Les partis d’opposition ont aussi leur mot à dire

Le premier ministre du Canada devrait s’inspirer de celui du Québec et tenir des rencontres régulières avec les chefs d’opposition, soutient l’ancien chef de cabinet d’Andrew Scheer.

Photo : L'actualité

Ancien organisateur en chef pour le Québec du Parti conservateur du Canada, Marc-André Leclerc a été chef de cabinet d’Andrew Scheer et conseiller de Rona Ambrose lorsqu’elle était chef intérimaire. Il est directeur principal chez Maple Leaf Strategies.

Depuis le début de la crise, les projecteurs sont tournés vers les premiers ministres, ce qui laisse les partis d’opposition dans l’ombre, surtout quand le parlement ne siège pas. Cependant, même en temps de crise, les partis d’opposition ont un rôle important à jouer, essentiel même.

Les députés de tous les partis doivent au quotidien relayer les mesures mises en place par le parti au pouvoir (non sans voir les taux de popularité jamais égalés pour les premiers ministres, comme s’il y avait seulement un parti autant à Québec qu’Ottawa). Des membres de chaque caucus ont des solutions à proposer pour tenter d’apaiser la détresse de la population, mais ils n’ont pas beaucoup de tribunes pour s’exprimer.

Chaque semaine, les députés tiennent des caucus virtuels pour se tenir informés, mais ils ont hâte de reprendre les débats en Chambre. Peu importe leur allégeance, ils veulent représenter ceux qui les ont élus.

Le premier ministre du Québec discute régulièrement, deux fois par semaine, avec les autres chefs de parti. Les députés de l’opposition peuvent ainsi, par l’intermédiaire de leur chef, faire passer des messages au gouvernement sur la réalité sur le terrain. Justin Trudeau aurait dû s’inspirer de cette pratique mise en place par François Legault. Ainsi, l’esprit d’Équipe Canada, évoqué par le premier ministre lors de ses points de presse quotidiens, aurait eu encore plus de force. Quand on fait partie d’une équipe nationale sportive, par exemple, nos coéquipiers sont nos anciens adversaires de longue date.

Le défi pour les partis d’opposition est de trouver un équilibre entre collaborer avec le gouvernement et poursuivre leur rôle de critique. Bien souvent, tout se retrouve dans le ton que chaque parti utilise pour décrire la situation.

Tous les élus veulent que la situation s’améliore, mais pour ce faire, ils doivent pouvoir le dire lorsqu’ils estiment que le gouvernement fait fausse route. On l’a vu dernièrement, critiquer les gouvernements en temps de crise n’est pas une mince tâche, et ce, même pour les journalistes.

Des élus québécois, dont Gaétan Barrette et Enrico Ciccone, se sont rendus dans des CHSLD pour donner un coup de main. Un beau geste qui devrait inspirer plusieurs Québécois à faire de même. Par contre, il serait également pertinent que le Dr Barrette puisse cuisiner la ministre de la Santé, Danielle McCann, à l’Assemblée nationale au cours des prochains jours.

Au cours des derniers jours, nous avons assisté à un débat à Ottawa sur le fonctionnement de la Chambre des communes. Un débat que certains politiciens et observateurs ont qualifié de « perte de temps ». En démocratie, même en temps de pandémie, on ne perd pas notre temps avec des détails.

Bien entendu, en cette période de crise, la petite politique ou la partisanerie n’a pas sa place. Mais en Italie, en France, en Allemagne et en Suède, les parlements continuent de tenir des séances pendant cette période d’incertitude.

À bien des points de vue, la crise que nous traversons est sans précédent, mais dans l’histoire canadienne, la Chambre des communes a siégé pendant de grands moments de turbulence : les deux guerres mondiales, la grippe espagnole, la fusillade au parlement à l’automne 2014…

Présentement, des ouvriers poursuivent sur la colline parlementaire les travaux de l’édifice de l’Est, qui vont durer encore au moins 10 ans. Il était un peu étrange d’entendre des chefs de parti dire que de placer une trentaine de députés dans une enceinte qui en accueille normalement 338 était très dangereux.

Si les risques d’attraper la COVID-19 pour les élus sont aussi élevés, comment qualifier ceux des personnes qui travaillent dans les épiceries, dans les pharmacies, dans la construction résidentielle et bien entendu dans les CHSLD ?

