Les recruteurs des ONG : des stakhanovistes ?

J’avoue, je me suis fait avoir. Je fais chaque année consciencieusement mon budget charitable et je choisis mes dons selon mes priorités. Mais quand le jeune militant d’Oxfam est venu frapper à ma porte, l’an dernier, il faisait froid et je crois qu’il pleuvait un petit peu.

À Londres on les appelle des "chuggers" contraction de "charity muggers".
À Londres on les appelle des "chuggers" contraction de "charity muggers".

Il était jeune, portait son badge, son sac en bandoulière, il devait avoir entre 17 et 22 ans, sincère et volontaire. Pourquoi pas un petit 10$/mois, sur votre carte de crédit, pour Oxfam ? J’aime bien Oxfam, et plein d’autres excellentes causes. Mais cette ONG n’était pas dans ma liste. J’ai dit oui. Pour lui. Pour l’encourager. Par empathie. Je n’aurais dit oui ni à un courriel, ni à un courrier, ni à un appel téléphonique. Mais à un garçon en chair et en os, dévoué à sa cause, c’était autre chose.

Je me suis fait avoir. Non que la cause ou le garçon n’étaient pas sympatiques. Mais j’apprends grâce à Sylvain Lefèvre, qui y a consacré son doctorat, que les ONGs québécoises, commes les françaises et d’autres avant elles, embauchent systématiquement ces jeunes « recruteurs » qui sont ce mois-ci pour Oxfam, le mois suivant pour Amnistie, le mois d’avant pour un organisme d’aide aux victimes du Sida.

La nouvelle saison commence
La nouvelle saison commence

Des professionnels de la charité. Ils ont le mérite d’être moins payés que les autres, ceux d’Avon ou d’Amway, et d’avoir une réelle affinité avec la cause qu’ils vendent. Mais ils ne sont pas des militants et sont payés plus ou moins au rendement. D’où d’importants débats dans les ONGs entre la filière « militante » et la filière « levée de fonds ». Au Québec comme ailleurs, les ONGs font même de l’impartition, déléguant à des agences spécialisées l’embauche et la gestion de ces recruteurs.

J’ai plongé dans cet univers avec mon invité Sylvain Lefèvre dans la première émission de la nouvelle saison de Planète Terre. Venez faire ce voyage dans les coulisses de la charité.

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Merci, l’extrait d’émission était très intéressante.

J’ai une question cependant: Quel est le nom de l’entreprise ou des entreprises qui sont impliquées dans l’impartition au Québec?

Lorsqu’il n’y a pas de justice donc de la véritable charité il faut ces organisations charitables pour permettre qu’à perpétuité il n’y ait pas de véritable justice .

Peut-être devrions-nous envisager d’abord la charité locale, de la même façon qu’on essaie d’encourager les artisans locaux et les producteurs maraichers locaux. Peut-être aurions-nous alors un peu plus l’assurance que nos dons charitables aident réellement ceux et celles qui en ont besoin, ici.

Un autre aspect de la charité internationale qui me questionne tiens à la perfidie de certains dirigeants très autoritaires qui préfèrent mettre l’argent de leurs citoyens pour se payer des armées qui elles veilleront à le maintenir au pouvoir grâce aux armes et à la répression. Ce faisant le dirigeant «autoritaire» a toute latitude pour saigner à blanc le pays en s’en mettant plein les poches.

Prenons l’exemple du Pakistan dont la population vit un terrible cauchemar. Mais combien d’argent et de ressources humaines et matérielles le Pakistan engloutit-il dans l’entretien de son armée et de ses armes nucléaires ? Dans ce contexte peut-on nous blâmer de ne pas être trop empresses à ouvrir nos goussets et à se substituer au gouvernement pakistanais ?

Le problème que je vois est donc le suivant : les ONG se substituent-elles aux responsabilités que devraient normalement exercer l’État en crise ?

Arthur Janov, le pape de la «thérapie primale» disait que même si on pouvait expliquer le comportement d’un salaud, ce dernier demeurait un salaud.

De plus soyons conscient que l’industrie de la charité est une industrie importante et que plein d’intermédiaires y trouvent largement leur compte. D’où la tentation de penser plus localement.

Je me demande par contre si Alekseï Stakhanov aurait lui quêté de porte en porte pour aider tous ceux qui, à travers le monde, sont dans le besoin. Staline l’aurait-il fait ?

Mon cher Jean François,
il est normal de vous poser des questions, surtout dans une société tel que nous vivons.
J’ai oeuvré comme coopérant expatrié durant huit ans, et j’ai pu me rendre compte comment¸certains gestionnaires d’ONG administre leur organisme. Ils ne sont pas tous philantrope mais surtout cupide. Normalement 20% de l’argent requeuilli vont à l’administration et 80% vont aux actions sur le terrain. Pour eux c’est l’inverse. De plus il y a des administrateur qui sont la depuis trop longtemps, et pas toujours compétant. Je pourrais m’étandre plus mais c’est assez.

Donner à sous-contrat certaines tâches d’une organisation n’a rien de nouveau. Les ONG s’ajustent tout simplement à la société.

« J’avoue, je me suis fait avoir » vous ne trouvez pas que cela fait marketing comme s’il y avait un scandale. Et finalement l’éléphant accouche d’une souris.

Si le sujet avait été « ce que les grandes ONG font avec votre argent », cela aurait beaucoup plus intéressant et utile. C’est là que sont les vrais problèmes des ONG.

Ou il y a des hommes, il y a de l’hommerie! Charité bien ordonnée commence par soi-même… Les récents scandales, plus ou moins publicisés (Croix Rouge, entre autre)nous montrent que les ONG exploitent la misère des gens sans leur donner d’argent et surtout sans se parler pour être sûres que personne ne sache ce qu’elles font (Haïti)…Je préfère garder mes $$$ pour des causes locales et ou il est facile de vérifier ce qu’on a fait avec mon argent!

Moi, ce que je souhaiterais c’est que ces ONG
doient tenues, avant de collecter des fonds,
de publier leurs comptes. Traitement des dirigeants compris. On connaît trop d’exemples
d’abus, au Québec et ailleurs, pour leur accorder
une confiance aveugle.

Je donne à plusieurs ONG, et je sais qu’uniquement une partie servira réellement à « la cause », mais je me dis que c’est le prix à payer, une sorte de taxe…

En épluchant les rapports de ces organismes, j’ai trouvé que les dons du public représentent souvent moins de 50% de leur budget, les gouvernements contribuant beaucoup plus. Je ne sais pas si les montants de ces dons gouvernementaux sont modulés par la valeur des dons du public… On entend rarement parlé de la contribution des gouvernements à ces organismes, sauf en cas de crise.

Finalement, je ne donne que par la poste, et je regarde toujours l’adresse de l’organisme. J’ai arrêté de donner à un organisme logeant dans la tour de la place Ville-Marie. Comment un organisme vivant de dons peut-il se permettre un tel loyer? J’ai trouvé cela choquant.