L’heure de vérité pour les ministres de François Legault

Des ministres sont déjà en représentation pour obtenir un autre portefeuille dans le prochain gouvernement. La stabilité ministérielle vue depuis 2018 pourrait toutefois nuire à certains, prisonniers de leur secteur, écrit notre collaborateur.

Justin Tang / La Presse canadienne / montage : L’actualité

Dominic Vallières a, pendant plus de 10 ans, occupé les postes d’attaché de presse, de porte-parole, de rédacteur de discours et de directeur des communications auprès d’élus de l’Assemblée nationale et des Communes (Parti québécois, Bloc québécois, Coalition Avenir Québec). Il est directeur chez TACT et s’exprime quotidiennement comme analyste politique à QUB radio.

Les vacances parlementaires approchent, et certains regardent un petit peu plus loin en se tournant les yeux vers le scrutin du 3 octobre. Alors, comme aurait pu le chanter Isabelle Pierre, le temps est bon, le ciel est bleu… et des ministres se demandent ce qu’il va advenir d’eux.

Car si la Coalition Avenir Québec (CAQ) est reportée au pouvoir à l’automne, le Conseil des ministres risque fort d’être différent de ce qu’il est aujourd’hui.

Le Conseil des ministres de François Legault a été d’une remarquable stabilité depuis 2018. Outre les changements qui ont fait passer Christian Dubé du Trésor à la Santé, Sonia LeBel de la Justice au Trésor et Danielle McCann de la Santé à l’Enseignement supérieur, les autres modifications ont été apportés aux marges. 

Cette stabilité a du bon. Les ministres ont pu comprendre leur ministère à fond, nouer de réelles relations avec leurs sous-ministres et mener à bon port des réformes plus ou moins grandes qui étaient dans la plateforme électorale de 2018 ou qui s’imposaient d’elles-mêmes. En d’autres termes, ils ont eu le temps de se spécialiser. Beaucoup s’approcheront de records de longévité ou en battront dans un même portefeuille.

Cette stabilité a aussi amené un changement de ton dans les rapports entre l’État et les syndicats. Quand ceux-ci sentent qu’un ministre est dans les câbles et que la fin est peut-être proche, ils ne se gênent pas pour laisser partir les coups. Mais quand ils savent qu’ils devront continuer de traiter avec le ministre, la tendance est généralement à la retenue…

Le mandat n’a pas été exempt de grèves et d’accrochages, loin de là, mais certains syndicats sont passés d’opposants à partenaires du gouvernement. Voir les mêmes visages aux mêmes postes a eu un effet certain en ce sens.

Sauf que cette stabilité n’a pas que du bon. Des ministres sont devenus indissociables de leur domaine. Imaginez-vous Jean-François Roberge (Éducation) au Tourisme ? Simon Jolin-Barrette (Justice) à l’Éducation ? Andrée Laforest (Affaires municipales) à la Famille ? Jean Boulet (Travail) aux Transports ? Pas facile. 

Pourtant, nous aurons forcément un Conseil des ministres différent si la CAQ est réélue. Il faut donc revoir la distribution des rôles. C’est à cet exercice que doivent déjà s’adonner certains des plus proches conseillers du premier ministre… et les ministres eux-mêmes.

Hormis des évidences comme Pierre Fitzgibbon (Économie), Eric Girard (Finances) ou Christian Dubé (Santé), je ne crois pas que tous se voient faire un second mandat dans leur domaine actuel. Certains ont effectué les changements demandés et désirent maintenant relever d’autres défis. Certains sont en froid avec les partenaires du milieu qu’ils représentent et aimeraient un nouveau départ. Et d’autres lorgnent secrètement les dossiers d’un collègue simplement par intérêt personnel ou par opportunisme politique…

Quoi qu’il en soit, on est ministre parce qu’on est élu et parce que le premier ministre le souhaite. Des élus de la cohorte 2018 ne se représenteront pas. Certains pourraient être battus. D’autres n’ont pas assez bien réussi aux yeux de M. Legault.

Si vous n’en pouvez plus de « votre » ministre, dites-vous que le calvaire achève. Si vous l’aimez bien, peut-être en découvrirez-vous bientôt un autre ! Les jeux de coulisses sont lancés. Les représentations commencent. La saison du pied de grue devant les bureaux de conseillers influents et des courriels nocturnes pour présenter sa vision est ouverte. Regardez bien votre Conseil des ministres actuel. C’est la dernière fois que vous le verrez comme tel.

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