L’éternel boulet des pro-vie

Si le chef conservateur Erin O’Toole est pro-choix, pourquoi courtise-t-il les pro-vie avec sa promesse de respecter le « droit de conscience » des travailleurs de la santé ? 

Montage L'actualité

Erin O’Toole pensait avoir définitivement tourné la page sur la question de l’avortement en réitérant dès les premiers jours de la campagne, sans aucun bémol, qu’il est pro-choix. Mais l’enjeu l’a néanmoins rattrapé par la porte de derrière, parce que son parti promet de respecter le « droit de conscience » des professionnels de la santé.

Le droit de conscience, ce n’est pas tant de respecter le choix d’un médecin de ne pas faire certains gestes médicaux. Ce droit de refus est déjà reconnu et personne ne songerait à obliger un médecin à pratiquer des avortements ou à aider quelqu’un à mourir ! Le droit de conscience, c’est plutôt de permettre à un médecin farouchement opposé à certains gestes médicaux de ne même pas diriger un patient vers un collègue disposé à offrir le soin. Il est invoqué par les professionnels de la santé qui disent ne pas vouloir devenir « complices » d’actes qu’ils réprouvent moralement.

Les libéraux se délectent de ce nouvel os, qui leur permet de remettre l’avortement à l’ordre du jour. Après tout, ce sont des députés opposés à l’avortement qui militent pour le droit de conscience. Mais en réalité, ce droit toucherait probablement beaucoup plus une autre pratique dénoncée par les pro-vie, soit l’aide médicale à mourir.

Certes, dans les nombreuses petites villes où les cliniques d’avortement n’existent pas, consulter son médecin de famille est souvent la seule façon d’être mis en contact avec les médecins du réseau public qui pratiquent des avortements. Mais plusieurs services communautaires peuvent aiguiller les femmes. Dans le cas de l’aide médicale à mourir, les patients en fin de vie sont souvent coincés dans leur lit d’hôpital et n’ont plus la force ou les ressources pour partir à la recherche d’un autre médecin. C’est pourquoi le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a surtout insisté sur l’aide à mourir, pas l’avortement, lorsqu’il a été invité, jeudi, à commenter la promesse conservatrice.

Cet enjeu n’est pas nouveau pour le Parti conservateur. Depuis 2016, les députés d’arrière-ban ont déposé pas moins de trois projets de loi distincts pour protéger le droit de conscience des professionnels de la santé. Le hic, c’est que ces questions relèvent des ordres professionnels, donc des compétences des provinces. C’est la raison pour laquelle les conservateurs ont utilisé chaque fois le canal du Code criminel pour essayer de légiférer. Leurs projets de loi visaient toujours à criminaliser le fait d’intimider, de congédier ou de ne pas embaucher un professionnel de la santé qui refuserait de pratiquer l’aide à mourir. Aucun de ces projets de loi n’a abouti.

La jurisprudence, elle, s’accumule. En 2019, la Cour d’appel de l’Ontario a tranché que l’obligation — imposée par la province — pour les médecins d’adresser les patients à un collègue était acceptable. Au Québec, le Collège des médecins a statué qu’un médecin refusant de s’impliquer dans un dossier d’aide à mourir doit en informer ses supérieurs qui, eux, se chargeront de rediriger le patient. Il appert donc que cet enjeu a déjà trouvé sa solution et que les promesses d’Erin O’Toole visent surtout à satisfaire sa base conservatrice sociale. La vraie question est donc de savoir pourquoi, s’il est pro-choix, il tente encore d’amadouer les pro-vie.

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Parce qu’il est cave?

Le fait demeure que ses troupes incluent beaucoup de personnes pour qui la vie est sacrée. Et ils reviennent constamment à la charge. Le parti doit donc faire face à leurs doléances.

Belle leçon sur l’utilité du Bloc Québécois. Les Québécois avec convictions et doléances y sont toutes, mais le Bloc a très peu de pouvoir décisionnel. Les Libéraux prennent le Québec comme leur étant acquis, et n’ont pas à répondre à des doléances québécoises. Les Conservateurs voient le Québec comme leur étant fermé, et y ont insuffisamment d’élus pour que des doléances fassent surface.

