Les mythes du 2 mai

Stephen Harper n’a pas volé sa majorité gouvernementale. Le 2 mai dernier, le Parti conservateur n’a pas remporté 167 sièges sur 308 à la seule faveur d’une division du vote progressiste entre les partis d’opposition.

Chronique de Chantal Hébert : Les mythes du 2 mai
Photo : A. Wyld / PC

Le jour du scrutin, la formation de Stephen Harper a amélioré son score par rapport à 2008 dans toutes les provinces, exception faite du Québec. En Ontario et au Manitoba, les conservateurs ont récolté cinq points de pourcentage de plus. À Terre-Neuve-et-Labrador, ils ont presque doublé leur score, passant de 16 % à 28 %.

Contrairement à ce que voudrait une nouvelle légende urbaine, le reste du Canada ne s’est pas pour autant jeté dans les bras de Stephen Harper pendant que le Québec lui tournait le dos. Le NPD de Jack Layton a également connu une meilleure soirée électorale qu’en 2008. Plutôt que d’être en marge du courant principal canadien avec sa forte représentation néo-démocrate, le Québec fait figure de locomotive.

À l’instar des conservateurs, les néo-démocrates ont gagné du terrain dans neuf provinces. Le Québec, où le score du NPD est passé de 12 % à 43 %, arrive en tête de liste. Mais en Onta­rio, la hausse du vote néo-démocrate (sept points) a été plus importante que la hausse conservatrice. Idem au Nouveau-Brunswick (neuf points contre quatre) et en Colombie-Britannique (six points contre un). Seule Terre-Neuve-et-Labrador a boudé la vague orange. Les néo-démocrates y ont perdu un point de pourcentage, ce qui ne les a pas empêchés d’enregistrer un gain d’un siège.

Au total, 60 % de l’électorat canadien a voté pour une formation à gauche du Parti conservateur le 2 mai. C’est seulement deux points de moins qu’en 2008. Derrière ces deux points se cache l’aile droite du PLC, qui est largement passée aux conservateurs le mois dernier.

Car le Parti libéral n’a pas simplement été victime d’une division défavorable du vote. Le vote libéral a régressé dans toutes les provinces. En Saskatchewan, la proportion du vote obtenue par le mal-aimé Stéphane Dion en 2008 (14,9 %) était presque deux fois plus élevée que celle enregistrée sous Michael Ignatieff (8 %). En Ontario, le PLC avait recueilli un tiers des votes aux élections précédentes ; il a dû se contenter d’un maigre quart cette fois-ci.

Au Québec, l’ampleur de la descente aux enfers du parti de Gilles Duceppe en matière de sièges a eu pour effet d’occulter une réalité encore plus impitoyable pour les libéraux.

De nombreux électeurs fédéralistes, y compris une partie de la clientèle traditionnelle allophone et anglophone du PLC, ont emboîté le pas à l’électorat autrefois bloquiste le 2 mai, ce qui a aidé le NPD à remporter des sièges en territoire résolument fédéraliste, comme LaSalle-Émard, ancien fief de l’ex-premier ministre Paul Martin, ou encore Notre-Dame-de-Grâce-Lachine.

Dans Vaudreuil-Soulanges – une circonscription réputée sûre sous Jean Chrétien -, le PLC a été relégué au quatrième rang, avec seulement 11 % du vote. Le soir des élections, Marc Garneau a fait ses adieux aux électeurs de Westmount-Ville-Marie. C’est seulement plus tard dans la nuit que le lieutenant québécois de Michael Ignatieff a appris qu’il avait finalement conservé son siège. Au total, le vote libéral au Québec est tombé sous la barre des 15 %, et le parti a fini la course en quatrième place dans la moitié des 75 circonscriptions.

Les électeurs qui ont en si grand nombre fait faux bond au Bloc québécois ne se sont pas nécessairement convertis au fédéralisme. Mais on peut difficilement dissocier leur décision de la démarche souverainiste. Elle survient alors que le Parti québécois n’a jamais autant eu le pouvoir dans sa mire depuis une décennie, et les leaders souverai­nistes ont passé la deuxième moitié de la campagne à marteler le message que le vote fédéral constituait une épreuve de force entre fédéralistes et souverainistes.

Avec cette victoire majoritaire, la reconstruction du Parti conservateur sur des assises pancanadiennes est presque complète. Mais les forces d’opposition sont également moins divisées, et leur reconfiguration dans le sens d’un véhicule unique, de taille à se mesurer à forces plus égales aux conservateurs, a également fait un bond en avant.

À la dissolution du Parle­ment précédent, le PLC, qui était alors la principale opposition, était à 78 sièges du nombre requis pour former un gouvernement majori­taire. Aujourd’hui, seulement 52 sièges séparent la nouvelle opposition officielle néo-démocrate du même objectif. Cependant, ces sièges, qui constituent le chaînon manquant d’un gouvernement fédéral progressiste, seront presque certainement plus difficiles encore à remporter que les 103 premiers. On en reparlera à l’automne.

 

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