Les préposés au sens (I)

 

Depuis une semaine, l’attentat du 4 septembre fait couler beaucoup d’encre.

Sur Twitter, dès la diffusion en direct sur les ondes de RDI de l’arrestation de Richard Henry Bain au moment où il criait quelque chose comme «les Anglais se réveillent» et lançait que ce serait «f… payback time», l’émotion a pris le dessus.

À chaud, sans que l’on ne connaisse le moindre fait relié à cet événement tragique où Denis Blanchette y laissait sa vie et Dave Courage s’en sortait blessé grièvement, les uns édictaient que le geste de Bain était de nature strictement psychiatrique et surtout, qu’il était interdit d’y voir autre chose.

Pour d’autres, ce geste était de nature plus politique et alimenté par un climat de peur nourri par les médias anglophones.

Un fou, c’est tout, disent les uns. Un fou, peut-être, disent les autres, mais un fou nourri par une rhétorique hargneuse présente dans les médias anglophones.

Or, fait étonnant, même une fois l’émotion brute retombée, les mêmes diagnostics ont perduré.

Les tenants de la thèse «psychiatrique» accusant les tenants de la thèse «politique» de jeter de l’huile sur le feu. Les tenants de la thèse «politique» accusant les tenants de la thèse «psychiatrique» de tomber dans le déni.

Comme le notait Stéphane Baillargeon dans Le Devoir, «chaque fois qu’un drame se produit, les préposés au sens balancent leurs explications toutes prêtes».

La réalité est pourtant que nous n’en savons rien.

Richard Henry Bain est-il un fou? Est-il un tueur motivé par une haine atavique du PQ alimentée par les médias anglophones? Est-ce une combinaison des deux? Nul ne le sait pour le moment.

C’est pourquoi, en cette absence de faits concrets, il serait sage d’appliquer une retenue élémentaire quant aux motivations réelles du tueur présumé.

La multiplication des diagnostics basés sur des données plus que fragmentaires ne contribue en rien au débat public.

Une retenue certaine sur le lien de causalité devrait s’exercer pour trois raisons :

1) L’absence de faits concrets quant aux motivations de Bain. Ce qu’on entend et lit sur lui tient essentiellement pour le moment de l’anecdote et du ouï-dire;

2) Parce qu’en fait, cette rhétorique des médias anglophones – pas tous, mais plusieurs – existe depuis des décennies. Donc, bien avant l’attentat.  Peut-être que dans le cas de Bain, il existe un lien de causalité entre cette rhétorique et l’attentat. Mais peut-être pas, non plus. Nous ne le savons pas.

3) Même si ce lien venait à être démontré un jour en cour, il resterait encore à prendre en compte un élément nettement plus récent de l’actualité. Soit la multiplication de ce type d’attentat – un ou plusieurs gars, jeunes ou pas -, armés jusqu’aux dents, faisant irruption, qui dans une école secondaire, qui dans une université, qui dans un meeting politique, pour faire feu sur tout ce qui bouge.

Dans cette longue liste de tueries, le Québec, malheureusement, n’est pas en reste avec les Denis Lortie, Marc Lépine, Valery Fabrikant et Kimveer Gill.

Le cas du massacre de la Polytechnique donnait d’ailleurs lieu à des conjectures similaires à celles qu’on entend depuis une semaine.  Marc Lépine était-il un fou? Était-il un anti-féministe violent et enragé? Ou un mélange des deux?

Contrairement à Bain, Lépine s’étant suicidé sur place, un procès n’a jamais pu même tenter d’élucider cette énigme. Or, Richard Henry Bain, lui, est vivant et subira un procès.

Avant de conclure à une motivation uniquement «politique» ou «psychiatrique», attendons de voir ce qu’il en sortira.

Ne pas fermer les yeux

Par contre, cette retenue nécessaire quant aux motivations inconnues de Bain n’exclut pas que l’on réfléchisse, que l’on prenne le temps et fasse l’effort de regarder de plus près ce phénomène proprement politique qu’est la multiplication dans les médias anglophones d’accusations de «xénophobie» contre le nationalisme, le mouvement souverainiste et la loi 101. Du moins, dès que les événements ramènent un ou plusieurs de ces éléments dans l’actualité.

Le problème est que  ces épithètes «xénophobe», «intolérant», «radical», «extrémiste», «anglophobe», et j’en passe, y prennent souvent le pas sur l’analyse des faits.

