Les politiciens qu’aiment les Québécois 

Chaque année, le baromètre des personnalités politiques québécoises de Léger se déballe comme des cadeaux : avec des attentes et des surprises. Celui de 2022 ne fait pas exception.

Ihor Reshetniak / Getty images / montage : L’actualité

Quel politicien fait le plus vibrer les Québécois ? La maison Léger publie chaque année son baromètre des personnalités politiques québécoises, un exercice qui permet de mesurer le taux de satisfaction qu’obtiennent ceux qui dirigent nos villes, le Québec et qui représentent les Québécois à Ottawa. Cette année, plus de 60 noms ont été soumis au panel de Léger, et même s’il y a peu de surprises au sommet de ce palmarès, les résultats sont riches d’enseignements sur les tendances qui motivent la population sur le plan politique.

Ainsi, le sondeur demande aux répondants s’ils ont une bonne ou une mauvaise opinion d’une myriade de personnalités politiques québécoises, qu’elles soient en fonction à Québec, à Ottawa ou dans les grandes villes. Les sondés ont aussi l’option de répondre qu’ils ne connaissent pas les noms présentés.

Première constatation : les élus de l’Assemblée nationale dominent les 10 premiers rangs. Deux ministres du gouvernement caquiste et le premier ministre du Québec s’y trouvent, comme le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, et les deux co-porte-paroles de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois et Manon Massé. Les places restantes sont occupées par la mairesse de Montréal, Valérie Plante, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, la ministre fédérale des Affaires étrangères, Mélanie Joly, et finalement le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet. Aucun représentant du Parti libéral du Québec n’a percé dans ce club sélect.

Parmi les chefs politiques québécois, sans surprise dans le contexte des résultats électoraux de cet automne, François Legault trône au sommet avec 62 % d’opinions positives contre 33 % d’opinions négatives, un score net de +29 (bonnes opinions moins mauvaises opinions).

L’aura autour du premier ministre ne date pas d’hier dans ce type de palmarès. Non seulement les taux d’approbation du chef de la CAQ sont demeurés parmi les meilleurs des premiers ministres provinciaux au pays depuis son arrivée au pouvoir en 2018 (ses chiffres avaient même monté à des niveaux astronomiques au plus fort de la pandémie), mais, dans un sondage semblable de Léger réalisé à l’été 2015, François Legault (alors seulement chef de la deuxième opposition à l’Assemblée nationale) se classait deuxième parmi les élus à Québec avec 48 % d’opinions positives, devançant même le premier ministre de l’époque, le libéral Philippe Couillard. Lequel, de toute façon, ne se retrouvait même pas parmi les cinq premiers, quelques mois pourtant après un scrutin l’ayant porté au pouvoir.

D’ailleurs, plus aucun des politiciens du top 5 de 2015 n’est actif aujourd’hui : Denis Coderre (maire de Montréal), Thomas Mulcair (chef du NPD au fédéral), Régis Labeaume (maire de Québec), Françoise David (co-porte-parole de Québec solidaire) et Gilles Duceppe (chef du Bloc québécois)... ont tous regagné leurs terres depuis.

Pour revenir au palmarès de 2022, la palme du politicien au sujet duquel les avis se sont le plus améliorés est décernée au chef indépendantiste Paul St-Pierre Plamondon, avec 48 % d’opinions positives contre seulement 22 % d’opinions négatives, un score net de +26 (le plus élevé parmi les trois chefs d’opposition à l’Assemblée nationale). Lors du baromètre de 2020, Plamondon occupait le 40e rang avec un score net de +12, mais 55 % des répondants soulignaient ignorer qui était le chef du Parti québécois !). Sa performance honorable en campagne électorale et son élection-surprise comme député (à la faveur d’un incroyable concours de circonstances) l’ont propulsé au deuxième rang parmi les chefs de parti au Québec, mais aussi au cinquième rang de tous les politiciens préférés des électeurs.

Mais ce n’est pas parce qu’on cartonne dans ces concours de popularité que cela se traduit par des succès électoraux garantis. Parlez-en à Jagmeet Singh : le chef néo-démocrate fédéral détient, depuis son arrivée à la barre du NPD en 2017, les meilleurs taux d’approbation parmi les chefs fédéraux (selon le suivi de la maison Abacus Data), mais il n’a remporté aucun gain substantiel lors des deux dernières élections générales, ni au Québec ni ailleurs au Canada.

