Les solutions de Madame Net

La corruption, Huguette Labelle, chancelière de l’Université d’Ottawa, connaît bien ! Elle est présidente du conseil de Transparency International, organisme qui publie depuis 1995 un classement annuel des pays en fonction de leur degré de corruption ou de transparence. Voici ses solutions pour nettoyer la politique municipale québécoise.

Photo : Transparency International

Comment les municipalités peuvent-elles se prémunir contre la corruption ?

– Par une transparence absolue dans l’attribution des contrats ! Il faut mettre les détails des appels d’offres dans Internet, expliquer qui a gagné et pourquoi. Pour les très gros projets, il devrait y avoir un vérificateur externe chargé d’en surveiller toutes les étapes. Les élus doivent envoyer un message clair : pour la corruption, c’est tolérance zéro. Et ça doit être suivi par des gestes. Il faut un vérificateur interne indépendant qui a des ressources et une équipe. Ce vérificateur doit pouvoir regarder la tendance et pas seulement chacun des contrats individuellement, car c’est avec la tendance qu’il va pouvoir vérifier s’il y a collusion. Il doit aussi pouvoir déclencher les enquêtes qu’il veut quand il le veut, et pas seulement répondre aux demandes. Il faut également un code d’éthique, un commissaire à l’éthique et une formation continue pour les fonctionnaires et les élus. 

Comment une petite municipalité, qui a peu de moyens, peut-elle faire pour avoir une surveillance adéquate ?

– Il y a deux solutions. On peut mettre en place un comité de citoyens qui révise les contrats et regarde ce qui se passe dans la munici­pa­lité. Les petites villes peuvent aussi se regrouper pour engager un vérificateur, ce qui permet de diviser les coûts. C’est encore plus facile quand il y a une gouvernance régionale. Par exemple, au Québec, les MRC pourraient jouer ce rôle et nommer un vérificateur. 

Est-ce que les récentes révélations pourraient faire descendre le Canada, présentement au neuvième rang, dans le classement annuel de Transparency International ?

– Ça pourrait arriver. Par exemple, en 2008, la Finlande est passée du premier au cinquième rang en raison d’un gros scandale de corruption. En ce qui concerne le Canada, il est trop tôt pour le dire. Le prochain classement sera publié à la mi-novembre, mais il a été fait cet été et s’appuie sur les données de deux ans. Il ne tiendra pas compte des récents événements au Québec.