Parce que cette même rhétorique refait surface, à nouveau, cette fois-ci pendant la campagne électorale, elle est toujours d’actualité et donc, d’intérêt en soi.

Et ce, j’insiste, indépendamment de l’attentat du 4 septembre.

Elle est d’intérêt parce qu’elle joue un rôle important depuis des décennies dans la dynamique politique québécoise et canadienne.

Elle est d’intérêt parce que les mots ont un sens.

Et parce que les mots ont un sens, à force de répéter les mêmes préjugés non fondés sur un groupe ou une idée dans le but de mieux les discréditer, voire de les délégitimer, on tait toute possibilité de débat raisonné.

C’est ce qu’on appelle plus communément un processus de «diabolisation» de l’adversaire politique.

Ce faisant, on cherche à discréditer le messager avant tout en lui prêtant de sombres intentions, quoi qu’il dise ou qu’il fasse.

Une fois l’adversaire discrédité, il n’y a même plus besoin de débattre de son message. De toute manière, on ne débat pas avec des xénophobes, n’est-ce pas?

En politique, cette tactique est vieille comme le monde et d’une efficacité redoutable. On pourrait la résumer avec ce vieil adage : «qui veut noyer son chien l’accuse de la rage».

Ici, qui veut discréditer le mouvement souverainiste, le nationalisme québécois et les lois linguistiques, les accusent à répétition de xénophobie, d’intolérance, d’anglophobie, etc…

Cette tactique de diabolisation d’un adversaire politique pour mieux le discréditer et le délégitimer, est en effet un grand classique. Presque depuis que le monde est monde…

Prenez la grève étudiante. Pendant des mois, les pires clichés populistes ont souvent tenu lieu d’«analyse». Pas partout, mais souvent. Dans ce cas-ci, ce «souvent» se produisait autant dans les médias francophones qu’anglophones.

On a même entendu un chroniqueur, sur les ondes, en direct, à heure de grande écoute, lancer en plein visage à un Gabriel Nadeau-Dubois médusé que le porte-parole de la CLASSE tenait un «discours de batteur de femmes»! Rien de moins.

Que le gouvernement Charest, pour ses propres fins partisanes, pendant des mois, ait associé le mouvement étudiant à de la «violence et de l’intimidation», des citoyens pacifiques à «la rue» et le PQ aux deux, c’est une chose. Mais d’avoir vu le phénomène s’étendre jusque dans le «commentariat» /sic/, en est une autre.

En versant dans une rhétorique basée sur des préjugés et non des faits, sa répétition sur plusieurs tribunes ne fut pas sans effet délétère sur le climat social et la perception négative du mouvement étudiant développée par une partie substantielle de la population.

Autre exemple récent : dans sa quête pour des votes libéraux, François Legault a multiplié ses sorties accusant Pauline Marois d’être l’«otage» des «radicaux extrémistes» /sic/ du PQ. Et qui seraient donc ces dangereux radicaux au quotient intellectuel comparable à celui d’un caribou?

Selon le chef caquiste, ce serait ceux qui veulent l’indépendance du Québec plus rapidement que d’autres. Ceux-là mêmes avec qui M. Legault a travaillé pendant onze ans au PQ et dont, en passant, il faisait partie.

Or, en choisissant ces mots, M. Legault a contribué, lui aussi, à caricaturer et délégitimer les personnes qui défendent une option pourtant aussi légitime que l’option fédéraliste.

Eh oui, les mots ont un sens.

Un examen de conscience

Indépendamment du geste de Bain dont on ne connaît pas la motivation, le problème posé par le type bien spécifique de représentation que l’on fait souvent dans les médias anglophones des souverainistes, des nationalistes et des lois linguistiques, reste entier.

C’est pourquoi un débat et un examen de conscience restent à faire. Or, malheureusement, il est fort probable qu’ils ne se feront pas.

Pourquoi? Parce que le sujet dérange. À la limite, on en parlera du bout des lèvres. Et lorsqu’on le fera, on s’assurera de renvoyer dos à dos les médias francophones et anglophones. Tout est égal, tout se vaut, n’est-ce pas?

D’autres balaieront le sujet sous le tapis en jurant que tout le monde, donc personne, n’est responsable de ce type de rhétorique extrême. Ce qui, ça tombe bien, banalise le tout.

