Les zombies derrière la Charte des valeurs

Le débat entourant sur la Charte des valeurs fait ressortir cet argument qu’il faut interdire les pratiques auxquelles «on» n’a pas choisi d’être confronté. Ou alors «à Rome on fait comme les Romains», tout simplement.

Photo: AFP/Getty Images
Photo: AFP/Getty Images

On apprend aujourd’hui dans Le Devoir que, selon un nouvel avis juridique, «non seulement la charte de la laïcité porte-t-elle atteinte à plusieurs droits fondamentaux, mais elle brime également le droit à l’égalité en créant une discrimination importante à l’emploi».

En temps normal, la nouvelle qu’un projet de loi viole plusieurs droits fondamentaux et crée une discrimination importante constituerait une bombe politique et médiatique. Mais nous ne vivons pas en des temps normaux. À tel point que cette nouvelle n’en est pratiquement pas une.

Dans son avis dévastateur publié en octobre dernier, la Commission des droits de la personne et de la jeunesse du Québec — un organisme loin d’être anti-PQ — arrivait à cette même conclusion. Le Barreau du Québec aussi. Et avant même que les juristes s’en mêlent, le philosophe Charles Taylor (entre autres) avait expliqué de manière très simple en quoi la Charte était discriminatoire :

«Le paradoxe de la Charte, avec son interdit de tout signe trop visible dans le secteur public, est qu’en sauvant les apparences de la neutralité, elle la viole dans les faits.

Il y a certaines religions que l’on peut pratiquer discrètement, sans se faire remarquer. Comme catholique, je peux assister à la messe, prier chez moi, ou même en mon for intérieur. Il y en a d’autres où la pratique exige une visibilité incontournable — certains sikhs, les juifs orthodoxes et des musulmanes, par exemple.

Pour les «sans-religion» et les tenants d’une religion «discrète», la Charte ne pose pas problème. Elle réserve toutefois un autre sort aux «indiscrets». Les premiers pourront postuler sans problème des emplois dans le secteur public. Les autres, par contre, seront mis devant un choix déchirant : ou bien ils renoncent à pratiquer leur religion, ou bien ils seront à jamais exclus des secteurs public et parapublic. Cacher leur religion équivaut en partie, pour eux, à la renier et, partant, à renier leur identité.

Les apparences mur à mur de la neutralité de l’État cacheront une réalité tout autre, une discrimination évidente.»

Mais, comme tout le monde le sait, aucun raisonnement philosophique ni avis juridique — incluant probablement ceux du ministère de la Justice — n’a refroidi le gouvernement jusqu’à présent.

Et pour cause. Dopé au nationalisme «identitaire» (lire : ethnocentrique), le projet du Parti québécois, vigoureusement défendu par certains militants et chroniqueurs, cherche précisément à remettre en cause l’héritage du libéralisme occidental pour revenir à un âge politique antérieur, où le pouvoir de l’État (ou de la majorité) n’avait pas à s’embarrasser des droits et libertés protégées.

En l’absence de telles limites, il va de soi que rien ne s’oppose à l’ambition du gouvernement de régimenter les croyances religieuses — jusqu’alors considérées inviolables — incluant la possibilité d’interdire des pratiques minoritaires sans autre justification que le malaise anecdotique de la majorité. Il s’agit d’un retour assumé à une conception prélibérale de la politique et de la démocratie, à laquelle la Commission parlementaire sur le projet de loi gouvernement a donné une puissante tribune.

Ainsi, dans un témoignage dont on a (à tort) surtout retenu l’analogie entre signes religieux et zombies, l’intervenante Line Chaloux a bien exprimé le principe qui anime plusieurs adhérents à la Charte des valeurs:

«Ce sont des groupes qui, pour manifester leur adhésion à certaines idéologies, vont se retrouver dans la population, et on est confronté à quelque chose qu’on n’a pas choisi. On n’a pas choisi de se retrouver devant un troupeau de zombies. C’est des choses qui devraient être interdites

De ses début jusqu’à aujourd’hui, le débat entourant sur la Charte des valeurs a fait ressortir des variantes infinies de cet argument: «il faut interdire les pratiques auxquelles « on » n’a pas choisi d’être confronté». Ou alors «à Rome on fait comme les Romains», tout simplement. Il ne s’agit pas d’interdire ce qui est dangereux, dysfonctionnel, ou immoral. Il s’agit d’interdire ce qu’on ne veut pas voir, sans autre justification.

