Libéraux et conservateurs de retour à la case départ

Les partis libéral et conservateur sont plus que jamais au coude-à-coude à moins de quatre mois des élections, selon la dernière projection de Qc125. 

Photo : La Presse canadienne

Les libéraux de Justin Trudeau semblent rebondir dans les intentions de vote après un hiver et un printemps désastreux, selon les sondages du dernier mois. À moins de quatre mois des élections générales au Canada, la course entre les deux principaux partis s’est considérablement resserrée. Et, malgré tout, près d’un tiers des électeurs ne semblent pas enclins à appuyer ni les libéraux, ni les conservateurs.

Le modèle fédéral Qc125 utilise les sondages des derniers mois, les données démographiques des 338 circonscriptions canadiennes (puisées du recensement de Statistique Canada), ainsi que l’historique électoral des régions du pays afin de projeter l’état des intentions de vote par circonscription. Pour les détails sur la méthodologie et la performance du modèle, visitez cette page.

La liste complète des sondages fédéraux est disponible sur cette page.

Voici la mise à jour de la projection fédérale Qc125 du 7 juillet 2019.

Projection du vote populaire

Le Parti conservateur du Canada (PCC) se trouve toujours en tête de peloton avec une moyenne de 34,6% au pays. Il semble bien que le seuil des 35% ou 36% constitue un plafond pour le PCC, lui qui n’a jamais dépassé une moyenne de 37% des intentions de vote au cours de l’hiver et du printemps, et ce malgré les nombreuses tuiles qui sont tombées sur la tête des libéraux.

Le Parti libéral du Canada (PLC) remonte quelque peu avec une moyenne de 31,8%, deux points de plus que son creux du 5 mai dernier. Nous constatons plusieurs données qui pointent vers une certaine remontée libérale: la firme Abacus Data (AD) mesure maintenant une égalité statistique entre le PLC et le PCC pour un deuxième mois consécutif; le suivi hebdomadaire de Nanos Research (NR) place maintenant les libéraux en tête par trois points — une première depuis février 2019; même Forum Research, dont les chiffres penchent davantange vers le PCC depuis plusieurs années, a mesuré une remontée du PLC, particulièrement en Ontario.

De son côté, le Nouveau Parti démocratique se maintient à son niveau de croisière des derniers mois avec une moyenne de 15,0%.

Le Parti vert du Canada continue sa lente progression et se trouve maintenant à 11,0%.

Voici la projection du vote populaire comparée avec les sondages de la dernière semaine (DART, Abacus Data et Nanos Research).

Nous remarquons d’ailleurs que ces récents sondages tirent tous le PLC vers le haut.

Au Québec, les libéraux demeurent en tête, mais reçoivent à peine un tiers des intentions de vote (voir graphique ci-dessous).

La donnée probablement la plus étonnante de ce graphique est le support que reçoit le Parti conservateur au Québec. Si près de 24% des intentions de vote ne vous semble pas particulièrement impressionnant, voici un petit contexte historique: jamais, depuis la réélection de Brian Mulroney en 1988, un parti conservateur fédéral n’a reçu plus du quart des votes au Québec. Lors de la première victoire minoritaire de Stephen Harper en 2006, le PCC avait recueilli 24,6% des voix au Québec, mais cette part du vote a ensuite chuté à 21,7% en 2008, 16,5% en 2011, puis 16,7% en 2015. Si Andrew Scheer et son aile québécoise parviennent à décrocher autant de votes au Québec en octobre, cela pourrait certainement freiner l’élan du Bloc québécois et d’Yves-François Blanchet.

Le Bloc se maintient à une moyenne de 18,1% au Québec — un niveau nettement supérieur aux chiffres de l’an dernier, alors que Martine Ouellette était à la tête du parti. Néanmoins, s’il veut continuer de progresser dans les intentions de vote, il n’y a pas de doute que M. Blanchet doit ratisser les régions du Québec afin de freiner cette montée du PCC. La clé vers un retour en force du Bloc passe d’abord par la consolidation des électeurs souverainistes, puis non libéraux.

Projection de sièges

Nous avons une égalité statistique en tête de la projection de siège cette semaine avec le plus léger des avantages pour les conservateurs d’Andrew Scheer. Avec les chiffres actuellement disponibles, le PCC remporte en moyenne 150 sièges. De leur côté, les libéraux grimpent à une moyenne de 143 sièges.

