Les neuf vies de Pauline Marois

En un an, le Parti québécois est passé d’une formation en difficulté à un parti qui peut espérer conserver le pouvoir. Sa chef, Pauline Marois, a été assez confiante pour déclencher elle-même des élections. Que s’est-il passé ? (Non, il n’y a pas que la Charte…)

Photo : Graham Hughes/ La Presse Canadienne
La première ministre a renoncé à courtiser l’électorat de gauche, grignoté par Québec solidaire. Elle a fait un virage vers le centre, et même vers le centre droit de l’échiquier politique. – Photo : Graham Hughes/ La Presse Canadienne

Quelques jours après la catastrophe ferroviaire de Lac-Mégantic, au milieu du mois de juillet dernier, Pauline Marois rencontre son Cabinet pour une réunion d’urgence. Autour de la table s’enclenche une discussion sur les sommes à accorder pour aider la municipalité dévastée. Quelques ministres débattent des programmes où il est possible de puiser. « On s’en fout ! » lâche la première ministre dans un éclat qui fige ses conseillers et ministres. Elle ordonne de débloquer l’argent. « Les programmes et la bureaucratie, ce sera pour plus tard. »

« On a senti qu’elle a vraiment pris en main le gouvernement à ce moment-là », explique une source péquiste présente à cette réunion. S’il faut déterminer un point à partir duquel le PQ a amorcé sa remontée, il se trouve dans la gestion de ce triste événement.

Pourtant, l’effet n’a pas été immédiat. Les intentions de vote ont peu bougé dans les semaines suivantes. Un sondage Léger-L’actualité mené au début d’août montrait que 64 % des Québécois n’avaient pas changé d’opinion sur le gouvernement — 19 % disaient que leur perception s’était améliorée et 8 % qu’elle s’était détériorée.

Le PQ a toutefois « freiné sa baisse », souligne le sondeur Jean-Marc Léger. « Les gens ont pensé : ils ne sont pas si mauvais que ça. La perception a commencé à changer. »

Depuis la victoire électorale de septembre 2012, la chute avait été constante pour les troupes de Pauline Marois. « Une année d’enfer », explique un conseiller de la première ministre.

Pendant des mois, l’improvisation des ministres, l’incohérence des actions du gouvernement (qui parlait de solidarité sociale, mais a réduit de 19 millions de dollars l’aide aux plus démunis), les reculs et les promesses non tenues (taxe santé, hausse des tarifs d’électricité) ont fait grimper le taux d’insatisfaction.

En avril 2013, le PQ récoltait à peine 25 % des intentions de vote, selon CROP, presque à égalité avec la Coalition Avenir Québec et loin derrière le Parti libéral du Québec, qui avait 13 points d’avance.

Un an plus tard, Pauline Marois est de retour, impatiente d’en découdre sur le chemin électoral. « C’est un revirement spectaculaire, explique Youri Rivest, vice-président de CROP. Habituellement, on voit une lune de miel après les élections, puis une lente érosion des appuis. Le PQ a fait l’inverse. »

Certains ont surnommé Pauline Marois la « dame de béton » en raison de sa résilience. On pourrait aussi la comparer à un chat, tant elle aligne les vies politiques — une légende égyptienne veut que les chats aient neuf vies, parce qu’ils trouvent toujours le moyen de survivre aux dangers.

Depuis 10 ans, elle a survécu à une défaite dans une course à la direction (2005), à une défaite électorale (2008), à un « putsch » de ses militants et de certains députés (2011) de même qu’à une première année très difficile au pouvoir.

La tragédie de Lac-Mégantic semble l’avoir fait retomber sur ses pattes. « La première ministre a trouvé le ton juste », explique Youri Rivest. Et les ministres, plus aguerris, se sont mis à jouer en équipe, à être plus disciplinés dans leurs communications. « Le contraste a été évident », soutient Jean-Herman Guay, politologue à l’Université de Sherbrooke.

Mais Lac-Mégantic n’est qu’un des trois éléments qui ont permis au PQ de rebondir.

Pauline Marois a décidé de ne plus courtiser le vote de gauche, grignoté par Québec solidaire depuis quelques années. Son virage vers le centre de l’échiquier, et même vers le centre droit, ne s’est pas démenti. « Elle chasse sur les terres de la CAQ, où il y a plus de potentiel de croissance qu’à gauche », affirme Jean-Herman Guay.

