État islamique : quand la jeunesse occidentale joue à la guerre

La branche médiatique de l’État islamique (EI) a mis en marche une redoutable stratégie de communication à l’échelle mondiale visant à recruter des combattants étrangers. Comment ? En réalisant, entre autres, des vidéos d’une qualité comparable à celle de films d’action hollywoodiens et de jeux vidéo.

La branche médiatique de l’État islamique (EI) a mis en marche une redoutable stratégie de communication à l’échelle mondiale visant à recruter des combattants étrangers.
Politique

C’est par l’entremise de productions médiatiques de grande envergure, comme le dernier film Flames of War : Fighting Has Just Begun, que le groupe tente de rallier à sa cause les jeunesses occidentales.

Plus de 15 000 combattants provenant de 80 nations auraient rejoint la Syrie afin de combattre le régime de Bashar al-Assad. Provenant principalement de l’Arabie saoudite, de la Jordanie, de la Tunisie et du Maroc, mais aussi de pays occidentaux tels que la France, l’Angleterre, l’Allemagne et les États-Unis, les combattants étrangers joindraient pour la plupart des sous-unités de l’État islamique.

Source : Washington Post – International Center for the Study of Radicalisation and Political Violence (ISCR), The Soufan Group, CIA. Gene Thorp, Julie Tate and Swati Sharma.

Si des dizaines de vidéos de recrutement ont été mises en ligne par l’EI depuis quelques mois, Flames of War : Fighting Has Just Begun détonne par la qualité de sa production.

La vidéo comprend des superralentis de djihadistes au combat, de même que des explosions de véhicules américains filmées à partir de multiples caméras — le tout en qualité HD. Des effets visuels similaires à ceux des jeux vidéos et films d’action rajoutent au caractère «hollywoodien» du film.

Certaines scènes sont présentées en mode first person shooter, un sous-genre de jeu vidéo très populaire chez les jeunes, où le joueur voit l’action à travers les yeux du protagoniste. Certaines images sont d’ailleurs directement tirées de jeux vidéo de guerre, comme Call of Duty :

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Call of Duty : Modern Warfare 3

L’exploitation de ce registre culturel ainsi que l’utilisation de l’anglais dans les vidéos semblent spécifiquement conçues pour faire appel aux jeunes recrues potentielles du monde occidental.

En rupture avec l’image archaïque de groupes à l’instar d’al-Qaida, l’EI propose une image moderne et rafraîchissante à laquelle les musulmans occidentaux peuvent facilement s’identifier.

Les contenus vidéo de l’EI sont pour la plupart produits et diffusés par l’Al Hayat Media Center, une entreprise moderne mise sur pied par l’EI en mai dernier et employant des professionnels du marketing.

Le Département d’État américain engage le combat

Le Département d’État américain s’est lui aussi engagé dans une guerre de propagande sur les réseaux sociaux.

Le projet Think Again, Turn Away, qui vise à dissuader les ressortissants américains de joindre les rangs de l’EI, a son propre compte Twitter, son blogue Tumblr, sa page Facebook et sa chaîne YouTube.

Lancée en décembre 2013 par le Center for Strategic Counterterrorism Communications (CSCC), la campagne vise essentiellement à alimenter une guerre idéologique contre les djihadistes.

La stratégie du CSCC consiste à publier de courts et percutants messages, parfois accompagnés d’images saisissantes ou d’articles de médias américains traitant de la menace djihadiste. Des communiqués du type  «#ISIS not about Islam, only terror», «Girls marry jihadis, frequently widowed» ou bien «Grand Theft Innocence» en sont de bons exemples :

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Dans la même optique, une vidéo publiée par le CSCC et intitulée Welcome to Islamic State Land montre des scènes de crucifixion, de décapitation et d’attentats suicides, encore une fois dans le but de dissuader les ressortissants américains à joindre les rangs de l’EI.

Bien que les vidéos de recrutement mises en ligne par l’EI ne puissent expliquer à elles seules le flot de combattants occidentaux vers la Syrie, il n’en demeure pas moins que sa stratégie de communication innove en ce qu’elle est parfaitement adaptée à un jeune public international qui a grandi loin de la guerre.

Si le combat semble attirer ces milliers de jeunes vers la Syrie, leur retour à la maison reste empreint d’incertitude. C’est que les séquelles physiques et psychologiques seront cette fois bien réelles, et non virtuelles.

William Grenier-Chalifoux
Chercheur en résidence, Observatoire de géopolitique
Chaire @RDandurand @UQAM
Suivez-le : @WilliamGrenierC

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À propos de la Chaire Raoul-Dandurand

Créée en 1996 et située à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques compte une trentaine de chercheurs en résidence et plus de 100 chercheurs associés issus de pays et de disciplines divers et comprend quatre observatoires (États-Unis, Géopolitique, Missions de paix et opérations humanitaires et Moyen-Orient et Afrique du Nord). On peut la suivre sur Twitter : @RDandurand.

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