Les politiciens sans leur armure

Dans la série documentaire «Fièvre politique», des anciens élus racontent ce qu’ils ont vécu à l’époque où ils s’escrimaient en public.

AVEC TÉLÉ-QUÉBECLogo partenaire

Jean Chrétien et Esther Bégin
Jean Chrétien et Esther Bégin

La politique est un combat. Le plus violent où il n’y a pas de sang, m’a déjà dit un organisateur. Ce n’est pas un hasard si les termes militaires sont si souvent utilisés pour décrire les débats. Même l’expression «campagne électorale» est empruntée aux grandes manœuvres des armées qui partaient pour de longues expéditions de conquête.

Ceux qui partent à la guerre chaque jour, les politiciens, doivent enfiler leur armure pour survivre. On les voit se lever en chambre pour attaquer leurs adversaires ou se défendre. Certains ont fait de la parole une arme redoutable. D’autres sont de piètres soldats de la langue. Les médias ajoutent aux critiques incessantes, parfois avec justesse, parfois inutilement.

Lorsque les anciens élus qui ont rangé au placard leur armure racontent ce qu’ils ont vécu à l’époque où ils s’escrimaient en public, cela permet aux citoyens d’avoir un accès privilégié à cette vie infernale qu’est la politique. Un métier aussi grisant que déprimant. Les hauts et les bas du théâtre dans la vie en condensé, comme le disait Jean Lapierre.

C’est ce que propose la série documentaire Fièvre politique, dont la diffusion de quatre épisodes commence jeudi 26 mai, à Télé-Québec.

Les révélations, anecdotes et histoires — tristes ou croustillantes — ont été recueillies par Esther Bégin lors de grandes entrevues réalisées avec d’ex-élus de toutes les tendances et allégeances. C’est la première chose qui nous frappe: la diversité. Jean Charest, Pauline Marois, Jean Chrétien, Jean-Martin Aussant, Mario Dumont, Diane Lemieux, Michelle Courchesne, Jean Lapierre… En tout, 23 anciens politiciens — dont certains vont probablement retourner au combat un jour — qui ont marqué le Québec et le Canada des dernières années.

Le premier épisode, «Cynisme et sacrifices» oscille entre les anecdotes et des moments très touchants.

«À moins d’avoir une fortune personnelle, tu es toujours cassé»

Mario Dumont aborde notamment le tabou de l’argent, celui du salaire des députés. «Tu es tout le temps cassé en politique!», lance-t-il. L’élu est sollicité de toutes parts pour faire des dons, assister à des soirées, participer à des événements. Hors des grands centres, le député est un point de référence — le king de la place, diront certains — et tout le monde sera mis au parfum rapidement s’il a osé refuser d’aider une cause ou de se présenter quelque part. Alors le député dit oui à presque tout. «Mais on n’a pas le salaire d’un PDG, on n’a même pas le salaire d’un haut fonctionnaire. À moins d’avoir une fortune personnelle accumulée avant la politique, ce qui n’est pas le cas de tout le monde, tu es toujours cassé», raconte l’ancien chef de l’ADQ.

L’ancienne ministre péquiste Diane Lemieux raconte son traumatisme, et celui de ses enfants, lors du débat sur les fusions municipales, au début des années 2000. Près de 800 cols bleus de la Ville de Montréal s’étaient rendus à son domicile pour manifester, alors qu’elle se trouvait à l’intérieur avec son mari et ses enfants de moins de 10 ans. Pendant des semaines, de petits groupes de manifestants reviendront matin et soir devant sa résidence, forçant la surveillance d’une agence de sécurité. «C’est indécent, c’est lâche», dit-elle, précisant que le droit de manifester et de protester en démocratie est important, mais qu’il y a des endroits pour s’y adonner, et que la vie privée du politicien devrait en être exclue. «Huit cents personnes devant votre maison, ça ne fait pas partie de la job!», lance-t-elle.

Jean Charest
Jean Charest

«Comment on se sent quand il y a juste notre famille qui nous aime?!»

La famille occupe une grande place dans les témoignages du premier épisode. L’ancien premier ministre Jean Charest raconte qu’un matin où un mauvais sondage a été publié dans les journaux — «un autre», dit-il, ajoutant «mais celui-là était vraiment mauvais» —  il passe devant les journalistes à l’Assemblée nationale, sans s’arrêter. Un scribe lui crie alors: «Comment on se sent quand il y a juste notre famille qui nous aime?!» «Je suis fier de moi, je n’ai pas répondu. Mais je me suis dit en mon for intérieur: « il y a juste ça qui compte ».»

Jean Chrétien raconte que c’est sa femme, Aline, qui l’a convaincu de solliciter un troisième mandat, même si le ministre Paul Martin et ses troupes mettaient beaucoup de pressions pour qu’il quitte son poste de premier ministre. «Je ne voulais pas de troisième mandat», dit-il, mais elle l’a fait changer d’avis. Il estime que sa femme est le «roc de Gibraltar» dans sa vie.