Un stratège péquiste confirme que « l’approche a changé ». « On était plus à gauche dans l’opposition, mais en arrivant au pouvoir, la réalité te frappe. »

Le gouvernement Marois a d’abord renoncé à hausser substantiellement les redevances minières, puis a appuyé l’inversion du pipeline 9B, d’Enbridge. Il a donné le feu vert à l’exploration pétrolière sur l’île d’Anticosti et présenté deux budgets marqués du sceau de l’austérité, avec des hausses de tarifs et un contrôle des dépenses.

Même si la croissance économique est faible et que le Québec demeure en déficit budgétaire, Pauline Marois souhaite se présenter comme une bonne gestionnaire. « Il fallait un match nul sur l’économie contre nos adversaires pour espérer gagner les élections, explique un conseiller qui côtoie la première ministre. On a des chances d’y arriver. »

Le débat sur la Charte de la laïcité a également permis au gouvernement de dominer les échanges politiques sur un terrain plus favorable, celui de l’identité : il a coincé la CAQ, qui propose une position de compromis, et déstabilisé le PLQ, visiblement mal préparé à un débat aussi énergique.

Pauline Marois — qui a parfois paru mal informée dans ce débat, notamment sur le multiculturalisme en Angleterre — en a peu parlé, mais a donné son plein appui à son ministre Bernard Drainville, aucune faille n’apparaissant dans la détermination du gouvernement. Comme à Lac-Mégantic, le PQ a été moins hésitant que lors de sa première année au pouvoir.

Malgré les risques de dérapages, ce nationalisme plus conservateur a bien servi le PQ, constate Jean-Herman Guay. « Partout dans le monde, les nationalismes identitaires qui fonctionnent sont basés sur le “nous” et le “eux”. Sur le sentiment très fort que le “nous” est différent et qu’il faut se protéger. En ce sens, le PQ marque une certaine rupture avec le nationalisme postmoderne d’ouverture sur le monde qu’il véhicule depuis René Lévesque. »

Le débat sur la Charte a aussi permis à Pauline Marois de faire le plein d’appuis parmi les baby-boomers, davantage allergiques aux religions. Et traditionnellement, ces électeurs se rendent plus nombreux aux urnes, explique Jean-Marc Léger. « Chez les personnes de 45 ans et plus, le PQ est en avance sur le PLQ. Je n’ai jamais vu ça. Les jeunes sont moins favorables au PQ, ce qui peut représenter un danger à long terme, mais dans l’immédiat, le vote des plus âgés est plus solide. »

La campagne électorale n’est pas jouée, et il est fort possible que la multitude de sujets abordés donne un résultat serré le jour du scrutin, affirme Jean-Herman Guay. Mais il est indéniable que le PQ est en meilleure position qu’il y a un an.

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8 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Bravo M. Castonguay, Plus d’informations, moins d’opinion… Du bon travail de journalisme, Merci

Bien sûr, comme vous dites: rien n’est joué… certains attendront la gaffe, le mauvais mot ou la moins bonne photo pour tenter de » pimenter » la campagne: Place au spectacle, au détriment du contenu. Et rapidement le cynisme et la petite politique se pointeront.

Je rappele cette citation: La Démocratie, ce n’est pas uniquement le fait de voter, c’est le fait d’avoir toutes les informations avant de voter.
(Le Pique-Nique des Vautours, par Greg Palast ) Un livre passionnant qui se lit comme un roman d’espionnage (journalistique) sur la mondialisation et le pouvoir de l’association Finance et Pétolières.

Etre journaliste, j’aimerais l’imiter… Cela doit vraiment donner un sens à sa vie !!!

De BONS JOURNALISTES auront de plus en plus d’importance dans le monde qui se dessine actuellement… Ils ont la capacité d’informer correctement les citoyens sur les véritables enjeux qui pèsent sur leurs vies. Ils permettent à la
démocratie de faire un travail efficace… JUSTEMENT celui que nos gouvernements ont de plus en plus de mal à accomplir… noyautés qu’ils deviennent par des intérêts purement économiques et imposés souvent par des agences de cotations étrangères !!!

J’adore votre citation !
Parlant de bons journalistes, on dit dans l’article que la gestion de la crise de Mégantic a été bénéfique pour le PQ qui semble avoir bien agi. Ce « bon » coup a eu une large couverture. Mais à la fin de l’automne, on a réalisé que les fonds ont été débloqué trop vite. Les besoins n’avaient pas été encore analysé et beaucoup d’argent fut littéralement gaspillé. Ça, on en a moins parlé…

Autre point: Il ne faut pas voir l’aspect économique que d’un mauvais œil. Une bonne économie fait travailler les gens, sort les pauvres de la misère, améliore notre niveau de vie. J’aimerais bien voir un Québec plus prospère, moins de famille à faible revenu, une classe moyenne qui ne serait plus écrasée, et un gouvernement avec une viabilité financière.

