Européens engagés dans le djihad : quels risques, quelles solutions ?

Un nombre grandissant d’Européens joignent des organisations islamistes. Résultat : nombreux sont ceux qui s’inquiètent du retour au pays de ces personnes nouvellement idéologisées et entraînées. Le renforcement des activités policières et de renseignement est-il suffisant ? Voici le deuxième billet sur le phénomène d’«euro-djihadisme».

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Photo : AFP / Getty Images

Voici la suite du billet L’Europe mobilisée face aux candidats au djihad (1), publié le 12 mai sur le site de L’actualité.
Politique

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Des réponses encore parcellaires

Une fois l’expérience du djihad vécue par des Européens qui choisissent de joindre des groupes islamistes, c’est naturellement le retour au pays qui inquiète.

Idéologisés, entraînés et conseillés (voire aidés), ces individus ont les moyens et la détermination pour agir.

Face à cette situation, le renforcement des activités policières et de renseignement est posé comme une réponse évidente. Mais quelle est sa véritable efficacité ?

Déjà, lors de l’affaire Merah, les limites de la répression — la surveillance d’Internet, notamment — étaient claires  :

«En réduisant un peu plus encore l’expression de la contestation, [la France] va de toute évidence aggraver la crise qu’elle dit vouloir résorber. “J’ai un ordinateur et une épée”, a sans surprise commenté l’un des adeptes de ces sites qu’il sera bientôt interdit de fréquenter. “Que celui qui veut me retirer mon PC ne vienne pas se plaindre demain qu’il ne m’a laissé que l’épée”.»

Pour un ministre confronté aux demandes pressantes des familles, on comprend l’intérêt de se montrer actif dans un tel dossier, tout comme on comprend la pertinence de chercher à améliorer la sécurité du pays.

Mais que faut-il penser du ministre d’une puissance qui rêve encore d’envergure mondiale, et qui annonce que quelques centaines d’individus représentent «le plus grand danger auquel nous devons faire face dans les prochaines années» ?

Si le résultat de ce constat est que la France accorde finalement à ses ambitions de politique étrangère les moyens nécessaires — notamment pour retrouver une capacité de renseignement adaptée —, on pourra alors dire que les autorités servent les intérêts du pays.

Mais il y a plutôt à craindre un effet d’annonce qui risque non seulement de perpétuer les divisions de la société autour de la présence de Français musulmans (divisions qui n’y sont pas pour rien dans les vocations djihadistes), mais qui est également nuisible.

À force de faire croire qu’il est possible de se prémunir contre le terrorisme, on entretient de fausses attentes, auxquelles répondent de fausses promesses — au service d’une fausse sécurité, mais au prix de vraies ressources et de vraies libertés.

Dans ce contexte, comment faire pour que «la machine à fabriquer les poseurs de bombes soit démantelée, et pas seulement les poseurs de bombes ?»

Comme les chiffres précités le montrent, les individus qui s’engagent dans le djihad proviennent majoritairement de familles athées, ou encore de familles de culture religieuse, mais non pratiquantes.

Or, le djihad tel que prôné par al-Qaida attire des jeunes ancrés dans la modernité individualiste ; acculturés ou déracinés, et souvent diplômés; puis pris entre plusieurs pays et origines.

«Ces radicaux se sont réislamisés en Occident, sur une trajectoire occidentale. Ils n’ont aucune culture islamique, aucune culture arabe. Ben Laden et les autres mouvements qui ont une vision semblable de l’islamisme leur fournissent une manière d’être musulman partout dans le monde, en dehors d’une société, sur une base complètement individuelle.»

L’idée, pour les États, d’implanter une contre-propagande exigerait de prendre en compte bien plus de paramètres que de vanter naïvement un «vivre-ensemble» dont on ne parle que pour déplorer la disparition.

Une solution plus durable serait de réduire l’inégalité des chances qui frappe plus durement la jeunesse d’origine africaine, en particulier celle d’Afrique du Nord.

Cela passe nécessairement par une remise en route de l’ascenseur social et une meilleure redistribution des richesses, mais aussi, symboliquement, par une vision moins idéologique de l’identité et des migrations.

Cependant, étant donné la polarisation actuelle des sociétés européennes et nord-américaines, ainsi que la popularité des partis et programmes prônant une attitude rigide sur les questions d’identité, une telle stratégie requerrait une immense dose de courage.

