Lettre à Dominique Anglade

La tempête qui secoue le Parti libéral du Québec a eu raison de sa cheffe : Dominique Anglade a démissionné lundi matin. La meilleure décision pour quelqu’un qui méritait mieux, estime notre collaborateur Dominic Vallières.

Paul Chiasson / La Presse Canadienne

Dominic Vallières a, pendant plus de 10 ans, occupé les postes d’attaché de presse, porte-parole, rédacteur de discours et directeur des communications auprès d’élus de l’Assemblée nationale et des Communes (Parti québécois, Bloc québécois, Coalition Avenir Québec). Il est directeur à l’agence TACT et s’exprime comme analyste politique à QUB radio.

Madame la cheffe de l’opposition officielle,

Force est d’admettre que pour bien des politiciens et politiciennes, partir est le geste le moins réussi. Jusqu’à lundi matin, j’ai cru que ce serait votre cas. Je constate avec bonheur m’être trompé. 

Ce qui s’en venait n’était intéressant ni pour vous ni pour votre parti : les intrigues de couloir allaient mener à ce que vos moindres gestes soient scrutés et écossés par une presse parlementaire friande des morts annoncées, et ce, jusqu’au vote de confiance, dans plusieurs mois. 

Il faut d’abord dire que votre mandat s’est présenté par le siège. Couronnée en pleine pandémie à la suite d’une course qui n’a soulevé aucune passion (et aucun rival), vous avez tenté de marcher sur la ligne mince entre la critique et la collaboration avec un gouvernement ultrapopulaire.

Vous avez hérité d’un parti sans boussole idéologique qui ne s’était pas remis de la défaite de 2018. Vous avez atterri dans un caucus dont le tiers des membres cherchaient la sortie. Se présenter à l’Assemblée nationale dans ces conditions demandait courage et abnégation. Vous en avez eu. 

Vous l’avez mentionné dans votre discours de démission : deuxième femme ministre de l’Économie, deuxième femme cheffe de l’opposition officielle, première femme noire cheffe de parti, vous avez repris et porté certains flambeaux que vous tendez désormais à d’autres. Merci d’avoir été un modèle. Ça, personne ne pourra jamais vous l’enlever. 

Quelle image forte que de vous voir partir entourée des membres de votre famille ! Votre présence en politique tenait beaucoup de vous, mais aussi beaucoup d’eux. Après tout, pour que vous soyez debout au Salon bleu, il faut leur assentiment — c’est aussi vrai pour les 124 autres élus.

Vous avez tenté deux réformes. L’une en revenant au nationalisme de Robert Bourassa. L’autre en promouvant un projet économique à gauche, et vert. Même si ces deux virages ont été rejetés, vous avez compris qu’en politique, on doit surtout proposer. 

Vous n’êtes pas la première à vous être cassé les dents sur un caucus rébarbatif, et bien sûr, nombreux seront ceux et celles qui revisiteront chacun de vos gestes. Et si, et si… tout est toujours plus facile à dire après coup.

Dans une magnifique chanson, Aznavour affirme qu’« il faut savoir / coûte que coûte / garder toute sa dignité / et malgré ce qu’il nous en coûte / s’en aller sans se retourner ». Je l’écoutais aujourd’hui. Et j’ai pensé à vous. 

Pour l’instant, les gens diront de vous que vous avez été « celle qui n’a pas pu ». Mais je crois que dans quelques années, on retiendra de vous que vous avez été « celle qui a voulu ». 

Le PLQ avait des problèmes existentiels avant votre nomination. Il en a toujours à votre départ. Ce sera maintenant à tous ceux et celles qui avaient LA solution facile de tenter leur chance pour les résoudre… 

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Excellent texte ! Tout dans sa dernière conférence comme chef sortante du parti libéral du Québec a été extrêmement bien ficelée. Une image forte de son départ de la politique qui demeurera longtemps dans l’esprit des gens et dans le mien, même si je ne suis aucunement libérale, sera celle d’une épouse & d’une maman entourée de sa famille et de ses proches. Quelle leçon de vie elle aura su donner aux québécois mme Anglade que de
“ Partir”la tête haute .

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Merci Monsieur Vallières d’avoir si bien décrit ce que je pense de toute cette galère dans laquelle Madame Anglade a été depuis deux ans.
Je ne suis pas d’obédience libérale et je ne le serai sans doute jamais. Ce qu’a subit cette politicienne m’a semblé injuste et elle ne méritait pas çà. Elle a fait des erreurs de parcours ; qui n’en fait pas?
La « famille » libérale a grandement besoin de laver son linge sale et faire son grand ménage après le passage des Charest et Couillard.
Encore une femme en politique qui l’a eu à la dure, plus qu’un homme en politique?!