Il faudrait, autrement dit, ajuster la liberté des uns au malaise des autres, et octroyer à l’État la possibilité d’obliger ou d’interdire tout comportement minoritaire sans autre justification que l’inconfort anecdotique de la majorité.

Ainsi les individus, plutôt que d’être libres et protégés dans leurs pratiques religieuses jusqu’à preuve du contraire — preuve qui doit satisfaire des critères rigoureux — se retrouvent dépourvus de droits et de libertés hormis ceux et celles que les aléas de la volonté majoritaire voudront bien leur octroyer ou leur retirer, au gré de leurs préférences et leurs préjugés. C’est la définition même de la pensée antilibérale et de la dictature de la majorité.

On espérait ces idées mortes. On réalise avec effroi qu’elles sont encore bien vivantes.

Laisser un commentaire

Vous relevez un point assez fondamental, celui de la « dictature de la majorité », car c’est une nouvelle forme de dictat qui se retrouve un peu partout et sur toutes sortes de sujets. Pas seulement cet avant-projet de charte. Nous la retrouvons tout pareillement cette notion dans le 50%+1. C’est le 50% de qui ou de quoi ? Du nombre de votants, du nombre d’inscrits, du nombre de bulletins pour ou contre moins les bulletins rejetés ?

Dans une société plurielle comme devrait être la nôtre, est-ce qu’une véritable majorité, cela existe réellement ? Cela ne vient-il pas contredire certains principes comme les consensus qui favorisent les prises de décisions éclairées, qui satisferaient au fonctionnement harmonieux d’une société libérale avancée ?

Sur la même veine, dès lors qu’une société se targue d’être tolérante, cette règle de la majorité ne vient-elle pas contrarier l’édit même de la tolérance ? Tout pareillement, cela ne marque-t-il pas un retour en force de la propagande ? Puisque une majorité cela se construit.

N’est-ce pas Joseph Goebbels (le ministre de la propagande d’Adolph Hitler) qui proclamait que « C’est l’un des droits absolus de l’État de présider à la constitution de l’opinion publique » ?

L’histoire est un éternel recommencement. Ce sont seulement les théâtres qui changent de place. Quant-au public, les masques changent quand celui-là reste presque invariablement le même. Même à visage découvert, la plupart des êtres humains n’ont guère d’autre choix que de porter le masque de leur propre condition humaine.

Ne serait-ce pas plutôt sur l’amélioration de notre condition qu’il faudrait « charter » plutôt que sur le refoulement de ce que nous sommes dans le but de plaire à une majorité qui ignore pour au moins la moitié d’où elle vient et à tout le moins ce qu’elle est ?

Jérôme Lussier préfère sans doute la dictature du pape et des imams, où sous le couvert du religieux, les droits fondamentaux sont allégrement bafoués.

Plus on le lit et plus on se convainc qu’il n’y a qu’une seule liberté dans la charte de J.L., la liberté de religion.

@ Marc Sauvageau,

Sommes-nous à l’aube d’une prise du pouvoir au Québec par l’armée formée des gardes Suisses du Pape ou bien celle d’une couple d’intégristes chiites ou encore des deux à la fois ?

Il doit bien exister quelques zouaves pontificaux qui pourraient envisager une prise du pouvoir, par contre, je ne vous souhaite pas une fatwa contre vous.