Pourtant, le fait est qu’on soulève régulièrement ce soupçon d’«intolérance» dans les médias anglophones. Et on ne le fait pas qu’une fois de temps en temps. Et ça n’arrive pas qu’à un analyste dont les mots, une fois, auraient dépassé sa pensée sous le coup d’une émotion mal contenue.

Non. Ça revient dès que le PQ, le référendum, le nationalisme ou la question linguistique se pointent. Pour vrai ou par simple crainte.

Quant aux médias francophones, il arrive qu’on y soulève le même soupçon, mais nettement moins souvent. Que ce soit sur les souverainistes ou les fédéralistes.

Peut-on imaginer des médias francophones truffés à répétition de références aux fédéralistes «xénophobes» et «intolérants»? Poser la question, c’est y répondre.

Bien sûr, la rhétorique «xénophobiste» – comme je la nommerais -, n’est pas présente dans tous les médias anglophones, ni chez tous les chroniqueurs, commentateurs ou équipes éditoriales.

Mais il est indéniable qu’elle en constitue le discours dominant lorsqu’il est question de ces sujets. Et ce, depuis longtemps.

En fait, cette rhétorique s’entête depuis les années 1960 – une décennie de grande effervescence politique au Québec.

Une décennie où le nationalisme québécois moderne s’exprimait autant au Parti libéral de Jean Lesage qu’à l’Union nationale post-Duplessis, au Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN) et dès 1968, au Parti québécois. Ce fut aussi la décennie du FLQ.

Pour de nombreux anglophones du Québec, lesquels se percevaient comme faisant partie de la majorité anglo-canadienne, l’émergence d’une conscience nationale affirmée chez les francophones venait remettre en question la domination de leur communauté et de leur langue dans la vie sociale et économique.

Résultat : tout ce qui toucherait, de près et de loin, à la question linguistique – donc, à la place de l’anglais au Québec – canaliserait dorénavant l’inquiétude et la colère d’une communauté appelée à perdre au fil du temps un certain nombre de ses privilèges hérités de notre histoire commune.

Et ce, même lorsque ses droits collectifs demeurent reconnus et garantis à travers une multitude d’institutions sociales, de la maternelle à l’université, de même que dans les services de santé. Des institutions que la communauté anglophone s’est donnée, mais qui aujourd’hui, sont subventionnées par tous les contribuables. Et qui, pour les hôpitaux et les services sociaux, servent à tous sans égard à la langue de ses utilisateurs.

***

Mercredi : la suite de mon analyse – Les raisins de la colère anglophone / Anatomie du discours «xénophobiste» / Un leadership anglo-québécois rentré dans ses terres.

 

 

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19 commentaires
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Ne pas fermer les yeux.
Si les émeutes du printemps québécois n’ont pas éveillé le Québec à lui-même, c’est la preuve qu’il dort en marchant. Dans la tradition ancestrale, on ne dérange pas un somnanbule, pas même lorsqu’il court à sa perte.
Inspiré Des sirènes de Bagdad. Yasmina Khadra

J’attendais avec impatience votre analyse pour lire une actualisation bienvenue de L’invention d’une minorité (Boréal, 1992).

Quelles sont les perspectives pour la collectivité anglo-québécoise, cette «majorité minoritaire» au Québec et plus important quelle devrait être la réponse d’un gouvernement du Parti québécois aux griefs, réels ou imaginaires, de la communauté anglophone?

J’espère pouvoir vous lire sur ces questions.

Honnêtement, je ne comprends pas le sens du sens que vous donnez dans ce billet.
Vous écrivez : »La réalité est pourtant que nous n’en savons rien » quant au mobile du tueur… or dans votre intro vous dites :
« Sur Twitter, dès la diffusion en direct sur les ondes de RDI de l’arrestation de Richard Henry Bain au moment où il criait quelque chose comme «les Anglais se réveillent» et «it’s f… payback time», l’émotion a pris le dessus. »
Ma question : ce cri d’Henry Bain, qui n’était pas « quelque chose comme » parce que bien audible et techniquement décodé par la suite, n’est-ce pas là un fait concret permettant de déduire que son attentant avait une visée POLITIQUE ?

Face au « Quebec bashing » la tolérance du peuple québécois ne semble pas avoir de limite. Dans un couple normal, le conjoint ou la conjointe exposé(e) sans cesse à cette violence verbale et écrite aurait divorcé depuis longtemps. Malgré sa devise, le peuple québécois oublie rapidement; il suffit d’un « love-in ». On se rappelle encore celui de 1995.