Faut croire que le Québec aime ça ainsi …

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D’abord, pourquoi deux termes ? Pro-choix et Pro-vie ? Selon le dictionnaire, le mot ¨choix¨ veut dire que tu peux choisir entre au moins deux choses. Et dans ce cas-ci, on choisit entre la ¨vie¨ et la ¨mort¨ d’un être à venir.
Deuxième question: Si les ¨Pro-choix¨ ont le droit catégorique de pouvoir mettre un terme à une vie non désirée; pourquoi un médecin n’aurait-il pas le droit de conscience de choisir lui aussi.
C’est fou ce qu’on peut tergiverser sur ce sujet qu’est celui d’avorter et que la femme peut disposer de son corps comme elle l’entend. Fondamentalement, l’ovule fécondé qui est un œuf en voie de devenir un être humain n’est même pas attaché au corps de la femme (la preuve en est que les menstruations libèrent les ovules non fécondés). Il s’y rattache une fois fécondé. Tout comme la chenille sur une plante, elle ne fait pas partie de la plante, mais elle s’en nourrit… tout comme l’ovule.
Mais revenons au concept du droit de vie ou de mort sur ¨le vivant¨ .
Qu’une personne en fin de vie demande l’aide à mourir, cela me semble plus acceptable du fait que cette personne est la seule à décider de son sort. Les autres ne peuvent pas le faire à sa place. Il n’en est pas de même pour le fœtus qui n’a rien demandé. Ceci n’est pas une question exclusivement morale, c’est une question de logique.
L’humain s’arroge des droits qu’il ne contrôle pas, et parfois qu’il n’en saisit même pas toute l’ampleur; on le voit avec ce qu’il fait de son propre environnement. Il y a des neurones qui se perdent chez l’humain !

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Oui, il y a des neurones qui se perdent chez les humains quand on voit le monde en noir et blanc alors que c’est tout en nunaces. Le choix de la femme d’avorter fait partie de ces choses toutes en nuances dont, entre autres, les risques qu’elle court elle, et le fœtus ainsi que les circonstances entourant les relations qui mènent à une grossesse. C’est un peu plus compliqué que le choix entre la vie et la mort et si on ne comprend pas ça c’est qu’il y a des neurones qui ne fonctionnent pas… S’il y a un domaine où l’humain doit contrôler, c’est bien celui de son propre corps!

Les gens contre l’avortement aiment bien se nommer eux-mêmes « pro-vie » car cela les place dans la catégories des « bonnes » personnes. Pour ma part, je les considère comme des anti-choix (ce sont d’ailleurs très souvent les mêmes qui sont homophobes et anti-mariage gay).
Ne sont pas de bonnes personnes ces gens qui place l’intérêt d’un foetus devant les droits d’une femme à disposer de son propre corps. Certains sont même prêts à tuer (d’autres humains) par simple idéologie. Oui, le fœtus a le potentiel de devenir un être humain mais avant d’avoir lui-même la capacité de vivre hors du corps de la femme, ce n’est qu’un ensemble de cellules dans le corps de cette dernière. C’est pourquoi, les avortements tardifs (3e trimestre) ne sont possibles qu’en cas de danger important pour la vie de la femme… d’une mère cette fois. Voilà ce qui est logique et non un dangereux fantasme idéologique.

@ Y. Dion.
Je vous donne un gros A+ et vous confère le titre ¨d’As des amalgames¨. Comme vous avez répondu à mon écrit, j’en conclue que vous m’adressez vos réflexions et vos conclusions. Vous me démontrez noir sur blanc que vous n’avez pas compris grand chose à ce que j’ai dit, car les arguments que vous apportez ne sont pas plus probants que les miens quand on les prends seulement au premier degré.
Quand on se confère le titre de juge et de bourreau comme vous le faites, à quoi sert d’argumenter. Vous êtes la ¨voie, la vérité et la vie¨. Bravo champion.

Consulter son médecin de famille pour savoir où se pratiquent les avortements dans les hôpitaux? C’est pas sérieux quand 3/4 de millions de Québécois n’ont même pas accès à un médecin de famille et que le thuriféraire du Bloc se plaint que les libéraux veulent financer l’accès à un médecin de famille puisque les provinces ont lamentablement échoué sur ce plan. On se crêpe le chignon pour des compétences fédérales provinciales pendant que les gens meurent parce qu’ils n’ont pas accès à un médecin de famille et qu’il n’y a donc pas de prévention faite pour empêcher les maladies communes comme le cancer de proliférer. C’est une véritable schizophrénie politique payée à même nos taxes…

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Je m’adresse au modérateur de l’Actualité.
J’aimerais savoir pourquoi mon deuxième commentaire n’a pas été édité. Serait-ce parce que vous n’aimez pas ceux qui ont des points de vue différents des vôtres? J’aimerais savoir, car j’assume mes positions et opinions, même si certains objecteurs de conscience ne semblent pas les comprendre toutes et ne répliquent que sur une petite partie, celle qui déjà bien ancrées dans leurs jugements inébranlables et unique vérité.

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Bonjour M. D’Anjou,

Votre précédent commentaire a été supprimé puisqu’il ne respectait pas notre nétiquette.

Bonne journée,

L’actualité

@ L’Actualité.
Bonjour; j’ai bel et bien lu votre ¨nétiquette¨, et je ne vois pas ce que j’aurais pu dire contraire à ses lignes de conduite. Comme vous ne voulez pas publier, auriez-vous l’obligeance de m’expliquer où j’aurais été fautif dans mon courriel personnel.
Merci de votre attention.

Je ne suis pas du tout surpris que vous vous plaignez de ne pas être compris. C’est le propre de gens qui croient ne pas être reconnus à leur juste valeur (bien sûr, selon eux).