En 2009, lors du sommet sur les changements climatiques de Copenhague, la ministre québécoise de l’Environnement, Line Beauchamp, accompagne le premier ministre Jean Charest à cet événement mondial. Mais son couple est en lambeaux à la maison. À un certain moment, elle regarde autour d’elle et est prise d’un vertige. «Mais qu’est-ce que je fais là? J’aurais dû être ailleurs», en train de sauver ce qu’il y a de plus important dans la vie, raconte-t-elle.

Dans le documentaire, l’ancien député péquiste et chef d’Option nationale, Jean-Martin Aussant, affirme qu’il y a certainement un moyen de revoir la conciliation politique-famille, qui est un échec pour la majorité des députés en raison des longs déplacements, du travail les soirs et les fins de semaine, etc. Il a quitté la politique pour être davantage auprès de sa femme et de ses jumeaux. «Ça me tuait», dit-il en parlant des contraintes de la vie politique. «Ne pas voir ses enfants, c’est dur». Il raconte le sentiment de culpabilité qui l’assaillait. «Tu pars le matin en faisant attention de ne pas faire de bruit, parce que tout le monde dort. Et quand tu reviens tard le soir, tu fais attention pour ne pas faire de bruit, parce que tout le monde dort. On sait que ce n’est pas normal», dit-il, ajoutant tout de même que quitter la politique, «c’est un peu comme une peine d’amour». «On aime la politique.»

Michelle Courchesne
Michelle Courchesne

«Ils n’ont jamais réalisé le mal qu’ils m’ont fait»

Le témoignage le plus touchant est celui de l’ancienne ministre libérale Michelle Courchesne, qui a dû concilier sa vie politique avec la garde, à la maison, de son mari Normand, atteint d’Alzheimer. Jusqu’à la fin, elle s’est occupée de lui avec ses fils. «En politique, on est très seul, même s’il y a du monde constamment autour de toi. On est seul avec ses convictions, ses décisions, les critiques», dit-elle.

La voix brisée par les émotions, Michelle Courchesne raconte un épisode où ses adversaires péquistes ont durement attaqué son intégrité, alors qu’elle vivait des moments de grande tristesse à la maison. Pourtant, tous savaient qu’elle est une femme honnête, dit-elle. Ça faisait partie du jeu politique. Mais cette fois, c’en était trop. «Ils n’ont jamais réalisé le mal qu’ils m’ont fait», lâche-t-elle. Lorsque son mari est décédé, le député péquiste Maka Kotto lui a écrit un poème pour lui témoigner ses sympathies. Un geste que Michelle Courchesne n’a pas oublié.

Line Beauchamp avoue ne pas toujours avoir été une bonne collègue. «J’aurais pu démontrer plus de compassion», raconte-t-elle. «Une tape dans le dos, ça nous manque tellement en politique.»

Jean Charest, le batailleur, le chat de ruelle des périodes de questions, convient qu’il a eu des excès de partisanerie au fil des années. «J’ai été très dur parfois. J’ai dit des choses que j’aurais aimé dire autrement.»

Selon Pierre Curzi, les élus jouent selon les règles du jeu, «mais les règles sont dépassées», ce qui rebute bien des gens de qualité, qui évitent une carrière politique alors que le Québec aurait besoin de leurs talents.

Les commentaires sont fermés.

Jean Charest est le premier responsable de la détérioration du climat politique qui a eu lieu à l’Assemblée Nationale suite à son arrivée au pouvoir en 2003. Jamais auparavant n’avait-on assisté à autant de malhonnêteté intellectuelle durant les débats que sous sa gouverne. Ne jamais répondre au questions de l’opposition autrement qu’en attaquant son opposant de la manière la plus vicieuse possible. C’était ça sa façon de faire et il n’a jamais changé son comportement tout au long de son règne. Qu’il se présente aujourd’hui pour déclarer qu’il aurait « aimé dire les choses autrement » alors qu’il avait toute la latitude pour le faire quand il était au pouvoir ne vaut rien d’autre que du vent.

Jean Charest prenait plaisir à être méchant en attaquant vicieusement ses opposants au lieu de répondre aux questions. C’est bien lui qui avait dit à ses ministres: «Il faut haïr l’ennemi». Philippe Couillard se comporte exactement comme Charest à l’Assemblée nationale.

Quel est le vrai motif de cette série d’émissions ? Qu’est-ce qu’on veut réellement passer comme message et à qui ?

Un matin, dernièrement, j’ai entendu à la radio de R.C que John Parisella a dû se faire l’entremetteur pour convaincre certains de ces politiciens (les Libéraux et fédéralistes probablement) de se prêter ces entrevues, j’imagine qu’il a dû « négocier » et obtenu pour eux une certaine garantie sur ce qui pourra être dit ou pas lors de ces entrevues.. dans la mesure du possible bien sûr. Qu’on ait eu besoin de cet entremetteur pour les convaincre à se prêter au jeu ne me rassure pas sur ce qu’on y entendra.

