Les premiers favoris de la course au leadership conservatrice: MacKay, Charest et Kenney

Évidemment, le sondage a été mené auprès de tous les Canadiens, pas uniquement auprès des membres du parti. Mais l’histoire récente montre que la perception populaire influence fortement la dynamique d’une course au leadership. 

Jean Charest, Peter MacKay et Jason Kenney sont parmi les favoris de la course au leadership naissante du Parti conservateur, selon un sondage Abacus.
Jean Charest, Peter MacKay et Jason Kenney sont parmi les favoris de la course au leadership naissante du Parti conservateur, selon un sondage Abacus.

La course à la direction du Parti conservateur n’est pas encore officiellement lancée et pourrait ne pas l’être avant plusieurs mois, mais sur la ligne de départ, tous ne sont pas égaux.

La maison de sondage Abacus vient de publier le premier coup de sonde qui permet de mesurer quels candidats potentiels seraient les éventuels favoris pour succéder à Stephen Harper.Politique

Ainsi, l’ancien ministre de la Justice Peter MacKay partirait avec une longueur d’avance, devant l’ancien premier ministre du Québec Jean Charest, l’ancien ministre de l’Immigration et de la Défense Jason Kenney, et l’ancienne ministre des Transports Lisa Raitt. Non loin derrière se trouvent le premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall, l’ancien ministre Maxime Bernier, et le flamboyant et controversé conseiller municipal de Toronto — et frère de l’autre — Doug Ford.

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Peter MacKay est le seul à se détacher dans la population en général (31 %), chez les sympathisants conservateurs (35 %), chez les électeurs qui affirment ne pas écarter un appui au Parti conservateur éventuellement (30 %) et chez les électeurs qui se définissent comme étant plus au centre de l’échiquier politique que le PC (31 %), une clientèle importante si le parti souhaite élargir son bassin d’appuis afin de former de nouveau le gouvernement.

Si, après Peter MacKay, les sympathisants conservateurs voient davantage Brad Wall et Jason Kenney dans leur soupe, Jean Charest attire davantage les électeurs potentiels et les centristes.

Peter MacKay est fort dans toutes les régions du pays, y compris dans l’Ouest, même s’il vient de la Nouvelle-Écosse. Il est premier au Québec, tout juste devant Jean Charest et Maxime Bernier (il faut toutefois faire attention à la marge d’erreur dans les sous-ensembles, les trois étant en réalité à égalité statistique).

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Évidemment, le sondage a été mené auprès de tous les Canadiens, et pas uniquement auprès des membres qui auront le droit de vote lors de la course au leadership. Mais l’histoire récente montre que la perception populaire influence fortement la dynamique d’une course au leadership. Les militants d’un parti ne sont pas insensibles aux chances de gagner de leur prochain chef, tout comme les organisateurs et les stratèges qui devront se choisir un camp pour lequel travailler.

Ce premier coup de sonde arrive tôt et ne présume en rien du résultat. Mais il contribue déjà aux discussions des sympathisants conservateurs qui se relaient ce sondage depuis sa sortie.

Voici quelques réflexions à la lumière de ces premiers résultats:

– Les paramètres de la course n’ont pas encore été décidés par les instances du parti. Plusieurs bonzes souhaitent retarder la démarche, peut-être même jusqu’au milieu de 2017. Lorsque la députée ontarienne Kellie Leitch a voulu lancer sa campagne au leadership dès cet automne, elle s’est fait dire qu’elle irait seule. Personne ne souhaitait l’appuyer si tôt. Elle n’a pas insisté et a mis sa candidature en veilleuse.

Les libéraux fédéraux ont choisi cette voie après la débâcle de 2011, prenant deux ans avant de choisir leur nouveau chef, Justin Trudeau, en 2013. Cela permet aux troupes de décanter les leçons de l’échec, de reposer les meilleurs éléments, et de ne pas exposer un nouveau chef aux feux de la rampe trop rapidement afin d’éviter que son image ne s’use prématurément en notre ère de surexposition médiatique (et de réseaux sociaux acidulés). Surtout, un temps d’arrêt laisserait la chance à certains favoris de revenir sur leur décision de ne pas briguer la tête du parti. Peter MacKay, Jean Charest et Brad Wall ont tous fermé la porte cet automne, mais qui sait où ils en seront dans leur vie et leur carrière dans 18 mois?

