Les têtes qui roulent

Photo : Pierre Lavallée / D.R.
Photo : Pierre Lavallée / D.R.

Les têtes roulent dans le domaine du génie conseil. Un quatrième membre du cartel des ingénieurs a démissionné aujourd’hui à la suite de son témoignage à la commission Charbonneau.

Pierre Lavallée, président et chef de la direction de BPR, a quitté ses fonctions durant l’après-midi. M. Lavallée a fait de son mieux pour présenter sa firme comme un poids plume dans le cartel des ingénieurs. Il était question de collusion diète avec lui. À reculons, M. Lavallée et les principaux actionnaires de la compagnie ont versé de 145 000 $ à 155 000 $, à même leurs épargnes personnelles, en ristournes à Bernard Trépanier, le collecteur de fonds d’Union Montréal.

Rosaire Sauriol a démissionné de son poste de vice-président chez Dessau, lundi. Il a reconnu sa participation au cartel montréalais. Grâce à un stratagème de fausse facturation et un système de prête-noms, Dessau a versé deux millions aux partis municipaux et un million aux partis provinciaux. M. Sauriol en menait si large à l’hôtel de ville que la commission le considère comme la bougie d’allumage du cartel, ce qu’il a nié.

À la lumière du témoignage de M. Trépanier, la position de M. Sauriol était intenable. M. Trépanier n’a pas encore abordé le vif du sujet à la commission Charbonneau. On sait cependant qu’il a accepté plus de 900 000 $ de Rosaire Sauriol pour des activités de démarchage, entre 2002 et 2010. Il a cumulé en même temps les fonctions de collecteur de fonds d’Union Montréal et lobbyiste non enregistré pour Dessau, de 2004 à 2009.

La firme s’est dissociée complètement de Rosaire Sauriol et de Bernard Trépanier, en indiquant que toute la direction, y compris le président et chef d’exploitation, Jean-Pierre Sauriol, ignorait l’existence et la raison de ces transactions.

Robert Marcil a quitté son poste chez le groupe SM, lundi. L’ex patron des travaux publics à la Ville de Montréal a bataillé du mieux qu’il le pouvait pour réfuter les allégations de favoritisme dans l’octroi des contrats. Ses appels répétés à Bernard Trépanier et sa présence inexpliquée sur des comités de sélection ne mentaient pas.

M. Marcil était un rouage important dans le stratagème de collusion, tel que l’a révélé l’ingénieur Michel Lalonde. Il pouvait influencer les décisions des comités de sélection pour que les contrats soient remportés par les firmes désignées conjointement par MM. Lalonde et Trépanier. Or, l’une de ces firmes choyées était SM, son nouvel employeur.

Enfin, François Perreault, vice-président de Génivar, a démissionné de son poste avant même de se présenter à la commission Charbonneau. Il avait versé de 300 000 $ à 400 000 $ de dons illicites à Union Montréal, en recourant à la fausse facturation.

En voilà quatre de moins. Michel Lalonde (p.-d.g. de Génius) et Yves Cadotte (vice-président de SNC-Lavalin) ont aussi reconnu leur participation au cartel des ingénieurs. Ils sont toujours en poste.

La réputation des firmes de génie conseil en prend pour son rhume depuis le début de la commission Charbonneau. Les fonds publics dilapidés dans l’orgie de corruption et de collusion ne seront certainement pas récupérés, à moins que la Ville de Montréal engage de des poursuites civiles longues et complexes, dont le résultat est incertain. Pour le moment, la Ville étudie toutes les options, et elle n’exclut pas des recours en justice.

La moindre des choses serait que les firmes de génie fassent table rase de leur passé honteux. Les membres du cartel n’ont pas leur place dans un conseil de direction.

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