Les zones d’ombre d’Erin O’Toole

Au débat du réseau TVA jeudi soir, le chef du Parti conservateur s’est fait prendre en flagrant délit de contradiction au sujet du contrôle des armes d’assaut. Au grand plaisir des libéraux et des bloquistes.

Ryan Remiorz / La Presse Canadienne

Alors, si Erin O’Toole devait être élu premier ministre, les armes d’assaut redeviendraient-elles légales au Canada ? Si vous avez regardé le face-à-face de TVA jeudi soir, vous n’en avez probablement aucune idée. 

Selon Justin Trudeau, le programme conservateur dit noir sur blanc que oui, alors que le chef conservateur a juré que non. Qu’en est-il véritablement ? Eh bien, on ne le sait toujours pas, tant Erin O’Toole et son parti choisissent de laisser délibérément le public dans le noir au sujet de cet enjeu pourtant crucial.

Le programme conservateur est clair, et Justin Trudeau a raison sur ce point. À la page 96 de la version française, on y lit : « Nous allons commencer par abolir le projet de loi C-71 et le décret de mai 2020. » Ce décret de mai 2020 est celui par lequel Ottawa a ajouté à la liste des armes interdites au pays les armes dites d’assaut. Dans cette (très) longue liste, on trouve notamment la tristement célèbre Ruger Mini-14 (et toutes ses déclinaisons) — la carabine semi-automatique utilisée par Marc Lépine en 1989 pour abattre 14 femmes à Polytechnique —, arme qui était encore en libre circulation au Canada.

Le décret d’Ottawa s’est accompagné d’une amnistie faisant en sorte que les propriétaires de ces armes peuvent continuer de les posséder sans conséquence jusqu’au 30 avril 2022. Cette amnistie leur a été accordée, car le programme de rachat des armes n’est pas encore en place. Elle pourrait être prolongée si le programme n’est pas parachevé à temps. Mais il est déjà interdit de vendre, d’acheter et d’utiliser ces armes.

Alors, comment réconcilier la promesse conservatrice d’abolir ce décret et l’affirmation de M. O’Toole lors du débat que son éventuel gouvernement « va maintenir une interdiction sur les armes d’assaut » ? Les journalistes ont tenté d’en savoir plus en point de presse vendredi. En vain. À deux reprises, ils lui ont aussi demandé s’il mettrait en place le programme de rachat et, à deux reprises, le leader des conservateurs a évité de répondre directement à la question, et a plutôt répété en boucle sa déclaration de la veille qui est en contradiction totale avec la promesse du programme. 

Pire, son équipe de communications, à qui des questions subséquentes ont été adressées, a refusé d’en dire davantage, se bornant à répondre que le chef du parti avait « déjà répondu à la question ».

La seule explication plausible offerte à toute cette confusion est venue du ministre de la Sécurité publique, le candidat libéral Bill Blair. « Lorsqu’Erin O’Toole parle d’une interdiction des armes d’assaut, […] il fait référence aux armes totalement automatiques qui ont déjà été interdites en 1972. » 

Ainsi, vendredi midi déjà, les libéraux étaient en mode attaque pour souligner cette zone d’ombre du chef conservateur. Ils ont flairé le sang et attendez-vous à ce qu’ils continuent de marteler qu’Erin O’Toole veut « américaniser » nos lois sur le contrôle des armes à feu.

Le chef de l’opposition officielle avait jusqu’à présent réussi à parer l’accusation habituelle réservée aux leaders conservateurs, à savoir qu’ils ont de sinistres intentions cachées qu’ils dévoileront seulement une fois le pouvoir obtenu. Brandir cet épouvantail avait particulièrement bien fonctionné contre Andrew Scheer. Les armes d’assaut pourraient devenir pour son successeur ce que l’avortement a été pour lui. Cette incapacité d’exposer clairement ses intentions et de les assumer laisse craindre le pire. Au Québec, où le traumatisme des nombreuses fusillades mortelles est encore vif, ce n’est pas de nature à accroître la popularité du chef conservateur.

Ce n’est pas la seule question sur laquelle le chef du Parti conservateur entretient un flou artistique enrageant. Sur la question des garderies aussi. On sait très bien qu’Erin O’Toole n’a pas l’intention d’honorer les ententes récemment signées par Justin Trudeau avec sept provinces, ententes par lesquelles les provinces s’engagent à réduire le prix des places moyennant un chèque fédéral. Il mettrait plutôt en place un crédit d’impôt plus généreux pour les parents. Mais au lieu d’assumer ses positions, Erin O’Toole patine. « Nous allons travailler en collaboration », répète-t-il en boucle. Il n’a pas répondu à la question pendant le débat de TVA et n’a pas davantage répondu aux trois questions de journalistes le lendemain. De la même manière, il refuse de dire s’il imposerait la vaccination pour quiconque veut prendre le train ou l’avion, se limitant à parler des fonctionnaires fédéraux à qui il offrirait plutôt la possibilité de se faire tester régulièrement.

Erin O’Toole n’est pas le seul à contourner les questions difficiles. Le chef du NPD, Jagmeet Singh, en a offert un autre bel exemple vendredi. Il a dévoilé son programme destiné au Québec dans lequel il s’engage à améliorer le transfert en santé « pour répondre à la demande du gouvernement du Québec ». Québec, de concert avec les autres provinces, demande que ce transfert bondisse d’un coup de 28 milliards de dollars, puis augmente de 6 % par année. Or, le seul engagement du NPD est d’offrir la hausse de 6 %. Mais jamais M. Singh n’a voulu le reconnaître en point de presse. 

Quand on veut devenir premier ministre, la moindre des choses est de dire clairement aux électeurs ce qu’on ferait avec le pouvoir. Mais ainsi en va de la campagne conservatrice, qui se mène à coup de phrases savamment composées pour plaire au plus grand nombre tout en laissant assez de zones d’ombre pour ne froisser personne. Les conservateurs devraient savoir que c’est cette ombre qui est leur pire ennemie.

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Encore un article sur le PCC???
Je ne lis même plus ces articles qui sont de toute évidence orientés à nous bassiner avec l’idée qu’il n’y a que 2 options au Canada, le pire ou le moins pire ou vice et versa.

Mais où sont les journalistes sans parti pris qui vont nous informer sur le Parti Vert du Canada.

Les PLC et PCC ne nous servent que du réchauffé sur le sujet le plus important.
Leurs fausses-solutions sont dictées par les pollueurs-donateurs du fossile de ces deux partis.

Cher Actualité, nous avons besoin d’oxygène. Ça pue le pétrole à plein nez.

Rêver! Il faut bien être conscient que si le Parti Vert et madame Paul font élire un/une deux personnes cela sera une grande réussite! Triste? Peut-être… Mais la réalité est là.

Oui M. Lemay,
je préfère rêver pcq ça m’inspire plus pour me lever de bonne humeur le matin.
Le cauchemar que m’inspire les PLC et PCC n’est pas bon pour la santé.

Rêvons,
Annémie Paul comme PM avec une opposition forte du BQ.
M. Blanchet est le seul que je comprend quand il parle et Mme Paul fait rêver.

MERCI madame Buzzetti. Excellent papier. Comme disait monsieur Blanchet: »lors du prochain débat nous avons tous hâte de voir s’il va tenir les mêmes propos en anglais que ceux qu’il a tenu en français ». Je parle bien sur des armes à feux. Et nous pourrions bien sur inclure ici d’autres sujets.