Voilà de belles questions en vue pour la commission Charbonneau. Les enquêteurs de la commission ont rencontré le maire la semaine dernière. Tout comme l’Unité permanente anticorruption (UPAC), la commission Charbonneau s’intéresse à des transactions immobilières et des changements de zonage douteux dans l’arrondissement auxquels aurait été mêlé M. Applebaum.

Il ne s’agit que d’allégations, encore et toujours, mais elles méritent certainement qu’on s’y attarde sérieusement, et au plus vite.

 

 

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Perso, je ne comprends pas l’obsession pour les trous de mémoire. Au nombre de personnes que des élus rencontrent, il est normal d’avoir oublié qui était là, à une activité de financement d’il y a 9 ans!

Désolé, mais je crois que cette fois-ci, vous êtes vraiment aller chercher les bibittes.

Le nouveau maire de Montréal n’est pas différent des autres. Il devra se plier à la loi du milieu. Les truands infiltrent les administrations municipales depuis des lunes. Rien ne changera. La commission Charbonneau n’ira nulle part. Tout ce que nous saurons, c’est que nos taxes vont dans les poches des truands. Ce sont eux qui ont la grosse machinerie pour construire nos routes. Nous n’avons pas le choix de marcher dans le rang avec les truands. Et qui peut se prétendre blanc comme neige. Nous avons tous des squelettes dans nos placards !

J’ai pleinement confiance en Applebaum. Fichez-lui la paix. Le harcèlement et les insinuations, ça fera !

Pourquoi n’enquêtez-vous pas du côté de Québec, les lois spéciales que Labeaume, son ami le millionaire montréalais et la Maltais se sont fait voter. C’est pas croustillant à votre goût ça?

De qui avez-vous peur? Du millionaire ou de Labeaume?

Il se rappelle d’y être allé et je suis certain qu’il se rappelle de ceux qui y étaient. Les livres du parti doivent avoir les dossiers sur les chèques des donnateurs où bien ils ont tous mis dans leurs bas. Ils peuvent bien sentir le petit pied.

C’est tellement facile d’avoir la mémoire compartimentée. Très pratique aussi! Du déjà vu à la Commission Gommery.

Certains Québécois ont un faible pour l’envers du « Je me souviens »! particulièrement quand il s’agit de relations douteuses.

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