 Les militants conservateurs ont aussi tout intérêt à mieux comprendre à quoi ressemblera le nouveau mode de scrutin avant de jeter leur dévolu sur un nouveau chef. Le gouvernement Trudeau a inscrit dans son discours du Trône la volonté d’en finir avec le mode de scrutin uninominal à un tour actuel. Se dirige-t-on vers un scrutin proportionnel, proportionnel mixte ou un scrutin préférentiel? Des consultations auront lieu d’ici 18 mois, avec un projet de loi à la clé. En fonction du résultat, un chef qui s’adresse avant tout à sa base électorale afin de l’emporter, comme c’était le cas de Stephen Harper, présenterait un portrait moins attrayant qu’un chef capable d’agrandir la famille conservatrice. Un Jason Kenney ou un Brad Wall, populaires dans les rangs conservateurs, se battraient contre l’image plus rassembleuse que projettent les Peter MacKay ou Jean Charest chez les centristes et les électeurs potentiels du PC.

De plus, un système électoral proportionnel a de fortes chances de signifier la fin des gouvernements majoritaires, puisque récolter plus de 50 % des voix est aussi difficile que rare — seuls John Diefenbaker, avec 53,7 % en 1958, et Brian Mulroney, avec 50,03 % en 1984, y sont parvenus. Dans ce contexte, un chef moins polarisant, capable de travailler avec les autres partis aux Communes, serait un atout.

– Le trio de tête du sondage parle français. Peter MacKay aurait besoin de cours d’appoint, sans aucun doute, mais Kenney et Charest sont parfaitement bilingues. Le Parti conservateur peut-il se permettre un chef unilingue? Difficile à croire. C’est peut-être la raison pour laquelle Brad Wall suit des cours de français?

 Le premier sondage est généralement un concours de notoriété. Celui qui a le nom le plus connu a de bonnes chances de figurer en tête du peloton. Rien n’empêche les militants de choisir une autre personne, mais la notoriété en politique donne un sérieux coup de main à la ligne de départ d’une course au leadership. Parlez-en à Justin Trudeau et Pierre Karl Péladeau. C’est pourquoi Brad Wall a tout intérêt à se faire connaître hors des Prairies s’il veut un jour se lancer. L’arrivée des réfugiés syriens et le sommet sur le climat à Paris lui ont d’ailleurs permis d’élever la voix hors de la Saskatchewan.

 Les noms qui figurent dans le sondage Abacus ne sont pas les seuls qui circulent parmi les militants conservateurs. La chroniqueuse Tasha Kheiriddin, qu’on entend à Radio-Canada notamment, est pressentie par de nombreux sympathisants. Au Québec, le nom de l’ancien sénateur et ministre Michael Fortier a refait surface. Il avait été candidat dans la course du Parti progressiste-conservateur en 1998, terminant avec 4 % des voix. Ça ne présume pas de leur intérêt à se lancer. Mais qui sait à quoi ressemblera le portrait de la course? Un nom comme celui de l’ancien premier ministre du Nouveau-Brunswick Bernard Lord pourrait également venir brouiller les cartes. La liste de noms sondés par Abacus évoluera au fil des mois.

– Si Jean Charest et Peter MacKay ne changent pas d’idée et refusent de se présenter, et si aucun gros nom ne s’ajoute à la liste, l’avance d’un Jason Kenney est plutôt mince. Il a, de loin, le réseau de financement le plus développé. Son travail auprès des communautés culturelles lui donne aussi un avantage. Mais le coup de sonde d’Abacus montre la possibilité d’une course à la direction passablement ouverte.

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Juste le fait de retenir le nom de Charret ,je pense que je vais couper tous liens avec le parti conservateur.

Charest, le péquiste qui ne veut pas de référendum…. est-ce que le PCC serait assez stupide pour prendre comme chef cet amoureux des taxes et des déficits?

M.Castonguay, vous avez raison ce coup de sonde est beaucoup trop tôt et n’ indique pas la tendance! Oh! Que non!

Les conservateurs ont des croutes à manger avant de choisir un chef! Ils devraient prendre leur temps et surtout songer à ne pas choisir un chef qui provienne de l’ ouest! Un chef bilingue ,il y va de soi et plustôt centriste et rassembleur qui pourra rallier tout les partisans ! Je le de l’ Ontario.

Pas étonnant de voir Charest dans cette liste. Tout le temps qu’il a été PM du Québec il se comportait en conservateur… comme Couillard!

Mr.Castoguay , moi j aurais ajouter le nom de Tasha Kheiriddin comme successeur a Stephen Harper qu’en pensez-vous ?