Le parti pris de la liberté est exigent, car nous sommes confrontés à des comportements, des opinions ou idées qui nous perturbent. La solution facile, cacher ces choses que l’on ne peut voir. La liberté implique une confiance en soi qui font qu’ultiment nos points de vue vont triompher par la force de nos arguments et non par la contrainte de l’illégalité.

En passant, je sais que la comparaison fait rager certain, mais en quoi les préjugés de certains pro-charte sont-ils différents des préjugés de Poutine envers les gaies?

Enfin, si des infirmerez voilées peuvent travailler en toute harmonie à l’hôpital Juif, je me demande pourquoi nous ne pouvons pas avoir collectivement autant d’ouverture?

Le voile islamique est le signe de l’infériorité de la femme et de sa soumission à l’homme. Peu importe que ces musulmanes voilées disent qu’elles ont choisi de le porter. Ce symbole est inadmissible dans un pays qui a opté FINALEMENT pour l’égalité des hommes et des femmes. AUCUN argument brandi par ceux qui s’opposent à la charte de la laïcité n’est valable. M. Jussier vous vous répétez. C’est lassant!. Nadine Magloire

Excellent billet Jérome. Il semble que pour se définir les Québecois doivent étouffer les autres pour pursuivre le modèle québecois, entre temps l’intolérance s’est tracé un chemin.

Tels les propos ethnocentristes et racistes de M. Parizeau qui a dit après avoir perdu son référendum… »C’est l’argent (anglos) et les ethnies qui nous ont fait perdre le référendum. En autre mot, impossible de trouver notre identité avec un plan d’inclusion, faut du Pure Laine pour survivre.

Alors Marois a décidé de se servir de cette recette à la Parizeau….1) pour chasser les anglos (argent) il y a eu le Projet de Loi 14 et maintenant pour se débarasser des ethnies 2) c’est la La Charte.

Nous devrions avoir une charte sur « l’Éducation des Quebecois » surtout avec 49% d’illetrés au lieu de diminuer les autres et de leur faire nier leur prore identité. Les élus sont responsables d’avoir garder nos citoyens dans l’ignorance en leur offrant un meilleur monde dans l’avenir « Le grand pays des Merveilles » en guise de remède pour tout nos maux et notre mal à nous définir. Il y a d’autres moyens à explorer. Time has come!

Il n’y a pas 49% d’illetrés (sic) au Québec.
Il y a 42% qui sont au niveau 3. (avez-vous déjà passé le test? Pas facile)
En Suisse, c’est 43% et aux États-Unis,49%
Les Québécois ne sont pas des crétins

Je n’ai pas coutume de reprocher aux autres commentateurs de faire des fautes d’orthographe, le français étant une langue difficile. Cependant, lorsqu’on passe une remarque comme la vôtre, vous auriez eu un intérêt sérieux à vous relire, sinon vous passez, vous aussi, pour une illettrée.

En passant, monsieur Parizeau n’a pas déclaré : « C’est l’argent (anglos) et les ethnies qui nous ont fait perdre le référendum » mais bien : « C’est vrai qu’on a été battus, au fond, par quoi ? Par l’argent, puis par des votes ethniques, essentiellement. » Le français a cette particularité qu’il possède des articles définis et des articles indéfinis. Parmi les articles indéfinis, l’article « des » peut-être considéré comme partitif en ce sens qu’il « se place devant le nom des choses qui ne peuvent se compter pour indiquer qu’il s’agit d’une partie seulement ou d’une certaine quantité de ce qui est désigné par le nom » (Précis de grammaire Grevisse). Je vous conseille, madame, d’arrêter de tout généralisé.

Il est intéressant de noter comment les journalistes contre la charter font référence aux jugements qui sont contre et pas les autres… personnellement je préfère les jugements un peu plus gris que cette perspective manichéenne.

