L’État sous la loupe de PKP

Le patron de Quebecor se sert-il de son empire médiatique pour étaler ses opinions personnelles ?

L’État sous la loupe de PKP
Photo : J. Boissinot/PC

Cet été, le ministre des Finances du Québec, Raymond Bachand, a écrit personnellem­ent à Pierre Karl Péladea­u pour se plaindre du traitement réservé à son dernier budget, taillé en pièces dans les pages du Journal de Montréal. La présidente de la CSN, Claudette Carbonnea­u, soutient qu’il y a dans les médias de Quebeco­r une « campagne de conditionnement de l’opinion publique » sur les finances de l’État. « Pierre Karl Péladeau veut régler ses comptes et imposer ses vues sur la société, mais là le jupon dépass­e, il pourrait s’enfarger dedans. »

Le patron de Quebecor se sert-il de son empire médiatiqu­e pour étaler ses opinions personnelles ?

« Pas du tout ! répond Pierre Karl Péladeau. La série « Le Québec dans le rouge » [dont se plaint Claudette Carbonnea­u] illustre la situation précaire des finances publiques. Si les médias n’en parlent pas, je ne sais pas qui va en parler. »

Des journalistes du groupe sont encouragés à scruter à la loupe les finances de l’État. Mais en privé, certains d’entre eux confient que des dépenses publiques échappent à cette directive non écrite. C’est le cas, par exemple, du nouveau programme gratuit de procréation assistée – créé après un long lobbying de Julie Snyder – et des millions promis par Jean Charest pour construire un nouveau Colisée à Québec.

Depuis qu’il a publiquement appuyé les travailleurs en lockout du Journal de Montréal, Thomas Mulcair, chef adjoint du NPD, se dit moins souvent cité ou invité au réseau TVA, propriété de Quebecor. « Deux et deux font quatre », dit Mulcair.

« PKP n’intervient pas directement chaque fois pour orienter la couverture journalistique, dit un journaliste qui préfère conserver l’anonymat. Mais quand il prend le téléphone, on s’en rappelle. Il donne le ton. »

Lors de l’achat de Vidéotron par Quebecor, il y a 10 ans, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) avait exigé et obtenu une commission parlementaire sur la concentration de la presse. Bernard Landry, alors premier ministre, avait minimisé les craintes des journalistes. « J’avais confiance en l’éthique des entreprises, dit-il. Mais si l’éthique ne suffit pas, peut-être que le temps est venu d’établir une réglementation. »