La question des «pics anti-itinérants»

Ceux qui sont posés devant le magasin Archambault étaient là depuis quelques semaines déjà, mais comme plus personne n’achète de disques, ça a pris un certain temps avant qu’on ne les remarque.

Photo: Graham Hughes/La Presse Canadienne
Photo: Graham Hughes/La Presse Canadienne

PolitiquePas facile, la vie en ville. Quand vous n’êtes pas en train de vous faire frapper par une automobile alors qu’un vélo vous renverse en roulant sur le trottoir, il y a toujours un sans-abri pour vous rappeler que la pauvreté existe.

Le Devoir nous apprenait ce matin que pour «régler le problème», certains immeubles de Montréal avaient installés sur leurs abords des pics anti-itinérants.

Ceux qui sont posés devant le magasin Archambault (*), à côté de la station de métro Berri, ont particulièrement attiré l’attention. Ils étaient là depuis quelques semaines déjà [ajout : trois ans, en fait] , mais comme plus personne n’achète de disques, ça a pris un certain temps avant qu’on ne les remarque.

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Apprenant la nouvelle, le maire Denis Coderre a tenu à se rendre sur place, sans doute pour pouvoir les essayer avant qu’on ne les retire.

Cette affaire soulève plusieurs questions :

Dans son catalogue, quel nom l’entreprise qui vend ces dispositifs leur donne-t-elle ? Pique-quêteux ? Repousse-wâbo ? Barbelés à SDF ?

Avant d’arriver à cette solution qui rappelle les barbelés qu’on utilise pour repousser les pigeons, a-t-on d’abord tenté d’éloigner les sans-abris en agitant les bras ? A-t-on essayé d’installer un épouvantail à l’effigie d’un policier ?

Et si c’était moins une mesure anti-itinérants qu’une mesure pro-fakirs ?

A-t-on déjà pensé à construire les rues et les trottoirs à l’intérieur, plutôt qu’à l’extérieur?

Faire jouer la musique d’artistes de Québecor — de Wilfred à Kaïn, en passant par Mario Pelchat —, à la sortie du magasin, n’aurait-ce pas été aussi efficace pour leur faire quitter les lieux ?

Est-ce qu’on a vraiment le droit de parler des plus démunis en plein mois de juin ? Je pensais que c’était un sujet réservé à décembre et sa guignolée.

Beaucoup de questions et bien peu de réponses, mais qu’importe : les pics sont maintenant disparus.

En se couchant sur le sol, cette nuit, j’espère que les sans-abris de la ville auront une pensée pour la grandeur d’âme de leurs concitoyens et de leurs élus, qui sont prêts à monter aux barricades afin qu’ils puissent encore profiter du douillet béton de notre cité.

Quant à la lutte contre la pauvreté, l’itinérance et ce genre de choses, ça ira à une autre fois. Après l’austérité, peut-être.

*    *    *

(*) Archambault et Quebecor ne sont pas responsables de la pose de ces pics, qui est plutôt l’initiative du propriétaire de l’immeuble. Les disques de Marie-Mai et les chroniques de Richard Martineau à LCN, par contre, ça, c’est bel et bien leur faute.

MISE À JOUR : Suivant l’exemple des pics à guenilloux du magasin Archambault, une chaîne de restaurants a présenté ses «cafés en attente», des cafés que l’on paye à l’avance et qui seront lancés sur le prochain itinérant à s’approcher de la bâtisse, afin de le faire fuir. Denis Coderre sera sur place, demain, pour s’en indigner.

* * *

À propos de Mathieu Charlebois

Ex-journaliste Web à L’actualité, Mathieu Charlebois blogue maintenant sur la politique avec un regard humoristique. Il est aussi chroniqueur musique pour le magazine L’actualité depuis 2011 et collabore au webmagazine culturel Ma mère était hipster, en plus d’avoir participé à de nombreux projets radio, dont Bande à part (à Radio-Canada) et Dans le champ lexical (à CIBL). On peut le suivre sur Twitter : @OursMathieu.

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Ils ont exactement le même débat au sujet des pics de salubrité sociale à Londres ces jours-ci.
Le Guardian a des articles intéressants sur le sujet, après que des citoyens scandalisés aient dénoncé le procédé.
Coderre a-t-il été inspiré dans son « action d’éclat » par opportunisme, après avoir fait la lecture des quotidiens britanniques?

Si Monsieur Coderre a tant de sympathie et de compassion pour ces loques humaines, il n’a qu’à le accueillir chez lui non?

Pour avoir vécu à Ottawa, et avoir quitté la ville en raison de la présence des itinérants au centre-ville, j’en suis venu à la conclusion qu’aucun politicien n’a les couilles qu’il faut pour régler le problème. Dans la capitale du Canada, on se fait harceler par des itinérants sur la rue Rideau, près du Parlement. C’est drôle qu’à Sunny Isles en Floride, sur la Collins, je n’ai jamais vu un itinérant sur un trottoir ou ailleurs. Pourtant, cette ville possède elle aussi des itinérants. Les autorités sont là pour veiller au grain et rediriger ces gens vers des centres d’accueil et des abris. C’est tolérance zéro pour le flânage et la sollicitation. À Ottawa, on s’acharne à construire des centres pour accueillir les itinérants au beau milieu de la ville. Centre pour autochtones (lire Indiens ivres morts…), centres pour malades mentaux, etc. Dans notre société de plus en plus fasciste, on ne peut même pas discuter de ces dossiers. Regardez le tollé pour des petits pics devant les commerces. À Montréal, j’ai vu des itinérants chier devant la porte de résidences privées, etc. Les bums, fils de riches de Vancouver, viennent aussi passer l’été à Montréal, sur les trottoirs et assister aux festivals de musique. tout ce beau monde, y compris les malades mentaux qui devraient être en institution. sont laissés seuls. Le Service correctionnel du Canada héberge une portion de ces malades mentaux dans des prisons psychiatriques. La désinstitutionnalisation a créé de sérieux problèmes sociaux. Qui aura le courage de s’occuper vraiment des personnes en difficulté ? Personne ! Ainsi va la vie et le pendule sociétal. Enfin, une anecdote. Sur la rue Stewart, encore à Ottawa, il y a quelques années, un itinérant a volé dix dollars à un couple qui marchait tranquillement sur le trottoir. Il les a laissés pour morts après les avoir battus (les deux petits vieux qui ne comptent pas vraiment, j’imagine…). On a retrouvé l’itinérant à Sudbury. Les deux personnes âgées ont fini paraplégiques. Comme dirait mon petit-fils, pour tout et pour rien, c’est pas grave, grand-papa !

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