Mais voilà : si la deuxième partie de votre texte est juste, la première n’a pas tant d’importance, c’est-à-dire que la question de la cause de l’attentat n’est pas capitale dès qu’on sait que les conditions sont là.

De plus, je crois qu’il est difficile de comparer le discours haineux d’hier à celui d’aujourd’hui, parce que les médias ont changé. Nous avons un indice de plus de la tolérance de la direction d’une publication à l’égard d’un certain discours, à cause des commentaires.

Beaucoup de chroniqueurs québécois n’ont pas voulu en parler. Il ne fallait pas attiser les flammes de l’intolérance, disaient-ils. Pendant ce temps, ils toléraient le discours haineux de plusieurs médias du ROC.

Que ce même discours ait motivé Bain ou non n’a pas autant d’importance que de savoir qu’il existe et s’empire, ce qui n’est certe pas une façon de prévenir d’autres incidents du genre.

J’estime quand même que votre analyse est l’une des plus pertinentes et vous en remercie.

Le geste de ce désaxé est, était d’une clarté aveuglante : vengeance et rétribution. L’heure était venue de faire le ménage. Dieu merci, les circonstance ont mis sur son chemin des hommes courageux, braves, qui ont fait fi des dangers mortels et ont sauvé, dans l’abnégation, la vie de dizaines de citoyens.

Ce crime était planifié et alimenté par la haine maladive qu’il ressentait vis-à-vis nous.

Je vais suivre avec grand intérêt la suite des choses. Je n’ose parier sur l’issue car les psy vont s’en donner à coeur joie quand à son équilibre mental. Ce sera une vrai farce.

Pour ma part, je vote pour une aliénation au point de départ suivi d’un parfait équilibre dans la planification et l’exécution.

Les paris sont ouverts.

Votre commentaire et toute cette très triste histoire me font me poser deux questions.

1) Si un francophone avait fait exactement, je dis bien exactement la même chose mais où Charest faisait son discours le soir du 4 septembre, je serais curieux d’imaginer la réaction des anglos-québécois et de tout le ROC.

2) On entend des reportages ici et là de Québécois anglophones qui se disent très mal à l’aise face à ce qu’ils qualifient de propos haineux et xénophobe des Québécois francophones et qu’ils songent sérieusement à quitter le Québec. De quoi parlent ces gens ?

Je vous cite: « Des institutions que la communauté anglophone s’est donnée, mais qui aujourd’hui, sont subventionnées PAR TOUS les contribuables. » (les majuscules sont de moi). « Par tous les contribuables » , donc (en tirant par les cheveux) les anglophones ne font pas parti du Québec et doivent être condescendant que les autres (lire « les francophones » ) paient pour eux.

Votre conclusion SE tire dans le pied et pourtant vous n’êtes pas ANGLPHONES. Voilà pourquoi les Anglophones ruent dans le baquet de ce temps-ci et bien avant également. Le NOUS EXCUSIFS des francophones. J’ai hâte , très hâte à territoire où la culture et la vie dépasseront la « langue ». Nous sommes en 2012, et l’Église n’est plus là. Que doit-on faire avec la langue ?

Mettre tout le monde dans le même panier c’est douteux en relevant en toute honnêteté tout de même ce plus long développement sur les images préconçues chez les anglophones du Canada ou du Québec.

Sur la thèse psychiatrique, la civilisation occidentale s’est faite un devoir de noyer le phénomène de la violence qui accompagne l’humain depuis les cavernes en réduisant le violent à la ou à sa folie depuis progressivement le 17ème siècle européen et l’explosion de rationalité et de rationalisme apporté par le développement de la philosophie du sujet individuel et de sa capacité de déduction rationnelle. La philosophie de la conscience ramenant la violence ou les comportements plus étranges non motivés à de la folie, permettant d’inventer l’institut psychiatrique spécialisé au début du 19ème siècle où notre Émile Nelligan a été facilement enfermé pour sa trop grande rêverie et ses poésies.

De la psychiatrie a prétention universelle s’est joué en 1970 à l’époque de la contre culture une psychiatrie contestée moins totalisante moins totalitaire envers les marginaux.
Dans ce cadre se trouve en partie cette idée que ce Bain serait bien plus qu’un fou fondamentaliste sorti de nulle part dont une partie des neurones se serait grillé comme par enchantement.