Si certains chefs peinent à transformer cette pierre populaire en or électoral, c’est peut-être parce qu’ils ne sont pas perçus comme une menace au statu quo. Ils plaisent, mais ne dérangent pas. Il s’agit là du défi de PSPP au cours du prochain mandat : trouver une façon de déranger le gouvernement Legault et transformer ces taux d’approbation positifs en appuis supplémentaires à son parti et à son projet politique. Pour réussir, il devra les puiser où ils sont, soit dans l’électorat caquiste.

De son côté, Gabriel Nadeau-Dubois récolte la même proportion d’opinions positives que St-Pierre Plamondon, mais le co-porte-parole de Québec solidaire est une figure plus polarisante : 35 % des répondants ont une opinion défavorable de Nadeau-Dubois, soit 13 points de plus que le chef péquiste et une proportion semblable à celle du premier ministre Legault. Néanmoins, avec un score net de +13 dans ce sondage, Nadeau-Dubois aura réussi lui aussi à changer fortement la façon dont les électeurs le voient. Dans le baromètre de 2020, le co-porte-parole solidaire était dans le rouge avec 35 % d’opinions positives et 41 % d’opinions négatives, un score net de -6.

D’ailleurs, si la campagne de 2022 a été décevante pour QS par rapport aux attentes de précampagne, la formation socialiste a une occasion intéressante de se reprendre : l’élection partielle dans Saint-Henri–Sainte-Anne (SHSA), qui devrait avoir lieu au printemps. À moins d’une surprise, cette partielle devrait être le théâtre d’une course entre le PLQ et QS. Les libéraux l’avaient emporté en octobre dernier, mais sans panache, malgré la présence de la cheffe du parti comme députée sortante et candidate. Moins de 3 000 votes séparaient Dominique Anglade, qui a quitté la vie politique depuis, du candidat solidaire Guillaume Cliche-Rivard dans SHSA. Si le PLQ continue de s’enliser comme il le fait depuis la fin de la campagne électorale, les chances de QS de remporter sa 12e circonscription seront alors excellentes dans ce quartier du sud-ouest de Montréal au printemps 2023.

Parlant du PLQ, le sondage Léger nous montre que le chef intérimaire Marc Tanguay est un parfait inconnu au bataillon. Seulement 15 % d’opinions positives, 18 % d’opinions négatives et 67 % de « je sais pas c’est qui ». Le PLQ n’a qu’un seul élu dans le top 30 de la liste de Léger, soit la députée de Saint-Laurent, Marwah Rizqy, au 30e rang (22 % positif, 12 % négatif). Ce n’est pas dans un creux que se trouve le PLQ, mais bien dans un abysse digne de la fosse des Mariannes (le plus bas sur Terre, à -10 994 m).

Et puis, vous entends-je, Éric Duhaime, le chef du Parti conservateur du Québec ? Déjà, il est inversement plus connu que le chef libéral : 79 % ont une opinion de lui. La mauvaise nouvelle, c’est qu’elle est très majoritairement négative chez les répondants du sondage, à 57 %. Néanmoins, les sous-échantillons ventilés selon les intentions de vote montrent que l’ancien animateur de radio demeure fort apprécié de sa base électorale, avec 83 % des électeurs conservateurs qui ont une opinion favorable de lui. Autre nuance positive, Éric Duhaime est deux fois plus populaire que son parti : 22 % des répondants du sondage affirment avoir une opinion favorable à son égard, tandis que les suffrages du PCQ en octobre 2022 n’ont été que de 12,9 %. Bref, il y a encore un potentiel de croissance chez les conservateurs.

En terminant, quand on regarde quels élus attirent les faveurs des électeurs adverses, on constate que les caquistes aiment les caquistes (seulement trois élus d’autres partis percent les 10 premiers rangs) ; que les péquistes préfèrent les ministres de la CAQ aux co-porte-paroles de Québec solidaire ; que les libéraux affectionnent les élus fédéraux (et Valérie Plante), mais aiment mieux Geneviève Guilbault que Steven Guilbeault (et pas du tout leur chef) ; et que les solidaires voient plus dans leur soupe Justin Trudeau que Paul St-Pierre Plamondon.

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Pour ma part, en ce début janvier, le premier ministre François Legault vient de perdre ma confiance en ce qui a trait à l’avenir du Québec. Laissez partir Sophie Brochu qui est à la tête d’Hydro-Québec vient de détruire toute ma confiance en cet homme qui demande des avis mais n’en fait qu’à sa tête. La situation mondiale change à grande vitesse mais lui continue à gérer avec des méthodes anciennes et complètement démodées. Quelle déchéance de laisser partir quelqu’un d’intègre comme Madame Brochu qui a une vision tellement logique et moderne de l’avenir. Sa cote de popularité vient de tomber à mes yeux.

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