Pour avoir travaillé dans plusieurs pays musulmans, dont plusieurs ont à une certaine époque interdit les voiles, je retiens que derrière le paravent de la religion il existe aussi une volonté de contrôler les femmes. Une religion, c’est d’abord un prophète qui propose une nouvelle façon de trouver son ciel ou sa réincarnation, avec des règles pour y arriver. C’est ensuite une classe dirigeante qui utilise ladite religion pour contrôler le reste de la société. le voile était très rare en Afrique du Nord il y a 40 ans, il a pris de l’ampleur sous la poussée des islamistes, mais cela a plus rapport avec le contrôle social qu’avec la spiritualité.

Quand on dit que l’on ne peut pas hiérarchiser les valeurs, on se conte des histoires à mon avis. Si une religion discrimine les femmes (elles le font toutes sans exception, en passant), doit-on soutenir la religion ou le droit des femmes? en tout cas, on ne peut pas faire les deux.

Les Nazis obligeaient les juifs à affirmer leur différence dans le but de bloquer leur intégration. est-ce la même chose que la charter qui veut favoriser leur intégration?

En même temps je ne suis pas certain que la charte soit toute bonne, le fait qu’elle ménage le crucifix et la définition d’ostentatoire me laissent inquiet. Si elle était centrée sur les questions de discrimination contre les femmes, je me sentirais mieux.

En tout cas mieux que devant cette hypocrisie qui laisse croire que la majorité des femmes fait le choix du voile librement et sans contrainte, ce qui est contraire à ce que je connais de mes amies arabes et contraire à ce qu’écrivait dans Le Devoir cette femme qui travaille dans le milieu de l’intégration des femmes immigrées.

La religion est un empêchement à l’intégration sociale dans un monde multireligieux, elle joue depuis des siècles dans le même registre que la carte d’utilisateur fréquent qui fait que l’on s’associe à un fournisseur (visa? airmiles?etc) pour éviter les autres. Ne voir dans la religion qu’une démarche spirituelle est naïf, elle sert beaucoup à protéger le troupeau contre les groupes externes, ce qui ne fait pas de sens dans une société multiple comme la nôtre.

Ce qui est à la clé de ce débat, c’est l’intégration sociale et l’égalité des genres. Même si les moyens envisagés sont véritablement discutables.

En tout cas, on sait à quelle enseigne loge M. Lussier… Je constate également que les porte-paroles de l’opposition organisée à la charte ont aussi une forte tendance à la démagogie, ce qui déjà serait une raison d’adopter la position opposée, la démagogie étant une forme de mensonge; celui qui l’utilise sait que sa position a besoin d’être renforcée par des artifices de langage, qui ne trompent que les sots. Car finalement, tout le débat sur les signes ostentatoires repose sur la neutralité, et le besoin d’apparence de neutralité, de l’appareil gouvernemental québécois, ce qui inclut ses représentants en position d’autorité, incluant en toute logique les enseignant(e)s jusqu’à l’université. S’il y a quelques musulmanes voilées qui offrent en personne une prestation de service au public, il ne devrait pas être trop difficile de leur trouver un autre poste, il me semble. Personne ne se verra défendre de professer sa foi dans l’espace public. Une enseignante musulmane porte le voile? Alors, il faudra qu’elle se trouve un poste dans une institution privée, ce sera le prix à payer pour son choix si elle y tient vraiment. Dans la vie, nos décisions ont des conséquences que nous devons assumer. Je regrette seulement que ce débat n’ait pas eu lieu il y a quinze ans. Et oui, le Québec n’est pas le Canada, il n’a pas signé la constitution de 1982. Ceux qui ne sont pas d’accord peuvent toujours adhérer au PLQ et se présenter aux élections pour mener cette campagne. Car finalement, la vraie question est là. Quand j’étais jeune, on les appelait des « colonisés ».