Quant aux premiers commentaires de Jean Charest qu’on nous relate ici, ça me laisse totalement indifférent, c’est un batailleur de ruelle derrière une façade de caméléon, il a agit ainsi tout le temps qu’il a été en politique au Québec, ce fédéraliste inconditionnel / ce « Capitaine Canada » du référendum de 1995, ce conservateur au fédéral que le PLQ a recruté pour sauver le PLQ avait une mission en entrant en politique au Québec : « Que jamais plus le Québec soit en mesure de refaire ce qu’il a fait en 1995″, ses amis du Fed avaient le même objectif. Et nous l’avons vu agir, nous l,avons vu donner le ton à ses troupes, des Commissions d’enquête qu’il a lui-même été obligé de lancer nous ont appris comment il fonctionnait (tous les moyens sont bon pour atteindre ses objectifs). Je ne veux plus en entendre parler…. mais sous d’autres déguisements, à d’autres fonctions dans le secteur privé, mais toujours avec les mêmes idées et objectifs J.J Charest fait le tour du monde en se présentant encore … l’imposteur… comme fier représentant du Gouv du Québec… ça m’horripile !

J’ai peur comme de la peste que cette série soit dans le style des courts métrage : »Minutes du patrimoine » de Robert Guy Scully avec semblable objectif .

Peut-être que s’ils cessaient de nous mentir en pleine face, de promettent n’importe quoi et son conrtaire, s’ils arrêtaient de faire les bébés à l’assemblée nationale; peut-être que s’ils répondaient franchement aux questions posées (j’entends encore l’autre dire « il revient lundi » à répétition comme réponse à une toute autre question) peut-être que si la politique était plus une affaire d’agir que de paraître, alors peut-être, peut-être qu’on aurait plus de respect pour nos politiciens qu’on en a.
PS. je ne parle pas du simple député qui veut faire la différence, ils sont menottés par ceux qui sont grisés par les titres: ministres et autres si supérieurs (semblerait)

L’histoire le constatera: Jean Charest est l’un des plus grands Premier Ministres à avoir administré le Québec et comme Québécois et canadien, j’en suis fier. très fier!

Exactement le genre de commentaire qui illustre la mauvaise foi libérale de la manière la plus éloquente qui soit.

3 mandats (TROIS!!!).

Les Québécois et les Québécoises seraient-ils tous des dingues?

Non. Seulement 35% des Québécois on élu le gouvernement majoritaire des libéraux. Gagner des élections avec le système électoral déficient du Québec ne signifie pas qu’on représente les intérêts et les attentes de la majorité des citoyens, on est même loin des 50% avec les chiffres actuels et c’est ça qui est pitoyable du système électoral québécois. Il permet que soit élu avec une forte majorité un parti qui peut se foutre éperdument et impunément de la majorité pour ne faire que ce qui satisfait sa petite clique. C’est précisément là où se situe la dimension « dingue » de l’état des choses au Québec…

Le système électoral au Québec EST LE MÊME POUR TOUS!!!

C’est un système qui permet une stabilité politique hors pair. Parfait? NON mais d’autres provinces Canadiennes ont tenu des référendums pour le modifier et devinez quoi? Les tenants des changements ont perdu leur mise.

Il y a des tonnes de systèmes électoraux et les perdants des élections comme vous, voudront toujours les modifier pour se donner un pouvoir auquel ils n’ont pas droit selon les règles en vigueur.

Vous me faites penser au très mauvais perdant au ballon chasseur dans une cour d’école du primaire et qui veut changer les règles pour s’avantager. Pas fort!

Jamais , mais jamais je n’aurai le moindre gramme d’empathie pour Jean Charest. Il s’agit du pire premier ministre de l’histoire…aucun sens de l’éthique en ne travaillant jamais pour le citoyen. Mais Philippe Couillard est en train de battre le record de médiocrité de Jean-Charest!

Ah! Bon! Sous Jean Charest et Phillipe Couillard de 2003 @ 2018 , les québecois ont votés pour les libéraux sauf pour 18 mois ( le PQ minoritaire ) !! Alors Marc est-ce les chefs du PLQ ou les électeurs qui ont votés pour eux qui sont médiocres ?

Ou est-ce l’ opposition officielle qui dort au gaz et qui est trop superficielle ?????

Donc tout va très bien, n’est ce pas. On se demande pourquoi François 1 et beauly2 sont tout le temps en train de se plaindre. Jean Charest a été là pour 3 mandats et c’était le plus grand PM de l’histoire (dixit François) et depuis Couillard est un saint. On se demande bien pourquoi François se plaint. ? Est-ce que c’est parce qu’il aime le rôle de victime ou plutôt qu’il haït qui il
est ? Parce que vraiment, j’ai rarement vu des gens se plaindre autant politiquement alors que leurs poulins sont au pouvoir.

L’UN des plus grands!!! Nuance…

Lorsque nos Libéraux sont au pouvoir, je ne me plains que rarement. Je fais des constats car ils sont trop socialistes interventionnistes et trop de gauche selon moi. Ils auraient avantage à me consulter et j’écris ceci en toute humilité.

Il y en a un qui a gardé son armure à moins que ce fut le seul qui a été authentique pendant ses mandats. Les autres semblaient avoir trouvé très difficile d’avoir à faire tous ces sacrifices malgré la passion. C’est vrai que nous sommes devenus cyniques .