Les Québécois misent sur les infirmières et boudent le crucifix

L’isoloir de L’actualité offre un portrait bien plus nuancé des préférences électorales des Québécois que ne le laisse supposer le scrutin qui a donné un gouvernement majoritaire au Parti libéral du Québec.

Photo © Graham Hughes / La Presse Canadienne
Photo © Graham Hughes / La Presse Canadienne

Tout au long de la campagne électorale, L’actualité a présenté une application conçue en collaboration avec 37e AVENUE, L’isoloir, afin d’aider les Québécois à se faire une opinion en vue du scrutin du 7 avril. L’utilisateur devait sans cesse effectuer un choix entre deux propositions, avant de finalement découvrir avec quel parti il partageait le plus d’idées.

Plus de 15 000 participants et 400 000 votes plus tard, L’isoloir offre un portrait bien plus nuancé des préférences électorales des Québécois que ne le laisse supposer le scrutin qui a donné un gouvernement majoritaire au Parti libéral du Québec.

Isoloir _ mettez les partis à l’épreuve - L'actualité

L’écart conséquent entre les résultats de l’élection et ceux de L’isoloir montrent qu’au-delà de la partisanerie et des clivages politiques, aucun parti n’a vraiment la faveur des Québécois en ce qui a trait aux plateformes électorales. Ironiquement, les idées des libéraux sont celles qui ont le moins séduit nos internautes, alors que Québec solidaire a obtenu leur préférence.

Si l’on devait extrapoler à partir de ces résultats, on dirait (et on n’aurait pas tort…) que la campagne ne s’est pas faite sur les idées, et que le portrait du scrutin est plutôt le résultat de ce qu’on appelle un « vote sanction », qui a sévèrement puni le Parti québécois.

En examinant les propositions plébiscitées par les Québécois, on s’aperçoit que le thème qui leur apparaît le plus cher, la santé, n’a pas occupé le devant de la scène au cours de cette campagne où la souveraineté, l’intégrité et la laïcité ont occulté le reste. Ainsi, huit des 10 idées les plus populaires de L’isoloir atterriraient sur le bureau du ministre de la Santé, dont la plus urgente : miser davantage sur les infirmières pour améliorer l’accessibilité à des soins de santé.

(Note : la popularité des idées est établie selon le nombre de fois qu’une idée est sélectionnée par rapport au nombre de fois où elle a été affichée. Par exemple, si une idée s’affiche 100 fois et qu’elle est retenue 25 fois, sa cote de popularité sera de 25 %. De même, si une idée est affichée 1 000 fois et qu’elle est choisie 900 fois, sa cote sera de 90 %.)

L’isoloir - mettez les partis à l’épreuve - L'actualité

La lecture des 10 propositions les moins populaires a également de quoi étonner puisque le nouveau gouvernement libéral en défend huit.

L’isoloir _ mettez les partis à l’épreuve - L'actualité

Quid des accommodements raisonnables, dont on a tant parlé au cours des derniers mois ? Selon les utilisateurs de L’isoloir, le fait de les définir et de les encadrer ne constitue pas une réelle priorité, cette idée ne s’étant classée qu’en 65e position (sur 142). En fait, la Charte des valeurs québécoises et la laïcité, de manière générale, ne semblent pas figurer sur l’agenda à court terme des électeurs, puisque l’interdiction du port de signes religieux ostentatoires dans la fonction publique n’est arrivée qu’au 117e rang des propositions préférées des Québécois, alors que la version plus consensuelle de cette idée, qui ne vise que les employés de l’État qui disposent d’un pouvoir coercitif, ne s’est hissée qu’au 82e rang.

Les Québécois ne veulent pas entendre parler d’un maintien du crucifix à l’Assemblée nationale, la proposition la moins populaire de L’isoloir, mais ils ne veulent pas non plus la déplacer ailleurs dans l’édifice du Parlement (134e position). Bref, les Québécois présentent les symptômes d’une surdose du débat sur la laïcité.

Ainsi, L’isoloir semble confirmer que le Parti québécois, qui a fait campagne sur la Charte des valeurs, a mal calculé le poids de cet enjeu auprès de l’électorat.

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Il faut mettre les résultats en rapport avec les tranches d’age et d’origine linguistique. Sinon c’est presque inutile.

j’ai participer à cet exercice dont les résultats n’ont aucune signification quant a moi.
Vous auriez dû offrir le choix entre les deux plus grandes préoccupations des Québécois:
DIMINUER LES TAXES ET IMPÔTS ou AMÉLIORER LES SERVICES.
Il est vrai qu’il aurait été difficile d’attribuer ces promesses à l’un ou l’autre des partis.

Comment un peuple peut-il être si peu réceptif aux idées d’un partie politique sur sondage et le porter au pouvoir?
Comme toujours les québécois n’ayant jamais été confrontés à des problèmes sérieux de peuples qui ont connus la faim, la guerre, l’opression etc, ont voté pour ne pas perdre leure petite sécurité. Les québécois seront toujours à la remoque du fédéral et passeront toujours leur temps à chialer pour en avoir plus sans prendre se prendre en main.

Je voulais dire exactement la même chose que Maxime Archambault. Est-ce que l’isoloir était disponible en anglais? Sinon, vos résultats sont loin de réfléter le portrait de l’ïle de Montréal…

L’électeur exerce son choix en tenant compte de ses souhaits, que vous décrivez ici, mais aussi selon son appréciation de ce qui est envisageable en pratique, et du parti qu’il juge le plus capable de le mettre en oeuvre. S’il fallait élire un parti qui ne penserait qu’aux dépenses et jamais aux revenus, il faudrait en effet voter pour Québec Solidaire.

Québec Solidaire est le parti qui a parlé le plus de nouvelles sources de revenu. Redevances minières, taxe sur le capital des institutions financières, Pharma Québec, augmentation du nombre de palliers d’imposition et j’en passe.

Malheureusement, l’Isoloir et les lecteurs de L’Actualité ne sont pas nécessairement représentatifs de la population québécoise en termes socio-économiques, linguistiques et géographiques. Par ailleurs, les sondages en lignes excluent en génméral une bonne partie de la population, c’est-à-dire tous ceux et celles qui n’ont pas accès à Internet pour des raisons économiques (p. ex. les pauvres) ou culturelles (p. ex. les aînés).

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