Cet écart moyen de sept sièges entre les deux partis est nettement inférieur à l’incertitude de la projection, d’où l’égalité statistique. Afin de visualiser à quel point cette projection de sièges est serrée, considérez le graphique suivant. Il s’agit de la densité de probabilité de la projection de sièges du PLC et du PCC. Comme vous pouvez le constater, les courbes se superposent de façon significative:

Chaque colonne représente un total de sièges au pays. Plus une colonne est élevée, plus le résultat est probable.

Au Québec, le PLC demeure en tête de la projection de sièges, mais profite évidemment de la division du vote actuelle. En moyenne, le PLC remporte 47 sièges au Québec (contre 40 en 2015).


Les conservateurs balaient la grande région de Québec-Chaudière-Appalaches et protège ses acquis au Centre-du-Québec et en Estrie.

Le Bloc est compétitif dans de nombreuses circonscriptions du 450 autour de Montréal et semble même en position d’y faire des gains.

La circonscription de Beauce est présentement projetée comme un comté pivot entre Maxime Bernier et les conservateurs.

Projection du vainqueur

À l’aide des données ci-dessus, le modèle fédéral Qc125 a effectué 250 000 simulations d’élections générales. Résultat? Le Parti conservateur du Canada remporte le plus grand nombre de sièges dans 52% des simulations, une probabilité de victoire à peine plus élevée qu’un « pile ou face ».

Les libéraux remportent le plus grand nombre de sièges dans 47,3% des simulations. La fraction restante de 0,7% représente la probabilité d’une égalité au total de sièges entre le PLC et le PCC.

* * *

Les conservateurs, qui ont dominé la projection de sièges tout au long de l’hiver et du printemps, ont-ils été incapables de profiter des bourdes répétées des libéraux? L’Ontario freinera-t-elle les efforts d’Andrew Scheer, malgré des chiffres intéressants au Québec et dans les Maritimes pour le PCC? Au Québec, quel parti pourra profiter de la chute abrupte du NPD? Ces questions sont pour l’instant sans réponse définitive.

Alors que les politiciens ont déjà commencé leurs campagnes électorales locales, qu’ils ratissent les barbecues et épluchettes partout au pays, ils devront tous garder en tête que rien n’est joué dans cette élection. Aucun des deux partis principaux ne peut être considéré comme favori et la probabilité d’un gouvernement minoritaire demeure certes importante.

Bref, nous semblons être de retour à la case départ.

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Bien qu’il soit toujours trop tôt pour établir quelle sera la forme de la chambre des Communes prochainement, il faut admettre que les choses ne prennent pas une très bonne tournure pour le parti de monsieur Trudeau. Après quatre années passées au pouvoir, les citoyens ne devraient-ils pas être pleinement satisfaits ?

Ce n’est pas le cas. Ces années en ont fait grogner plus d’uns. Même la loi sur la légalisation du cannabis a surtout montré un gouvernement qui improvise, qui n’est pas à l’écoute des citoyens, qui ne prend pas ses responsabilités et qui fait la part belle à ces nouveaux producteurs proches politiquement du PLC.

Jusqu’à présent, monsieur Trudeau ne manifeste pas énormément de pugnacité. Il se réfugie derrière le bilan économique plutôt positif, mais ne nous dit pas comment il entend s’y prendre pour maintenir le cap, pas plus que nous ne savons quels engagements il prendra pour nous permettre d’atteindre et dépasser nos cibles en matière d’environnement.

En face de lui on trouve un « bon » gars, bon père de famille (Andrew Scheer) qui non seulement devrait faire le plein des voix conservatrices mais qui s’il s’y prend assez bien pourrait convaincre des indécis et un électorat plutôt modéré qui croit dans plusieurs valeurs canadiennes auxquelles il est associé.

En même temps la relative faiblesse du NPD, nous fait craindre une fois de plus qu’un Canada plus social-démocrate, plus vert, qui réduise de manière importante les inégalités, tout en empruntant résolument la voix de l’environnement, que cette option pourtant pragmatique et réaliste soit quel que soit le prochain parti au pouvoir, devenue une chose définitivement hors de toute portée.

— Devrons-nous choisir impuissants entre subir les affres de la vie en tout temps ou alors agir positivement pour valoriser ce qui constitue notre bien commun ?

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