Je crois important de vous livrer le commentaire suivant. Pour l’historien et sociologue français Pierre Rosanvallon une telle approche présente un caractère foncièrement anti-démocratique d’un point de vue sociologique « puisque l’on ne conçoit alors le peuple que sous les espèces de l’homogénéité, alors que justement la longue histoire de la démocratie est donnée comme l’organisation pacifiée de la diversité. Le peuple n’est plus alors un donné constitué par le droit ou les événements, mais un reconstruit déterminé par des intérêts et des peurs ; dans ce cas, la solidarité est fondée sur les similitudes. L’idée même de démocratie comme réalisation d’un universel limité est absolument absente de cette perspective. En deuxième lieu, d’un point de vue procédural, cette idée opère un retour à l’idée de majorité valant unanimité, ce qui relève d’une vision archaïque pré – démocratique, qui propose une majorité essentialisée, pérennisée. Or lorsque la majorité devient stable, constituée dans le temps, la tyrannie commence. »

Bravo à l’auteur! Avec son projet farfelu de la supposée Charte, le PQ se laisse guider par la dictature de la majorité de ceux qui ont répondu à un sondage, sans se préoccuper de ceux qui n’ont pas répondu. Serge Drouginsky a résumé ma pensée.

Comme catholique, je peux assister à la messe, prier chez moi, ou même en mon for intérieur. Il y en a d’autres où la pratique exige une visibilité incontournable — certains sikhs, les juifs orthodoxes et des musulmanes, par exemple. »

CERTAINS…
Question: pourquoi certains sikhs, juifs et musulmanes portent-ils des couvertures, des chapeaux, des voiles, des masques sur la tête pour observer leur religion alors que la majorité de ceux qui pratiquent la même religion, ne les porte pas du tout?

Deuxième question: pourquoi etes-vous aussi acharné contre la Charte?
Parlez-nous de vous?
Votre éducation. Votre famille. Votre religion. Votre parti politique. Vos lectures.

J’ai trois petites questions pour vous Jack !

— Pourquoi y’a-t-il des gays qui affichent très ostensiblement leur orientation sexuelle tandis que d’autres absolument pas ?

— Pourquoi trouve-t-on dans la fonction publique des personnes qui portent plus souvent qu’autrement des bas rouge et/ou des cravates rouges ou bien bleues selon leur orientation politique tandis que d’autres adoptent un profil très neutre en toute circonstances.

— Question subsidiaire, seriez-vous d’accord pour qu’on modifie le projet de charte à fin d’interdire dans la fonction publique, toute tenue vestimentaire ou objets qui permettent d’afficher ses préférences sexuelles ou qui permettent d’afficher son appartenance politique ? — Pourtant, l’apparence de neutralité sexuelle ou politique des serviteurs de l’État, est aussi importante à mon avis que l’orientation religieuse de tous les impétrants.

M. Lussier touche à un élément important de la démocratie: la règle de la majorité. Le gouvernement Harper règne en «majoritaire» malgré le fait que la grande majorité des électeurs ne l’ont pas élu… Donc, la majorité dans notre société est à géométrie variable car sa notion dépend de l’interprétation qu’on en donne. Un des éléments est la territorialité: par exemple si on posait la question de la validité de la soit-disant charte des valeurs à l’échelle du Canada, la «majorité» serait contre. De même le Québec a voté en bloc contre les conservateurs mais ils ont quand même leur «majorité». Mais la grande question demeure: Quelle est l’alternative? Y a-t-il un meilleur moyen de renforcer la démocratie?

Un des moyens c’est justement de reconnaître le pouvoir des tribunaux qui interprètent les droits constitutionnels des citoyens et peuvent devenir un bouclier pour les minorité à l’encontre des abus d’une majorité… en autant que les droits humains soient protégés par des droits constitutionnellement protégés, c’est-à-dire qu’on ne peut les modifier au goût du gouvernement du jour, et aussi par le droit international en adhérant aux convention internationales protégeant les droits humains et en les intégrant dans notre droit national. Dans ce dernier cas, le Canada n’est pas un bon exemple car il n’a jamais ratifié la Convention américaine des droits de l’Homme, contrairement à la majorité des autres pays des Amériques mais il a quand même ratifié la Déclaration universelle.