À Québec, l’Assemblée nationale est toujours en pause. Les députés tiendront des séances virtuelles dans les prochains jours. François Legault devrait tout de même travailler à rappeler le parlement prochainement. Le retour de la joute parlementaire serait sans doute bénéfique au premier ministre du Québec. Les questions de partis de l’opposition aideront le gouvernement à être meilleur et garder le cap. Ce n’est pas toujours facile pour François Legault de venir annoncer des mauvaises nouvelles au quotidien lors de la grande messe de 13 h.

Actuellement, plusieurs personnes prennent des risques contrôlés pour s’assurer que notre société continue de fonctionner au ralenti. Les politiciens doivent faire la même chose. C’est ce qu’ils vont faire à Ottawa avec une séance en personne dès la semaine prochaine. Des séances virtuelles vont être ajoutées. Étant donné que les députés vont se rendre à Ottawa pour une session par semaine, il aurait été possible d’en ajouter une deuxième ou une troisième sans augmenter le risque de contagion, considérant que les risques sont liés au déplacement des députés et non vraiment à leur présence dans les quatre murs du parlement.

Le chef conservateur, Andrew Scheer, avait raison de dire que le parlement est un service essentiel. La période de questions à laquelle nous avons assisté en début de semaine a été fort utile. Les questions des partis de l’opposition nous ont permis d’apprendre des informations sur l’approvisionnement de l’équipement médical, entre autres. Des questions que les journalistes ne sont pas en mesure d’aborder en raison du manque de temps lors des points de presse quotidiens du premier ministre canadien.

À deux reprises au cours des dernières semaines, le gouvernement fédéral a déposé des projets de loi et le travail de l’opposition a permis d’y apporter des changements qui ont non seulement amélioré les mesures législatives, mais aussi empêché le gouvernement de s’approprier des pouvoirs que la crise ne justifiait pas.

Espérons que les conseillers autour de Justin Trudeau et François Legault vont leur rappeler, d’ici la fin de la crise, l’importance des débats entre parlementaires. La démocratie, incluant les partis d’opposition, ça n’a pas de prix, surtout en temps de pandémie.

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Les commentaires sont fermés.

Monsieur, j’ai pris le temps de lire votre adresse à la population. Vous déclamez des idées véhiculées depuis des lustres et qui soit dit en passant, nous ont menées justement dans ce cul de sac où nous avons peine à nettoyer les dégâts des joutes parlementaires.
Lorsque vous parlez des élus québécois qui se sont rendus dans les CHSLD vous auriez eu avantage à ne parler que de notre député, ex-joueur de hockey. L’autre a laissé de telles cicatrices, que son seul souvenir ne peut être effacé par un petit coup de main. Pire lorsque vous faites état de «cuisiner » la ministre de la Santé, Danielle McCann, à l’Assemblée nationale au cours des prochains jours, vous contribuez à réouvrir une blessure loin d’être guérie.
Vous affirmez que le retour de la joute parlementaire serait sans doute bénéfique au premier ministre du Québec. Les questions de partis de l’opposition aideront le gouvernement à être meilleur et garder le cap. Monsieur, d’où sortez-vous? N’avez-vous pas encore compris que les foutus débats dont vous parlez ne demeurent que stériles échanges entre poules et coqs de quelques poulaillers.
Vos discours sur la démocratie demeureront vains si vous n’avez rien d’autres à proposer. Si toute une société est capable de s’adapter, de modifier ses comportements, il va falloir que les institutions créées pour représenter notre démocratie fassent un effort pour être efficace. Monsieur, le Québec a commencé depuis plusieurs années à faire travailler ensemble des représentants du peuple afin d’en arriver à un consensus. Mourir dans la dignité en est un excellent exemple. Aujourd’hui, je me fiche de l’importance des débats entre parlementaires. La démocratie a amené ceux et celles qui vivent dans les CHSLD à mourir dans l’INDIGNITÉ la plus totale. Ce n’est pas le temps de venir me supplier de conclure que les partis d’opposition, ça n’a pas de prix, surtout en temps de pandémie.
En ce qui a trait au Canada, le hasard a bien fait les choses. Je me vois mal représentée par un ado qui rejette continuellement la faute sur les autres en les traitant de menteurs. À mon âge, qui est celui qui précède ceux et celles que la pandémie fait mourir, je n’ai plus de temps à perdre. Certaines coutumes sont à changer et elles doivent changer.