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Merci pour cet article qui remet les ´choses’ à leur place. Merci d’avoir osé reconnaître à haute voix la qualité exceptionnelle de Dominique Anglade. Comme vous je l’admire non seulement d’avoir osé tenté de défoncer le plafond de verre à titre de PM, comme femme, mais surtout comme femme de couleur, issue de l’immigration. Elle démontre royalement que l’immigration est une richesse. Mais surtout elle amène une vision économique nouvelle et intégrative, qui nous sort de celle des haut fourneaux polluants et subventionnés à fond. Le Québec n’est pas encore prêt,

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Madame Anglade a beaucoup à offrir au Québec et elle a cru qu’elle pouvait le faire au sein du PLQ, après avoir passé par la CAQ qui ne se prêtait pas aux changements auxquels elle rêvait. Elle a pensé que le PLQ était encore celui des Lesage, Lévesque et Bourassa mais ce n’était pas le cas car c’est devenu surtout le parti des Charest, Barrette et Couillard, le royaume des maquignons.

Elle avait cru que le parti pouvait changer mais, un peu à l’image de Jody Wilson Raybould avec les libéraux fédéraux (ministre de la Justice déchue pour avoir tenu tête aux magouilles à Trudeau), il n’y avait pas de place dans ce parti pour les nouvelles idées, le changement, bien au contraire. Le PLQ est maintenant le parti des enveloppes brunes et des post-it et cela est bien ancré dans sa culture. C’est aussi le parti du maquignonnage alors que Mme Nichols voulait son bonbon et a fait une crise quand elle ne l’a pas eu et c’est la cheffe du parti qui écope.

Pour moi, le PLQ c’est anachronique et dépassé, un Old Boys Club, où le pouvoir et la magouille est sa raison d’être. Mme Anglade n’avait pas à subir ça.

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Je ne suis pas libérale, en tant que telle. Je suis pour le meilleure candidat et madame Anglade m’est apparue être femme des plus intéressante avec de grandes qualités et capacités. Elle était députée de mon comté et jamais je n’ai cru une seconde qu’elle le perdrait. Les médias, oui les médias, eux ne cessaient de mettre en doute sa capacité à le gagner. Tant qu’à moi, le parti libéral perd sa cheffe, mais les Québécois eux perdent un gros morceau dont je ne crois pas qu’il a vraiment les moyens de se passer. Dominique Anglade, une femme brillante, énergique, dynamique, jeune. Et Marie Claude Nikols va-elle se présenter à la cheferie ? Elle le devrait !!

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Je suis au regret de devoir être à contre-courant de tous ces dithyrambiques éloges. Si Dominque Anglade était si bien que cela, comment expliquer qu’elle ne forme pas le gouvernement ? Une légère contre-performance peut-être…. On aime Anglade, mais on ne vote pas libéral. Moi, j’ai voté libéral aux dernières élections.

Ainsi à mon humble avis, la meilleure décision politique qu’aura prise madame Anglade au cours de sa carrière aura bien été d’y avoir mis fin. À la tête du parti libéral du Québec, elle a fait de l’intransigeance et de la rigidité sa marque de commerce, son recentrage à gauche n’y change absolument rien.

Ce fut une grave erreur de Philippe Couillard que de lui avoir ouvert les portes du parti alors que comme ex-présidente de la CAQ, elle cherchait à assouvir ses ambitions politiques et se venger de François Legault. En l’érigeant au titre de vice-première ministre en 2017, monsieur Couillard en faisait implicitement sa dauphine, laissant d’autres membres respectables sur le carreau.

Avec l’affaire Marie Montpetit, l’exclusion de cette députée appréciée, accusée ― de manière alléguée quoique cependant jamais prouvée -, de harcèlement psychologique. Madame Anglade sût démontrer de quoi était faite sa médecine…. Le harcèlement psychologique étant un crime, il fallait laisser à la justice le soin de disposer des faits (ou de l’absence de faits). On ne peut pas postuler au poste de premier ministre ; être juge et parti simultanément.

On a choisi des gros mots, pour pouvoir faire l’exemple. C’est le prélude du totalitarisme.

La défaite, lors des dernières élections, du PLQ dans plusieurs circonscriptions pourtant acquises de longue date, démontre l’absence de leadership et de charisme de madame Anglade dont les talents de communication tant à l’interne qu’auprès du public laissaient transparaître des enjeux bien plus d’ambitions personnelles que le réel désir de servir la population.

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Mon cher Dominic Vallières,
Vous avez résumé la situation de si belle façon. Une grande vigilance dans cette analyse. Je suis parfaitement d’accord. Et je continue à penser que rien de tout ceci ne serait arrivé si Elle avait été un homme.

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Tellement bien dit, je partage entièrement et surtout la féliciter d’avoir quitté dans la dignité. Ce mandat aurait été bordélique pour elle malgré toutes ses qualités et résilience. Les »mononcles » de la politique en ont pris pour leur rhume et cette nouvelle génération qui s’amène au Salon Bleu, ne fait pas de distinction sexiste, je crois aussi que ça a été un obstacle, le fait qu’elle était avec la CAQ a été mal accepté. Cette dernière conférence de presse entouré des siens nous a démontré la vraie Dominique, libérée et sereine.

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