Dans ce courant d’interprétation, R.H.Bain s’il s’avérait qu’il était très politisé pour les droits de la communauté anglophone et qu’il a pensé que le PQ en était un agent de persécution cela doit être pris en compte sans démagogie mais sans déni non plus. Dans le Devoir de ce jour mardi, un texte a soulevé l’hypothèse que Bain serait un misogyne incapable de supporter non plus l’élection d’une femme comme p.m.

Si tout cela reste à vérifier, il faut s’inquiéter du reflexe cartésien qui consiste à dire circulez! Un fou s’est exprimé et plus rien n’est a ajouter point barre. Arguments du genre un fou est un fou, la démence fait faire des folies. Il faudrait mettre des caméras de surveillance à tous les 10 pieds et réinsérer sévèrement dans les asiles toutes les personnes bizarres voire toutes les personnes qui vivent seules! La caricature ici servant à dire l’absurde de la position d’un fou est un fou, il pense sans penser et ne fait que délirer.

Les choses sont plus compliquées.
Si en Occident et au Québec, les normes sociales, la pensée de la normalité a investi profondément la réalité sur le comment vivre à un point que sortir pour un homme sans complet veston et cravate, chapeau dans les années 50 s’avérait troublant idem pour les femmes sans chapeau et en pantalon. De nos jours, l’apparence a un peu diminué son emprise mais pas la prescription sociale de l’éducation universelle, du travail régulier, de l’emphase sur la productivité et le culte de l’argent, la sédentarité familiale rassurante plutôt hétérosexuelle que gai, etc.

Ce qui explique que le fou pur on le voit toujours sans failles.

C’est ce qui explique aussi que la violence biologique celle par exemple de l’homme chasseur des cavernes à celle de l’homme guerrier du monde antique assumé jusqu’au monde médiéval on ne la voit plus que comme un folklore de nos jours. A cette époque, nulle psychiatrie n’expliquait cette violence qui de la chasse aux animaux a pris la forme de la guerre de pillage permanente entre hommes.

La violence prend deux formes.

-Celle qui cherche à faire des gains, à s’accaparer le territoire des autres nations ou tribus anciennes. La violence impériale gratuite de la conquête de la Gaule par exemple à celle de la Nouvelle France ou de l’Europe plus tard par les nazis, descendants sophistiqués de l’extermination par rapport aux Romains.

-L’autre violence est réactive habité par la vengeance et le ressentiment à la fois réfléchie et à la fois aveugle c’est celle qui concerne les tueurs en série ou solitaires comme le tueur de Denver dans un cinéma, le tueur de la Norvège ou l’acte criminel vraisemblablement de terreur de Bain contre le rassemblement du PQ. C’est une violence partagée chez l’individu entre des émotions de rage, de furie et de causes qui se veulent justifiées. Ce phénomène de la rage meurtrière a toujours existé et ne s’excuse pas mais paradoxalement dans la civilisation occidentale qui a individualisé le rapport à la vie. De plus en plus, la violence prend un tournant meurtrier vengeur et rageur sous une forme individualisée plutôt que sous la forme de bandes même si par l’inter action du crime mafieux, le crime vengeur par des groupes mafieux se maintient aussi dans sa logique de trafics.

Évidemment qu’une psychologie plus subtile peut prendre le relais de la psychiatrie et dire que des individus rageurs ne sont pas apparus comme ça nulle part. Tourmentés par leurs itinéraires personnels, ils rencontrent la politique se trouvent une cause et en rejetant toute inhibition, tout contrôle de soi et prise en compte d’une notion de démocratie et de droits humains; ces individus commettent l’irrémédiable tuent, massacrent la vie d’innocents réduits à l’état de boucs émissaires personnalisés et souvent retournent l’arme contre eux mêmes et se suicident si ce n’est en le faisant par l’emprisonnement à vie.

Ces tueurs masculins individuels sont des obsédés souvent de la virilité masculine qui serait sacrifiée par l’ensemble des aspects de la vie moderne. Cela ressemble peut être à du délire, délire néanmoins politisé contre les femmes, les gais, les musulmans, les races, les séparatistes, l’humain tout court lorsque la rage meurtrière individuelle masculine sombre dans la tentation nihiliste dans le refus de toutes croyances, sens à la vie ce qu’à décrit de milles façons le philosophe Nietzche plus perspicace bénéficiant d’une recul philosophique et anthropologique qu’un René Descartes n’a pu avoir pas plus même un Blaise Pascal malgré une sensibilité intellectuelle bien supérieure à Descartes.