Il suffit de voir l’hostilité massive qui a accueilli un rapport suggérant de sortir d’une vision assimilationniste de l’immigration et proposant des idées révolutionnaires, comme valoriser l’apprentissage de l’arabe, inscrire l’histoire des migrations dans les programmes scolaires et sortir du vocabulaire de l’«intégration» (rappelons que les concernés sont majoritairement Français…). Dans ces conditions, il est probable que le courage vienne à manquer.

Pourtant, comme la question des jeunes partis pour le djihad en Syrie l’indique, la résolution des tensions identitaires dans les pays européens et nord-américains n’est pas qu’une question sociale interne : elle représente un intérêt de sécurité nationale.

 

Clara Egger, chercheure en résidence, Observatoire sur les missions de paix et opérations humanitaires
Pierre-Alain Clément, directeur adjoint, Observatoire de géopolitique
Chaire @RDandurand @UQAM

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À propos de la Chaire Raoul-Dandurand

Créée en 1996 et située à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques compte plus de 30 chercheurs issus de pays et de disciplines divers et comprend quatre observatoires (États-Unis, Géopolitique, Missions de paix et opérations humanitaires et Moyen-Orient et Afrique du Nord). On peut la suivre sur Twitter : @RDandurand.

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4 commentaires
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ceux qui vont faire de l’entrainement avec les ji-hads ne devraient pas avoir la possibilité de revenir au pays.

Ces personnes devraient être interdites d’entrée au pays. en tant que personnes indésirables

J’avoue être très surpris de cette peur qui règne en France et je ne comprends pas que l’on craigne des gens qu’on a fait venir alors qu’on crachait sur ceux qui etaient contre eux. Depuis plus 40 ans les francais votent pour ceux qui mènent une politique d’ouverture des frontières, du « il faut accepter les differences » (et pas les peites), du mondialisme… Et bien les francais et les européens sont bien servis , de quoi se plaignent ils maintenant ? On récolte ce qu’on cultive …
Regardons les choses en face
1978 giscard d’estaing soutient et protège Khomeini a Neauphle le château (yvelines) pour qu’il organise la revolution islamique en Iran et renverse le roi d’alors. (Ecoutez la chanson du groupe Trust « monsieur comédie ».
Après cette catastrophe les francais votent Mitterand dont la lutte dite contre le racisme devientla lutte numéro 1, et l’ouverture des frontières s’agrandit.
Ensuite Chirac, le francais doit toujours fermer sa g… et les frontières restent ouvertes et s’agrandissent encore avec la politique européenne.
Sarko le demago.. une grande gueule qui ne donne qu’aux grandes fortunes. Le francais électeur de base vaut tellement cher que la seule chose qui lui est accordée c’est le rejet des résultats du référendum sur l’Europe par notre Napoleon (surnom donné par les belges a sarko).
Mais le français toujours aussi borné revote socialiste en choisissant Hollande. Le changement dans la continuité. Nous verrons aux prochaines présidentielles.
L’Arabie saoudite pays islamiste soutenue par les USA … curieux ?
Le KATAR pays islamiste aux partis interdits qui est le principal actionnaire du club de foot PSG soutenu par pas mal de francais. QUE DIRE ?
Les étudiants qui manifestent contre les resultats du FN ne protestent jamais contre les islamites intégristes(normal)
OUI on a la France qu’on choisit.
VIVE LA FRANCE

J’ai oublié de signaler dans mon petit exposé ci dessus que vu l’état d’esprit du pays et de l’Europe occidentale actuelle dire du bien du djiad c’est passé pour un terroriste donc c’est strictement interdit. Dire du mal du djiad ou de quelqu’un qui en defend les idées c’est être condamné par la police pour propos raciste. DONC un seul remède changer les bulletins dans les urnes en sachant cependant que les étudiants et syndicats organiseront un vrai bordel si cela arrivait (dans un sens)
MORALITE : ps ,ump, ecolos, front de gauche, syndicats professionnels, syndicats etudiants participant aux manifs anti fn semblent préférés le DJIAD terroriste , LE CAC 40 créateur de misère (qui finance l’Arabie saoudite ) au FN. Même si onest pas d’accord avec ce parti je trouve inadmissible de le condamner plus que ceux qui sèment la terreur politique et économique.
Au fait les djiadistes anti capitalistes possèdent ils des comptes en banques en europe occidentales ou aux usa ? Si c’est oui ces banques refusrnt elles leur argent ?
Si c’est non, on abandonne cette qiestion