Les pieds dans la bouche

Les candidats-poteaux, ceux dont l’objectif n’est que de faire de la figuration, présentent parfois un potentiel de nuisance inversement proportionnel à leur importance stratégique.  

Robin Olimb / Getty Images / montage : L’actualité

Dominic Vallières a, pendant plus de 10 ans, occupé les postes d’attaché de presse, de porte-parole, de rédacteur de discours et de directeur des communications auprès d’élus de l’Assemblée nationale et des Communes (Parti québécois, Bloc québécois, Coalition Avenir Québec). Il est aujourd’hui directeur chez TACT.

Ayant été impliqué, au fil de mes années en politique, dans plusieurs campagnes, j’en suis venu à acquérir certaines certitudes. En voici une : ce sont les candidats qui n’ont aucune chance de gagner qui vont faire le plus mal à la campagne d’un parti.

J’ai vu nombre de candidats y aller de déclarations fracassantes, ou partir en roue libre lors d’une entrevue (ou sur les réseaux sociaux), pour ensuite être rabroués par un représentant de leur chef de parti ou, pire, de la bouche même du chef.

Le plus souvent, ces déclarations inutiles font dévier la campagne nationale de son message, en plus d’accréditer l’idée selon laquelle le processus de sélection des candidats a été bâclé.

Je vous donne un exemple avant d’en arriver à l’élection actuelle.

En 2015, la campagne bloquiste visait à faire sortir le parti des soins intensifs, lui qui ne détenait plus que deux élus à la dissolution de la Chambre. Alors que le Bloc se replaçait dans les sondages et s’approchait de la zone payante, des candidats se sont mis à promettre de verser le tiers de leur salaire d’élu à des organismes visant à promouvoir l’indépendance du Québec. Chaque élu peut disposer de son salaire comme il l’entend, et l’indépendance du Québec est une cause des plus nobles, MAIS… aucun des candidats ayant fait cette promesse la main sur le cœur n’avait de chance de remporter sa circonscription. 

C’est facile de faire étalage de sa magnanimité quand on parle d’argent de Monopoly. Les journalistes qui suivaient la campagne ont donc posé cette question : les candidats qui avaient une vraie chance d’être élus allaient-ils faire la même chose ? Les réponses trahissaient un malaise. Étaient-ils moins fervents indépendantistes que leurs confrères et consœurs ? Non. Moins prompts à jouer avec de l’argent qui était beaucoup plus réel pour eux que pour les autres ? Certainement. Le Bloc a perdu un temps fou à répondre à ces questions durant sa campagne, tout ça à cause d’une initiative mal placée.

Ce qui nous amène à la campagne actuelle. Le Parti libéral a dû remettre à sa place deux fois plutôt qu’une son candidat dans Brome-Missisquoi, Claude Vadeboncœur, dont les pouces sont malchanceux puisqu’il a relayé à deux occasions des insultes envers le premier ministre, cautionnant notamment un tweet qui traitait M. Legault de « pourriture antidémocratique ». Le PLQ n’a aucune chance de remporter Brome-Missisquoi, lui qui se trouve 30 points derrière la CAQ, selon les projections du site Qc125, de notre collègue Philippe J. Fournier. 

Québec solidaire n’est pas en reste, ayant sévi contre son (désormais ancien) candidat dans Lac-Saint-Jean, qui traitait pour sa part les caquistes de nazis. QS n’a aucune chance de gagner cette circonscription, la formation étant quatrième, à 33 points du premier rang, toujours selon Qc125.

Et que dire du candidat du Parti conservateur dans Maskinongé, qui compare le sort des non-vaccinés durant la pandémie avec celui des Juifs sous l’Allemagne nazie ? Le PCQ n’a aucune chance de remporter Maskinongé.

Tout ça devient lassant pour les chefs comme pour les candidats qui sont au coude-à-coude dans leurs circonscriptions. Les déclarations de ce genre, actuelles ou passées, démobilisent les militants et rebutent les électeurs indécis qui se forgent présentement une idée.

Bien sûr, les chefs ne sont pas à l’abri de gaffer eux-mêmes. « La madame » de François Legault (destinée à Dominique Anglade) ou « les vieux » péquistes et libéraux évoqués par Gabriel Nadeau-Dubois en sont autant de preuves. Au moins, le chef peut s’amender sur-le-champ, ce qui n’est pas le cas quand la bourde vient de l’extérieur. « Je suis tanné de perdre du temps pour des ******* de conneries », m’avait dit un collègue en 2015, en réaction à une histoire de candidat marginal qui s’était mis les pieds dans les plats. Nombreux sont ceux qui doivent penser la même chose dans les caravanes qui sillonnent actuellement le Québec.

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