Quant à l’autre partie des présupposés de nature collective ceux ci. La diabolisation a commencé par le biais du christianisme qui comme religion de la vérité révélée n’a cessé de trouver des adversaires et représentant du mal à sa mesure des sorcières et adeptes des religions polythéistes jusqu’aux révolutionnaires qui ont coupés les têtes des Rois et remis en question le pouvoir des églises.

La diabolisation instrument et moyen d’instrumentalisation sert évidemment a disqualifier toute tentative d’affirmation de la nation québécoise qui se distingue par sa culture de langue française ouverte aux immigrants lorsque les cours de français sont dispensés, que le français est affirmé comme langue officielle et que l’aide aux emplois est fourni. Il va de soi et ça n’a rien de fasciste de vouloir mettre fin entre autres au service en anglais seulement dans des boutiques et dépanneurs du centre ville de Montréal.

La diabolisation est un moyen radical pour disqualifier celui tenu comme adversaire qui en défendant son droit d’exister se voit reprocher d’être un intolérant, un xénophobe voire un malade encore droit sorti d’un lieu psychiatrique.

Cela fait longtemps que le discours moral a teneur éthique est devenu une arme d’intimidation ce que Gandhi a dit lui même.

Il faut penser afin de vaincre la volonté de la bêtise.

Je suis d’accord avec les déductions de madame Catini.
Les phrases violentes lancées par Bain ont une portée politique.
Je crois qu’il faut reconnaître cela.
D’autre part, beaucoup de francophones et de souverainistes réalisent que les attaques verbales de xénophobie, de racisme et de haine contre eux doivent être instantanément et constamment dénoncées. C’est dangereux de baisser la tête et laisser faire. La preuve vient d’être faite.
Il ne faut pas s’attendre à ce que le gouvernement Harper prennent des mesures pour calmer les médias en question.
Votre deuxième partie devrait également être intéressante.
Votre partie 1 a le mérite d’être la plus claire sur ce sujet.

La citoyenne Legault écrit: « Le problème est que ces épithètes «xénophobe», «intolérant», «extrémiste», «anglophobe», et j’en passe, y prennent souvent le pas sur l’analyse des faits. »

Bien que tout à fait contre la séparation du Québec et antinationaliste convaincu, je ne peux hélas qu’être d’accord sur ce point avec la citoyenne Legault.

Mais chose inouïe, la citoyenne Legault elle-même édulcore le portrait, en omettant les accusations incompétentes de « fascisme » et « racisme » qui se multiplient depuis longtemps dans des médias anglophones comme le « National » Post et autres, au sujet des lois linguistiques, du séparatisme, voire du Québec en général.

Au cours des semaines, des mois et même des années qui ont suivi l’après-référendum de 1995, c’est une scène pour ainsi dire standard entre petits soldats de la classe militante ; comme on dit, un grand classique.

Le monsieur ou la dame fédéraliste (mettons membre du PLC) s’adressant au monsieur ou à la dame du PQ : « Vous n’êtes que des fascisses ! » Réponse du ou de la militant-e du PQ : « Non, on n’est pas des fascisses ! »

Or, qu’ont en commun ces deux personnages du PLC et du PQ, à de rarissimes exceptions près ? Une totale incompétence sur la question du fascisme.

« Définir le fascisme, c’est en écrire l’histoire », nous dit A. Rossi (pseudonyme d’Angelo Tasca) dans son classique ‘Naissance du fascisme’ (1938). « C’est en élucider la genèse », nous dit l’écrivain antifasciste G. A. Borgese (libéral d’inspiration risorgimentale) dans son pamphlet tout aussi classique ‘Goliath ou la Marche du fascisme’ (dont la première édition en français fut d’ailleurs publiée ici, à Montréal, aux Éditions de l’Arbre, en 1944).

Sans vouloir déplacer les responsabilités, j’ai toujours trouvé très étonnant qu’au nombre de spécialistes que nous formons dans nos universités en « sciences » politiques (ces guillemets sont une gracieuseté, au choix, de l’antifasciste de gauche Gaetano Salvemini ou de l’antifasciste de droite Benedetto Croce), il s’en trouve si peu pour répliquer à des accusations d’une telle gravité dans les tribunes desdits journaux. Peut-être leurs lettres sont-elles refusées par les chefs de pupitre comme « trop intellectuelles », voire « trop compliquées » – étant donné que, vérité d’évidence, pour réfuter une accusation de fascisme il faut d’abord définir le fascisme, ce qui n’est pas de la tarte ?

