Les rabat-joies du gouvernement provincial

Le gouvernement Marois veut passer outre les objections des municipalités lorsqu’il est question des autoroutes.

Photo: Getty Images
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La politique municipale est tellement décourageante par moments. Non, je ne vous parlerai pas des déboires de Reny Gagnon, le stratège lavallois accusé de méfait public pour avoir inventé une sombre histoire d’agression. Pas plus que de Mélanie Joly, qui brandit son inexpérience politique comme un atout. J’oublie Michel Lavoie, le maire de Saint-Rémi qui fait à nouveau campagne malgré des accusations de fraudes pesant contre lui. Et n’attirez surtout pas mon attention sur le récent sondage QMI, donnant au présumé gangster Gilles Vaillancourt 8 % des voix (un peu plus que le candidat Robert Bordeleau). Enfin, je laisse aux citoyens de Québec, pris dans la congestion routière, le soin de méditer sur le désintérêt de Régis Labeaume pour les investissements en transport public.

La politique municipale me décourage parce que les élus municipaux sont l’équivalent d’un chauffeur d’autobus à qui les passagers dicteraient l’itinéraire. J’en veux pour preuves les intentions exprimées récemment par Québec dans Le Devoir.

Un projet de règlement déposé récemment par le gouvernement Marois permettrait à l’État de passer outre les objections des municipalités en matière d’environnement lorsqu’il est question d’élargir ou de reconstruire des autoroutes.

Les conséquences seront désastreuses, et pas seulement à Montréal. Sorel, Trois-Rivières, Longueuil, Laval et j’en passe: à peu près toutes les villes de la province affichent cette cicatrice nommée autoroute.

Au nom du développement économique et de la fluidité des transports, les voies rapides ont proliféré dans les années 60 et 70. Elles ont séparé des quartiers, rasé des villages, perturbé la quiétude des citoyens. À Montréal, il faut voir la vue aérienne du spaghetti de béton de Turcot, ou encore essayer de passer de l’est à l’ouest en empruntant la voie de service de la 40 pour comprendre à quel point il y a des erreurs à corriger.

Les villes sont les premières concernées par la réfection de ces autoroutes qui ne disparaîtront tout de même pas. Avec le règlement de Québec, elles seront également les dernières consultées.

La Ville de Montréal est rapidement montée aux barricades car elle craint, à juste titre, d’être privée de son droit de se prononcer sur les travaux à venir. Les impacts concrets ne tarderont pas à venir. Après le chantier de l’échangeur Turcot, il y aura celui de l’autoroute 19, et celui de la Métropolitaine qui accuse le poids de son âge.

Le débat sur la réduction des gaz à effet de serre, la pollution atmosphérique, le développement durable et les transports collectifs deviendra vite académique si Québec décide d’élargir ses autoroutes sans se donner la peine d’écouter les doléances des maires.

Pour ajouter l’insulte à l’injure, le gouvernement ne s’est même pas donné la peine de consulter le monde municipal avant d’aller de l’avant. Même l’Union des municipalités du Québec a été prise de court par l’annonce gouvernementale.

Québec justifie sa décision par souci d’accélérer la réalisation des travaux. Il est question «d’efficacité, d’efficience, de diminution de coûts et d’allégements administratifs» dans les explications d’Yves-François Blanchet. Pas très rassurant venant d’un ministre de l’Environnement.

Ce nouvel épisode est révélateur des jeux de pouvoir entre Québec et les municipalités. Péquistes ou libéraux, ils agissent de la même manière en imposant leurs vues aux élus locaux.

Dans le dernier droit de la campagne, les quatre candidats à la mairie de Montréal rivalisent de promesses. Un des quatre va vite déchanter au lendemain des élections. Le futur maire de Montréal ne pourra pas avancer plus vite et plus loin que le provincial.

Ces rapports de force inégaux ont toujours existé. Ils ont été amplifiés par les scandales récurrents de corruption et de collusion dans le monde municipal.

On dit les élus locaux irresponsables, incapables de se gouverner, les deux mains dans le plat à bonbons, ce qui justifie toutes les intrusions dans leurs affaires. Tout un défi les attend. Ils devront trouver un moyen de se faire entendre d’un gouvernement qui reste sourd à leurs aspirations.

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