L’heure des choix approche pour les conservateurs

Avec le départ de Stephen Harper, le parti doit trouver un chef d’équipe capable d’agir comme leader de l’opposition officielle et, dans les semaines qui viennent, préparer la succession à la tête du parti.

PolitiquePendant que le premier ministre désigné, Justin Trudeau, jongle avec la composition de son conseil des ministres, les conservateurs, eux, soupèsent les candidatures au poste de leader intérimaire. Le caucus fera son choix jeudi prochain, au lendemain de l’assermentation du cabinet libéral.

Le départ de Stephen Harper force son parti à trouver immédiatement un chef d’équipe capable d’agir comme leader de l’opposition officielle (avec les privilèges qui en découlent) et, dans les semaines qui viennent, à préparer la succession à la tête du parti.

La tâche du caucus ne sera pas simple, car avant même d’élire le chef intérimaire, il devra s’entendre sur les règles à suivre. Les 99 députés conservateurs seront les premiers à se soumettre à la nouvelle Loi de 2014 instituant des réformes, présentée par un des leurs, le député réélu Michael Chong.

En vertu de cette loi adoptée in extremis à la fin de la dernière session, chaque caucus doit se prononcer dès sa première rencontre suivant les élections sur quatre règles qui limitent le pouvoir du chef et en redonnent aux députés.

La première règle accorde au caucus et non au chef le pouvoir d’expulser ou de réintégrer un député. Selon la seconde, le caucus et non le chef choisit le président du caucus. La troisième donne au caucus le pouvoir de destituer le chef et la quatrième, d’élire un chef intérimaire. Dans chaque cas, un certain pourcentage de signatures sont nécessaires pour provoquer un vote secret.

Le vote sur chacune de ces règles n’est toutefois pas secret, ce qui laisse présager de vigoureux débats que devra présider le vétéran du caucus, Deepak Obhrai.

Stephen Harper devrait être présent, mais le fait qu’il ne soit plus chef pourrait inciter des députés à faire preuve d’indépendance et à opter pour un régime les laissant moins à la merci du prochain leader. Ce serait rompre avec de vieilles habitudes pour ce caucus réputé docile, mais c’est ce qui rend la démarche intéressante.

Une fois ces votes faits, le vote pour le chef intérimaire pourra suivre son cours, mais il pourrait y avoir des vagues si le caucus adopte le processus inscrit dans la loi. En vertu de cette dernière, un caucus n’est composé que d’élus, ce qui exclurait les 47 sénateurs, alors que la Constitution du parti les associe au choix du chef intérimaire.

Pour l’instant, tous les candidats sauf une sont unilingues anglais, bien que certains prétendent le contraire. Tous sauf un, Mike Lake, étaient ministres sous M. Harper. Il s’agit de Rob Nicholson, Erin O’Toole, Candice Bergen, Rona Ambrose et Diane Finley.

Cette dernière s’est manifestée la première et est la seule capable de répondre à des questions en français, ce qu’elle a souligné dans son communiqué annonçant sa candidature. Loyale à M. Harper pendant toutes ces années, elle promet maintenant, comme chef intérimaire, de «préparer la transition entre un bureau du premier ministre centralisateur et un bureau du chef de l’opposition officielle plus collaboratif». La défaite semble soudainement l’inciter à prendre ses distances par rapport à son ancien chef.

Les candidats potentiels au poste de chef du Parti conservateur se font pour leur part plus discrets. Aucun n’a dévoilé officiellement ses intentions. On sait depuis longtemps que le ministre de la Défense, Jason Kenney, en rêve. L’ancien ministre John Baird a écarté l’idée, tout comme le premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall, et l’ancien premier ministre du Québec, Jean Charest. La députée Michelle Rempel a dit y réfléchir.

Le véritable enjeu en ce moment est l’échéancier pour élire le prochain chef. Certains voudraient procéder dès le printemps 2016 afin de donner au nouveau leader tout le temps nécessaire pour se faire connaître. On veut aussi éviter de nuire à la collecte de fonds, un élément toujours très important au PC. Une courte course avantagerait par contre la garde actuelle, proche de M. Harper.

Ceux qui militent pour un congrès à la direction en 2017 disent au contraire que le parti doit prendre le temps d’analyser la défaite et d’en tirer toutes les leçons nécessaires.

Les progressistes-conservateurs sont dans ce camp, car eux aussi ont besoin de temps pour s’organiser et rétablir un certain équilibre au sein du parti né de la fusion des conservateurs réformistes et de ceux de l’école des Mulroney et Clark. Marginalisés sous M. Harper, ces derniers ont vu leurs rangs être décimés au profit des libéraux, en particulier en Atlantique et en Ontario. Pour les ramener au bercail et trouver un candidat rassembleur, il faudra plus que quelques mois et surtout pas un chef unilingue.

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3 commentaires
Les commentaires sont fermés.

et les néo-démocrates eux…?

Z’ont l’intention de garder celui qui leur a fait perdre la moitié de leurs sièges?

Je ne le sais pas.
Vous ne le savez pas.
Attendez donc de voir ce que le NPD décidera.
Alors, il sera toujours temps de lire votre commentaire.
Pour l’instant, vous hors d’ordre.

Il est tout à fait dans l’ordre des choses de se poser la question.

Dans n’importe quel autre parti politique normal, un chef qui a PERDU plus de 50% de ses appuis serait viré sur-le-champ. Personne n’y trouverait à redire.

Le NPD est une anomalie, une aberration dans ce dossier. Mulcair semble s’accrocher désespéramment et personne dans le parti n’ose le « challenger » ce qui en dit long sur la profondeur de l’équipe néo-démocrate.