Une élection américaine à surveiller

Les élections présidentielles américaines de 2016 seront-elles inspirées par la peur… ou par l’espoir?

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Les élections présidentielles américaines de 2016 auront des conséquences bien au-delà des États-Unis. Seront-elles inspirées par la peur… ou par l’espoir? (Photo: Saul Loeb/Getty Images)

Au nord du continent, un Canada désormais incarné par un jeune premier ministre souriant dont chaque intervention laisse en écho un message d’espoir, de confiance en l’avenir, de fraternité, de compromis, de force rassembleuse… (Voir la vidéo L’entrevue publique de fin d’année avec Justin Trudeau.)

Au sud, des États-Unis qui semblent en pleine crise existentielle, oscillant entre l’espoir et la peur, alors qu’ils se préparent à élire, en novembre, un nouveau président. Après huit ans de gouvernance par un président Obama élu sous la bannière « HOPE », la direction que notre grand voisin prendra sera lourde de conséquences sur les plans social et économique, même hors frontières, et certainement jusqu’au Canada.

Les États-Uniens ont pourtant une foule de bonnes raisons d’être optimistes et de croire qu’ils peuvent créer un monde meilleur. Leur économie génère un quart de million d’emplois par mois. Leur taux de chômage ne cesse de fléchir et pourrait être de 4,7 % en 2016 (il était de 7,5 % au Québec à la fin de 2015). Leur croissance s’annonce à plus de 2 % pour les trois années à venir… En matière énergétique, ils sont autosuffisants.

Il fait beau, non ? Eh bien non ! disent des millions d’Américains, qui ne voient que des tempêtes à l’horizon — terrorisme, tensions raciales, immigration clandestine — et qui ne songent qu’à fermer les écoutilles pour se protéger du monde extérieur.

Dans le terreau fertile de leur peur germent les propositions xénophobes du candidat républicain Donald Trump.

Déporter les 11 millions d’immigrants clandestins vivant au pays, fermer les mosquées, forcer les musulmans à s’enregistrer auprès des autorités, interdire le territoire aux nouveaux arrivants de religion musulmane. Toutes ces idées de Donald Trump trouvent un écho surtout chez un électorat blanc, parfois vieillissant, souvent moins instruit et vivant mal la diversité qui s’invite à sa porte. (Avant le milieu du siècle, les Blancs ne seront plus majoritaires aux États-Unis. L’espagnol y est déjà souvent la seconde langue offerte par les boîtes vocales des entreprises.)

Ce n’est pas la première fois que nos voisins, pourtant de farouches défenseurs des libertés, sont en présence de tels réflexes xénophobes. Le gouvernement de Franklin D. Roosevelt — pourtant grand artisan du généreux New Deal — avait notamment refusé, en 1939, d’accueillir des enfants juifs menacés par la montée du fascisme en Europe.

Les populistes se nourrissent de la peur de l’insécurité physique ou économique. Ce populisme est difficile à contrer. Traiter ces politiciens d’extrémistes ou de fascistes ne fait que conforter leurs sympathisants dans l’idée que l’« élite » n’écoute pas les inquiétudes légitimes du « peuple ».

Leurs adversaires doivent plutôt reconnaître que certaines peurs sont légitimes et contre-proposer des projets aptes à transformer la crainte en énergie créatrice.

Devant la menace des changements climatiques, par exemple, il est sain de craindre pour la sécurité des générations futures. Si l’afflux de réfugiés déstabilise actuellement l’Europe, combien les flots de réfugiés fuyant la désertification ou les inondations déstabiliseront-ils le monde si on ne s’y prépare pas ?

L’espoir, ce n’est pas de la naïveté. C’est de croire que la solidarité et l’ingéniosité humaines permettront de relever ces défis.

Et de fournir sa part dans la mesure de ses moyens.

Bonne année 2016 à tous.

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5 commentaires
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J’aimerais apporter une petite rectification à vos propos historiques, je cite : « Le gouvernement de Franklin D. Roosevelt — pourtant grand artisan du généreux New Deal — avait notamment refusé, en 1939, d’accueillir des enfants juifs (…) »

À toute fin pratique, le gouvernement Roosevelt était pour l’accueil de ces enfants juifs très majoritairement allemands. C’est plus spécifiquement le Congrès (Chambre des représentants + Sénat) qui s’est opposé à toutes modifications à la Loi sur l’immigration malgré la demande issue du gouvernement. Ce projet devant être d’abord soumis par les deux Chambres au Comité Judiciaire largement dominé par des élus issus d’États qui ne voulaient pas prendre de nouveaux réfugiés.

Le Congrès s’est finalement plié aux recommandations du Comité, bien qu’à la même époque près de 140 000 familles américaines avaient écrit au Congrès pour offrir de parrainer et accueillir ces enfants.

On ne peut donc pas imputer à Franklin D. Roosevelt de s’être opposé à l’accueil de ces réfugiés.

En revanche, on peut remarquer que les sondages de l’époque, démontrent que 61% des américains ne voulaient pas de l’accueil de ces enfants contre seulement 30% qui étaient en faveur.

À ce titre on peut voir que les peurs qui existent au sein de la population aujourd’hui, ressemblent beaucoup à celles qui ont animé les américains en d’autres temps. Cette souscription d’une part non négligeable des citoyens aux discours populistes de tous genres : cela est-il spécifiquement américain ou est-il vrai que de tels sentiments soient avec quelques nuances partagés par les uns et les autres universellement ?

Ce que je pense qu’attendent la plupart des gens y compris les plus progressistes, ce soient des actions, donc des mesures concrètes et durables dans le temps qui soient à même de rassurer et de rassembler l’ensemble des populations.

Bonne et heureuse année à vous aussi madame Beaulieu.

Bravo pour ce commentaire, tellement vrai. Continuez à aider à rehausser le niveau des débats, sur ce blogue. Bonne année 2016 à vous et à tous les autres.

Merci d’avoir écrit « et de fournir sa part dans la mesure de ses moyens ». Notre citoyenneté n’implique pas que des droits, nous avons aussi des devoirs envers la société.

Obama a très peur de la météo qu’il va faire dans 100 ans, non? Ah oui, c’est une bonne peur, ça, beaucoup plus concret que des gens qui sont tués tous les jours en Europe suicidaire.