Finalement, en regardant la croissance de la dette et le statu quo du gouvernement dans plusieurs dossiers, je doute que leurs intérêts soient autres qu’électoralistes !

Je suis d’accord avec Vous: » Il ne faut pas voir l’aspect économique que d’un mauvais œil » Mais il faut tout de même l’ AVOIR À L’OEIL… Les grandes entreprises toutes puissantes (du domaine de l’énergie, surtout) et les banques commerciales ( celles qui ont réussies à faire abolir les lois les empêchant de spéculer avec les dépots des citoyens) ne veulent pas nécessairement notre bien… ( Nos biens, peut-être plus (:-)

Heureusement, ici au Québec, nos institutions plus sociale-démocrate veille ( encore ) au grain… Au Fédéral, je crains que la politique de M. Harper ne nous face de plus en plus ressembler aux USA., qui ont vu se détériorer le niveau de vie de leur classe moyenne de façon catastrophique dans les 15 dernières années. Et cela, au profit du 1% des plus riches, qui ont la main mise sur l’appareil gouvernementale de la nation, nagère, la plus démocratique. Le rêve américain en a pris pour son rhume !!!!

La force de Madame Marois n’est pas sa détermination, mais le simple fait qu’elle n’adhère à aucun alignement politique particulier, qu’il soit de gauche, de droite, ou du centre. Elle est profondément (cela dit sans mépris, mais sans admiration particulière), opportuniste et elle va saisir les occasions qui se présentent pour assurer à son parti une majorité gouvernementale, quelles qu’elles soient. C’est une bonne nouvelle pour les apparatchiks du parti, mais une mauvaise pour ses idéologues. L’identité, le référendum, la religion, l’égalité homme-femme, l’achat chez nous, l’esprit régionaliste, la langue, offrent des partitions sur lesquelles elle va continuer de jouer, au gré de l’évolution des sondages, mais elle larguera sans état d’âme particulier ceux et celles qui ne mènent plus à la victoire. Les carrés rouges, jusqu’à nouvel ordre, ne sont plus de la partie. Léo Blouin et Martine Desjardins vont se voir confier la direction de divers comités d’études… à long terme. Les batteurs de casseroles devront voter QS ou attendre. Les syndicats ont fait leur temps: ils étaient d’ailleurs devenus gênants devant la Commission Charbonneau.
Le temps du pragmatisme est désormais venu au PQ, comme sous les bonnes années de l’Union nationale. Le PQ est désormais un parti de droite, avec, à sa gauche, le Parti libéral du Québec.

Personnellement, je préfère une première ministre qui a la souplesse de s’adapter lorsqu’il s’agit de réussir à gagner une majorité afin de pouvoir accomplir efficacement ce pourquoi les citoyens l’ont élue… Là où d’autres partis préfèrent la stratégie des enveloppes BRUNES… Pour accéder au pouvoir!!!

Et n’ayez aucune crainte, pour la suite, le parti Québécois n’impose pas la muselière à ses ministres, ce que l’on appelle » la ligne de parti « …
On semble s’y chamailler un peu plus mais la démocratie et la transparence y règne un peu plus. (demandez à Fatima Houda-Pepin)

PLQ à gauche?.? Sérieux man. 🙂

P.K.P. sait compter. S’il veut faire du Québec un pays, il sait pertinemment que son gouvernement devra couper brutalement dans la fonction publique. En réduire les rangs ne suffira pas, il lui faudra couper dans les programmes sociaux et freiner les dépenses en éducation et en santé, à moins de mettre en place des frais modérateurs importants, de privatiser et d’appliquer partout, l’indexation. Toutes ces mesures sont anathèmes à gauche. Vous devriez savoir que le nationalisme, tant qu’il demeure payant, a toujours fait le bonheur des entreprises qui basent leur survie sur l’existence d’un monopole ethnique. Par exemple, TVA n’aime pas les gens bilingues, qui ont la fâcheuse habitude de tendre l’oreille à ce qui se fait ailleurs.

Etes-vous certain de tous ces affirmations ??? Pas moi… Je sais que, dans le discours de la classe dominante, surtout américaine mais dont la l’extrême droite s’inspire gôulument (:-), la mode est à l’austérité et qu’un pays devrait s’administrer comme un budget familial ( façile à comprendre n’est-ce pas, donc c’est vendeur…).

Mais, depuis que les « bienfaits » de la mondialisation ont frappés de plein fouet plusieurs pays ( même les USA), plusieurs économistes ont revisé leurs théories…