Les vieilles habitudes sont tenaces dans la construction

Le travail au noir, le copinage, l’intimidation, le partage du gâteau : c’est fou comme les vieilles habitudes sont ancrées dans l’industrie, révèle un sondage mené en secret par la Commission de la construction du Québec. 

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Bernard «Rambo» Gauthier – Photo : La Presse Canadienne

En dépit des enquêtes policières, des travaux de la commission Charbonneau et de l’indignation généralisée du public, les as de la collusion continuent de jouer avec leur vieux paquet de cartes frimées.
Politique

Selon un sondage mené en secret par la Commission de la construction du Québec (CCQ) en janvier dernier, 69 % des entrepreneurs et 64 % des travailleurs estiment que la collusion et la corruption font toujours rage sur les chantiers de construction de la province.

On ne pourra pas dire que ce sondage, dont les conclusions ont été révélées par La Presse+ à la suite d’une demande d’accès à l’information, repose sur un tissu de perceptions tronquées ou d’impressions mal fondées.

En effet, le quart des employeurs et le tiers des syndiqués ont été eux-mêmes témoins directs de cas de malversation ou de collusion. C’est beaucoup trop. C’est comme si rien n’avait changé dans l’industrie.

Le travail au noir, le copinage, l’intimidation, le partage du gâteau : c’est fou comme les vieilles habitudes sont ancrées dans l’industrie.

Encore récemment, le directeur général de la FTQ-Construction, Yves Ouellet, se pavanait aux côtés de Bernard «Rambo» Gauthier, le délégué syndical de la Côte-Nord passé maître dans l’art de l’intimidation. Il aurait pu se garder une petite gêne avant de s’afficher avec le spécialiste de la méthode forte.

Il y a encore des délégués syndicaux à la FTQ-C qui entretiennent des relations avec des membres du crime organisé. Encore là, Yves Ouellet ne s’en préoccupe guère.

La FTQ-C a choisi de ne pas de vivre dans le passé et de se tourner vers l’avenir, nous a-t-il dit en substance. Dans la catégorie des réformateurs, on a déjà vu mieux.

Pour en revenir au sondage de la CCQ, les résultats les plus inquiétants portent sur la dénonciation, ou plutôt l’absence totale de dénonciation. Sur les chantiers, on se la ferme, au risque d’être banni comme Ken Pereira, le délégué des mécaniciens industriels à la FTQ-C qui a osé dénoncer publiquement le train de vie somptueux de l’ancien directeur général de la centrale, Jocelyn Dupuis.

À peine une victime d’intimidation sur dix ose porter plainte. La crainte de représailles et l’absence de confiance dans le processus de traitement des plaintes sont les principales raisons invoquées pour observer l’omerta, la seule loi qui soit véritablement respectée dans la construction.

Coïncidence : la commission Charbonneau a entendu, cette semaine, une flopée d’experts en éthique, en gouvernance, en criminologie.

Pour vaincre la collusion et la corruption, il faut plus que des lois, des organismes de surveillance, des amendes, etc. Il faut que le milieu adhère au principe de l’autosurveillance, ont-ils dit. Il faut que les déviances soient dénoncées de l’interne et que les déviants soient mis à l’écart dans leur propre milieu.

Pierre Noreau, professeur en droit public, a fait référence aux transports à de multiples reprises dans son témoignage. Respect des limites de vitesse, arrêt aux feux rouges, respect de la file d’attente à l’arrêt d’autobus : voilà autant de règles, des règles parfois même non écrites, auxquelles le troupeau humain accepte de se plier parce qu’elles maintiennent la cohésion du système.

Quand l’industrie de la construction acceptera de jouer à un autre jeu que la collusion et la corruption, quand les arnaqueurs aux cartes frimées seront expulsés de la table de jeu, alors, oui, on pourra dire que les choses ont changé.

Dans l’intervalle, il faudra garder cette industrie sous la plus haute surveillance.

* * *

À propos de Brian Myles

Brian Myles est journaliste au quotidien Le Devoir, où il traite des affaires policières, municipales et judiciaires. Il est présentement affecté à la couverture de la commission Charbonneau. Blogueur à L’actualité depuis 2012, il est également chargé de cours à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). On peut le suivre sur Twitter : @brianmyles.

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Durant les années 1970, je travaillais à la construction de l’aéroport Mirabel. J’ai rencontré plein de Bernard Gauthier qui étaient roi et maitre sur le chantier de construction, si vous donniez une journée normale de travail il y avait 3 où 4 délégués syndical qui venait t’avertir de te calmer sur l’ouvrage car si tu en faisaient trop les autres travailleurs seraient obligé de donner une vraie journée de travail. Un moment donné ces mêmes délégués et leur fier à bras se mirent à faire des tirages moitié/moitié à chaque semaine, tous les travailleurs devaient donner 2$ par tirage pour avoir une chance de gagner la moitié du gros lot. Si tu connecte 2$ à 1000 employés ça commence a faire un bon montant, surtout que les gagnants étaient toujours les mêmes. Si tu ne veux pas te plier au système comme c’est arrivé à un copain plombier qui a refusé de payer, il a perdu son emploi, et n’as plus jamais travaillé dans la construction au Québec. Ça s’est produits en 1974 c’est à dire il y a 40 ans, et c’est toujours pareil. Ceux qui pensent que 2$ c’est pas grand chose ce serait comme prendre 20$ de ta poche et le donner au syndicat aujourd’hui en plus du montant qu’il t’enlevaient sur ta paye pour ce même syndicat.

Nous sommes en mesure de constater que la mafia syndicale, alliée naturelle du Parti québécois (au fait, quelqu’un a des détails sur le « deal » enttre cette dernière et le couple Marois-Blanchet qui se promène maintenant en Ferrari?) sévit encore au Québec.

Il est grand temps de démocratiser la syndicalisation au Québec: forcer les centrales syndicales à dévoiler leurs états financiers, n’accorder la syndicalisation que suite à un vote SECRET (idem pour les votes de grève), permettre aux travailleurs de ne PAS adhérer à un syndicat établi, chose qui est courante dans tout le monde civilisé (right to work!!!) ET abolir la formule Rand.