L’étrange odyssée de Justin et Maxime

L’ancien ministre conservateur Maxime Bernier compte plus de 650 admirateurs sur Facebook. Sur la page de Justin Trudeau, on en trouve plus de 25 000 !

Chronique de Chantal Hébert : l’étrange odyssée de Justin et Maxime
Photos : A. Wyld/PC et F. Vachon/PC

C’est néanmoins le député de Beauce qui alimente les débats politiques les plus animés. Depuis un an, Maxime Bernier s’acharne à ébranler les piliers du temple fédéral à coups de discours-chocs, dont certains remettent en cause des orientations de son propre gouvernement.

Par comparaison, la page du député libéral de Papi­neau a une vocation nettement plus sociale. Elle fait une plus grande place aux nombreux internautes qui suivent les activités de Jus­tin Trudeau qu’au principal intéressé.

Certains se manifestent simplement pour dire qu’ils l’ont croisé. Une enseignante du Manitoba raconte comment elle apprend aux enfants de son école primaire à chanter Ô Canada.

Récemment, Justin Trudeau demandait à ses amis de l’aider à convaincre d’autres députés d’arborer la moustache à l’occa­sion d’une campagne de sensibilisation au cancer de la prostate.

Sur papier, Maxime Bernier et Justin Trudeau ont aussi peu d’idées politiques simi­laires que d’amis communs sur Facebook.

Le premier loge dans le coin droit de la tente conservatrice de Stephen Harper ; le second est plutôt identifié à l’aile sociale-démocrate du Parti libéral fédéral.

Le député conservateur de Beauce n’a jamais vu un gouvernement qu’il n’aurait pas voulu réduire à sa plus simple expression. Il voudrait geler les dépenses des programmes du fédéral pour les faire fondre avec le temps. Son collègue libéral de Papineau souscrit à l’idée que l’État a une vocation sociale essentielle.

Si Maxime Bernier était premier ministre du Canada, son gouvernement se retire­rait complètement du domaine de la politique sociale. Ottawa cesserait d’utiliser le pouvoir de dépenser que lui accorde la Cons­titution pour intervenir dans les champs de compétence des provinces, comme la santé et l’éducation postsecondaire.

Si Justin Trudeau prenait la direction des affaires, il serait partant, sous réserve d’un bon état des finances fédérales, pour ouvrir de nouveaux chantiers sociaux à l’échelle canadienne. Le maintien d’un système de santé à une vitesse ferait partie de ses priorités.

En 2006, le député Bernier a voté pour la motion parlementaire qui reconnaissait que les Québécois forment une nation. Justin Trudeau – qui n’était pas encore député – s’est prononcé contre la résolution soumise par le premier ministre, Stephen Harper.

Avant de travailler sur la scène fédérale, Maxime Ber­nier était plutôt identifié au courant nationaliste québécois. Justin Trudeau a longtemps été le chouchou de l’aile orthodoxe du PLC.

Ni l’un ni l’autre ne jouent un rôle de premier plan au sein de leur caucus. Depuis qu’il n’est plus ministre, Maxime Bernier « réchauffe le banc » de sa formation aux Communes. Justin Trudeau ne fait pas partie des proches de Michael Ignatieff – dont il n’a pas appuyé la campagne au leadership. En règle générale, Bernier et Trudeau assistent en spectateurs à la période des questions.

C’est tout le contraire à l’exté­rieur du par­lement. Ces jours-ci, l’un et l’autre sont considérés comme les vedettes québé­coises montantes de leur formation respective. Ils sont parmi les députés les plus demandés pour animer des activités de leur parti. Cette célébrité pourrait leur servir plus tôt que tard – dans le contexte d’une campagne au leadership.

La prochaine campagne fédérale ne changera pas nécessairement la compo­sition de la Chambre des communes, mais elle devrait donner le signal du départ d’au moins un des quatre prin­cipaux chefs fédéraux. Dans la perspective d’un scrutin printanier, celui qui, de Ste­phen Harper ou de Michael Igna­tieff, sortira perdant aura presque certainement tiré sa révérence à cette date l’an prochain.

Ces derniers mois, le député de Beauce a marqué des points auprès des chroniqueurs montréalais en manifestant ouvertement son opposition au financement public d’un centre multifonctionnel à Québec. Et sur la colline du Parlement, on dit de plus en plus de bien de la bonne tenue politique de Justin Trudeau… dans les deux langues officielles.

Mais ils sont tous les deux plus populaires dans le reste du Canada qu’au Québec. La vision du fédéralisme que véhicule Justin Trudeau ne compte guère plus d’adeptes parmi les Québécois francophones que les idées de droite dont Maxime Bernier se fait le champion.

Pour bien des fédéralistes francophones québécois, le candidat au leadership fédéral idéal aurait le cœur à gauche de Justin Trudeau et la vision décentralisatrice du Canada de Maxime Bernier.

 

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