Liberté de parole… et liberté de rire

«Ce sont ceux qui ne comprennent pas qu’on peut rire de tout qui ont un problème, pas ceux qui prennent le crayon, le clavier ou le micro», dit le blogueur Mathieu Charlebois, qui réagit à l’attentat survenu à Charlie Hebdo.

Portugal France Newspaper Attack
Photo : Francisco Seco/Associated Press/La Presse Canadienne

Les victimes de Charlie Hebdo n’ont rien fait pour mériter ce qui leur est arrivé. Rien du tout.
Politique

Ces personnes ont publié des dessins controversés ? Absolument. Était-ce toujours de bon goût ? Bof, je ne vois pas en quoi ce serait pertinent.

Mais de la même façon que la minijupe n’excuse pas les mains baladeuses du pervers, la prise de parole, même pour dire des choses de façon insensible, n’excuse pas la mitraillette de l’idiot.

Car oui, je l’affirme : on peut rire de tout. D’absolument tout.

Il y a une bonne blague à faire avec n’importe quel événement, n’importe quelle religion, n’importe quel drame, n’importe quelle coupe de cheveux. Il n’y a peut-être que le kale, aliment infect, véritable tragédie gustative, qui ne pourra jamais faire rire. Mais à part ça…

Avec Le dictateur, Chaplin a fait un film complet autour de Hitler et de la déportation des Juifs. On y rit franchement, souvent et de bon cœur. Allez expliquer à Charlot qu’il avait tort et qu’on ne peut pas rire de l’Holocauste : j’ai hâte d’entendre votre argumentaire.

Le gag est parfois extrêmement difficile à trouver et il est parfois préférable de ne le présenter qu’à quelques-uns de ses amis plutôt qu’en public (par délicatesse, par courtoisie ou par respect), mais il existe.

On peut rire de tout et de n’importe qui, donc, parce qu’il n’y a pas de raison pour que notre rate ne profite pas, elle aussi, de la liberté d’expression.

Et vous savez ce qu’il y a de bien avec la liberté d’expression ? Ce n’est pas une voie à sens unique : elle vous confère le droit de trouver la blague vraiment poche ; d’être en colère contre le comique ; d’être en désaccord avec lui ; de le trouver déplacé, nul, ou même nuisible. Et vous pouvez le dire !

Vous avez le droit de prendre votre indignation et de l’étaler sur du papier, un écran, un film, un vlogue ou peu importe. Allez vous faire tatouer «Mathieu Charlebois n’est pas drôle» dans le front : je ne pourrai rien contre ça.

S’ensuivra une discussion, peut-être même un débat. Certains vont être d’accord avec vous, d’autres pas. Si vous avez de bons arguments, peut-être qu’un nombre suffisant de personnes se retourneront contre le blagueur et que celui-ci deviendra le dindon de sa propre farce.

Ce sont ceux qui ne comprennent pas ce principe qui ont un problème, qui sont un problème. Pas ceux qui prennent le crayon, le clavier ou le micro.

* * *

À propos de Mathieu Charlebois

Ex-journaliste Web à L’actualité, Mathieu Charlebois blogue maintenant sur la politique avec un regard humoristique. Il est aussi chroniqueur musique pour le magazine L’actualité depuis 2011 et corédacteur en chef du webmagazine culturel Ma mère était hipster, en plus d’avoir participé à de nombreux projets radio, dont Bande à part (à Radio-Canada) et Dans le champ lexical (à CIBL). On peut le suivre sur Twitter : @OursMathieu.

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Je suis personnellement tout à fait d’accord avec vous, mais c’est parce que je suis un sale matérialiste, athée comme une roche. Une fois qu’on sort de la religion, on n’y revient pas, c’est comme le dentifrice.

Les croyants, eux, ne peuvent faire autrement que de défendre le « sacré »; le sacré, c’est un sous-produit de la religion, une catégorie imaginaire désignant ce qui devrait rester intouchable, un mécanisme de défense. Parce que la religion se défend comme tout organisme, comme tout système fermé, en pourfendant ce qui n’est pas elle.

Dans le tube de Colgate, on peut rire de Crest, mais pas de Colgate.

Tout à fait d’accord avec vous. J’aurais d’ailleurs aimé que Philippe Val ait un peu plus le sens de l’humour alors qu’il était à la tête de Charlie Hebdo et qu’il a congédié Siné pour un texte sur le futur mariage du fils Sarkosy avec une riche famille juive. A cette occasion il ne tenait pas le discours qu’on peut rire de n’importe qui et de n’importe quoi. On se demande bien pourquoi le principe de la liberté d’expression n’a pas alors été privilégié.

« Du choc des idées jaillit la lumière ». Il faut retenir du proverbe le mot « choc » qui implique qu’il faut un certain courage pour s’exprimer, dire le fond de sa pensée ou faire de l’humour engagé. Mais pour les extrémistes et les fanatiques c’est la « lumière » qui les effraie le plus. De là leur détermination à tout faire pour imposer le silence aux autres. Ils ont attisé en moi le besoin de clamer haut et fort ce que je crois devoir être dénoncé et si je parviens à faire rire la galerie en plus ce sera encore mieux.

Qu’on enlève ses gougounes pour se mettre à genoux en direction de la Mecque, qu’on tue une poule, qu’on égorge une chèvre en offrande à un Dieu ou qu’on aille le dimanche manger une hostie afin de prouver notre pureté tout en se mettant à genoux, debout, à genoux…ça demeure des rituels risibles de n’importe quelle personne saine d’esprit. Dans le fond nos problèmes viennent plus de notre rectitude politique « at large ». Nous n’osons plus dire les choses de peur de heurter l’autre. Nous sommes devenus des pleutres de l’esprit.