Enfin, le texte soulève un autre dilemme: celui de la primauté des droits. En effet, la liberté de religion peut facilement venir en conflit avec d’autres droits comme par exemple le droit à l’égalité entre hommes et femmes ou encore le droit à l’orientation sexuelle. Est-ce que la liberté de religion dépasse les autres droits ou en est-elle sujette? Est-ce que le fait qu’une partie de la population croie à une pratique spirituelle particulière lui donne le droit de bafouer certains droits d’autres personnes qui ne partagent pas cette croyance?

La Charte de la laïcité n’est peut-être pas le meilleur exemple mais elle soulève au moins la question. S’il est probable qu’elle contrevienne au droit à la liberté de religion protégé par la constitution par ses interdictions plutôt malhabiles, elle a au moins le mérite de nous faire réfléchir sur tout le concept de liberté de religion, de fanatisme religieux voire d’intolérance, par rapport au droit des «autres» de ne pas avoir à subir de religion du tout.

D’accord avec vous, cela nous fait réfléchir. J’ajouterais au dilemme de la primauté des droits, le questionnement suivant: La pratique d’une religion doit-elle entraîner la perte de droits, tels qu’égalité entre genres et orientation sexuelle (que je qualifierais de fondamentaux) chez certains de leur pratiquants, plus particulièrement les femmes? Cela soulève d’autres questions telles que:
-Offre-t-on des services d’aides spécifiques aux besoins de ces dernières afin de les protéger contre les écarts de comportement de certaines personnes de leur communauté, de leur famille?
-Bien que l’on puisse la considérer comme privée, y a-t-il un problème à que la pratique d’une religion soit affichée? Doit-elle nécessairement être publique (voire coercitive), exigeant espaces de prière dans tous les milieux (travail, étude…) ? Peut-on empêcher quelqu’un de se promener avec un macaron/épinglette d’un parti politique en public? Leur port serait-il de bon aloi en milieu de travail?
-Doit-on, au nom d’une quelconque religion ou croyance, accepter la ségrégation des genres à l’école, l’université, au travail? Une personne exigeant de ne pas faire équipe avec des représentants du sexe opposé ne démontre-t-elle pas qu’il lui est impossible de vivre et de s’adapter dans le pays d’adoption?
– Le choix de la religion, et/ou du port de symboles religieux est-il librement consenti, résultat d’un cheminement personnel et d’une décision ‘éclairée » ou le résultat d’une coercition sociale, communautaire?
– Est-il socialement acceptable qu’une personne puisse se promener le visage caché (foulard, cagoule, masque, niqab, burqa etc.) en tout lieu, à tout moment?
Il y a bel et bien des conventions sociales mais elles ne doivent pas devenir des diktats. Je suis opposé à toute forme de coercition, qu’elle soit religieuse ou d’État. Si l’on veut se prémunir contre les excès des fanatiques religieux, il faut s’attaquer aux germes qui en favorise la montée, soit entres autres: rendre l’intégration des immigrants plus facile et rapide au niveau du travail (contrebalancer le poids des associations professionnelles et des syndicats par des mécanismes rapides d’obtention d’équivalence professionnelle, gérer par un organisme indépendant des dites associations); s’attaquer à la pauvreté en favorisant »la joie par le travail » (si aides financières disponibles,alors obligation de travaux communautaires); arrêter de financer toutes formes d’écoles-ghettos religieux; éliminer tout avantage fiscal aux groupes et organisations religieuses (quelles qu’elles soient). Ici il y a un potentiel de bonheur pour tout le monde!

Je partage à 100 p. 100 la philosophie exprimée par M. Taylor. Pour certains, la foi religieuse fait toujours partie intégrante de leur identité globale. Par contre, je n’irais pas jusqu’à accuser le gouvernement québécois de vouloir renverser l’évolution de la société dans le sens du libéralisme (philosophique et non politique).

«La religion est d’abord et avant tout un engagement intérieur, une croyance. […] Les signes religieux font partie de l’affichage de ses croyances religieuses et non pas d’une pratique de la religion.»

Claire L’Heureux-Dubé