Mais passons et venons-en plutôt aux accusations de racisme. C’est là que ça devient encore plus amusant, comme dirait peut-être Ambrose Bierce.

Une foule d’accusations de racisme lancées dans les médias anglophones le sont par des ahuris qui croient eux-mêmes, et dur comme fer, au délire de la race, via toute une série d’euphémismes de ‘race’ comme ‘lineage’, ‘descent’, ‘ancestry’, ‘bloodlines’, ‘ethnic stock’ et autres sornettes naturelles-biologiques, comme si les gens étaient déjà canadiens-français, déjà canadiens-anglais ou déjà les deux à la naissance (pour prendre seulement ces trois exemples), comme si les identités étaient héréditaires plutôt que culturelles, comme si la diversité humaine fonctionnait selon le même pattern que les espèces et sous-espèces du règne animal. La raison pour laquelle ils confondent systématiquement nationalisme et racisme, pour laquelle ils voient du racisme partout dès qu’il est question du fait français est atrocement simple: c’est qu’ils prennent eux-mêmes le fait français pour un fait racial (« french descent », « french ancestry », etc). C’est une pensée à 360 degrés qui fait les questions et les réponses, qui commence toujours par t’enfermer dans le délire de la race avant de te hurler d’en sortir, qui tourne sur elle-même comme une vis sans fin.

J’ai baptisé cette configuration « antiracisme racial », pour bien rendre sa nature d’oxymoron. Oxymoron, c’est-à-dire une fusion de contraires, comme le drapeau des JONS

Oups ! Désolé Mme Legault, mon pouce a glissé sur le mauvais piton.

Les JONS étaient les « Juntas de ofensiva nacional sindicalista », une des deux composantes fascistes « stricto sensu » du régime de Franco apparues en Espagne dans les années 30 (l’autre composante étant les Phalanges). Le drapeau des JONS est frappant en raison de la coprésence de symboles anarchistes et monarchistes: mariage ubuesque de la carpe et du lapin.

Quelques observations :

1) Il serait bon de tracer un parallele entre la reaction des Espagnols face aux revendications de souverainete des Catalans ; pourquoi le Canada anglophone ne reagit comme les Espagnols ?

2) Tracons un autre parallele de la reaction des Anglais d Angleterre face aux independantistes ecossais; differe t elle des anglphones canadiens

3) Imaginez un pequiste ou jeune etudiant essayant de mettre le feu a un edifice dans lequel Jean Charest s adressait a des membres de son Parti .

A vous de tirer vos conclusions !

Madame Legault, cela fait un peu longtemps que je vous vois à la télévision! Mais là, je crois que vous touchez le véritable noeud du problème! Et j’apprécie beaucoup votre langage pondéré, correct, exempt d’émotivité! Et c’est là où je veux en venir en vous disant, que sous le coup de l’émotion (et j’en suis) on s’invente toute sorte de scénario d’horreur, de peur et d’ignorance des véritables faits et de l’histoire (parfois bien innocemment…). Complot de puissants, qui se seraient servis de cet individu, manipulation de médias, etc. Je vous remercie beaucoup, cela m’a remis sur mes deux pieds, suite à cela, car je peux vous dire que j’en ai pleuré quasiment durant toute la journée du lendemain du 4 septembre. Je commentais des liens sur FB, avec les larmes aux yeux, le coeur chaviré d’incompréhension face à toute cette violence! MERCI! Madame Legault!

Vous avez beaucoup de courage Madame Legault; l’événement (moi, j’en ai moins il faut croire) n’a pas à être occulté pendant dix années dans une psyché sociale qu’on réveillerait seulement en cas d’accident… c’est un peu indéscent de parler de tireur fou parfois, mais ça fait mal de penser qu’il était un terroriste. Daniel Quimper.

Ce texte et certains des commentaires, qui sont particulièrement pertinents, devraient être traduits en anglais!

En effet Bain a crié ce qu’il a crié.

Et moi aussi, évacuer toute discussion sérieuse en disant «C’est un fou», ça m’agace.

Mais un commentateur que je ne nommerai pas, par charité pour ses neurones, et qui était en ondes avec un politic-sensationn-«journaliste» s’est exclamé «Vraiment les étudiants dépassent les bornes!» (Je ne sais pas exactement car je boycotte ce groupe d’entreprises.)