En passant, je suis Charlie. Et je constate, ce matin, que peu de gens osent commenter cet article. Où sont les péteux de broue qui s’expriment sur tout et sur rien quand vient le temps de se tenir debout et de prendre la défense de la liberté d’expression ?

Non, RIEN ne justifie de tuer, même la connerie. Mais je vous souhaite, si un jour vous faites face à un malheur si grand et qui vous touchera si profondément que vous serez certain de ne pas y survivre, qu’un idiot ne viendra pas en faire un gag pour se délier la rate.

France,
Je crois que vous définissez très bien la limite au fameux » Je peux tpout dire. «

Il y a des limites à exagérer. Peut-on rire de toutes les différences? Si oui, il serait alors normal de tolérer les moqueries à l’égard des personnes handicapées et l’intimidation dans les cours d’école… Est-ce vraiment seulement une question de sens d’humour? Que fait-on du respect de l’autre?

Certainement qu’on peut en rire mais personne va trouver ça drôle et celui qui rit risque d’être tourné en ridicule et de subir l’opprobre général. Pas besoin de Kalachnikov pour ça.

J’ai écrit qu’il y a un gag à faire avec tout. Pas que tous les gags sont drôles.

Mais à quel point un gag arrête d’être un gag et devient de la provocation ou de l’insulte?

Je pense que c’est vous M, Charlebois qui avez un problème en pensant qu’on peut rire publiquement de tout le monde parce qu’on a un micro ou un stylo. Je fais partie de ceux qui pensent qu’il y a une limite à tout et vous m’avez offensé en écrivant cet article. Cependant, étant donné que je ne suis pas visé personnellement et publiquement, cet article ne me fait pas de tort et je n’en souffrirai pas auprès de mes proches. Vous avez le droit d’exprimer votre façon de penser et je pense que vous l’avez fait correctement en ne visant personne en particulier. J’ai aussi le droit de ne pas être en accord avec vous.
Passez une belle journée,

M. Gauthier

Oui, il y a des limites à la liberté de parole! Voici trois cas : 1) Si je crache gratuitement des insanités sans queue ni tête à mon voisin, il risque de réagir, avec raison. 2) L’animateur de radio Jeff Fillion qui disait des bêtises sur Sophie Chiasson, à Québec, il aurait dû connaître les limites de son métier public. 3) Prenons la dernière caricature de Charlie Hebdo, qui affirmait qu’il n’y avait toujours pas d’attentats en France, au début janvier. Un djihadiste répondait : « Attendez, on a jusqu’à la fin janvier pour présenter ses vœux». À mon avis, ce n’est plus de l’humour ni de la critique, c’est de la provocation bête et inutile. Oui à la liberté de parole et à la liberté de presse, mais il y aura toujours des limites à ne pas dépasser.

Avant les événements des jours passés, je ne connaissais pas le Charlie Hebdo.
Je suis donc allé sur le Web et passé en revue une série de pages une.

A on avis, une bonne quantité de ces unes n’auraient été tolérés dans notre société.
Personnellement, il ya là des grossièreté qui me font dire » Je ne suis pas Charlie Hebdo »

Mais il en va de même pour certains de nos humoristes qui sacrent à tous les quatre ou cinq mots.
Je ne vais pas voir ces derniers, je n’aurais pas lu Charlie Hebdo.

Je ne vais pas les voir, mais je ne réclame pas qu’il se taisent.

Qui définiras la limite de ce qui peux être dit dans Charlie Hebdo ?
Les lecteurs assidus du journal.

Cela dit, rien justifiait l’attaque meurtrière dont ils ont été victimes.

Certes, il est inacceptable de menacer, détruire,tuer,seulement parce que l’on se sent humilier par la moquerie ou satire à notre égard! Mais, au-delà de notre droit à la liberté d’opinion et d’expression(bases de toute démocratie), il demeure que la moquerie, la satire et même la bêtise reste un privilège (non un droit) qui découle de notre droit à la libre expression. Selon moi, Il faudrait utiliser ces privilèges de façon modérée, iintelligente i.e avec une certaine sensibilité.
J’hésiterais à me moquer (de manière virulente) de mon voisin sachant que mes moqueries le blesse profondément!
Bref, il ya sûrement des façons de critiquer les travers d’autres cultures que l’insulte ,la satire ; fussent-elles drôles,plates ou sans intérêt!!

« Avec Le dictateur, Chaplin a fait un film complet autour de Hitler et de la déportation des Juifs. On y rit franchement, souvent et de bon cœur. Allez expliquer à Charlot qu’il avait tort et qu’on ne peut pas rire de l’Holocauste : j’ai hâte d’entendre votre argumentaire. »

Pas besoin de le faire.
http://www.theguardian.com/world/2008/aug/03/france.pressandpublishing
http://en.wikipedia.org/wiki/Laws_against_Holocaust_denial

Renseignez-vous avant d’écrire, SVP.

Souvenons-nous qu’ici même, au Québec, nos ayatollahs séparatistes voulaient INTERDIRE l’excellent humoriste, Sugar Sammy, de continuer de faire ses spectacles parce qu’il (ô horreur) s’attaquait à leur grande majesté…

Peut-être devrions-nous commencer par nous décoincer non?