L’image du maire Coderre ternie par le «flushgate»

Quand la poussière sera retombée sur cet épisode, quand une nouvelle couche de sédiments se déposera au fond du fleuve, il faudra bien aborder le problème sous un nouveau jour.

Photo: Paul Chiasson/La Presse Canadienne
Photo: Paul Chiasson/La Presse Canadienne

«Les choses roulent rondement», a commenté Denis Coderre peu après le lancement de l’opération de déversement de huit milliards de litres d’eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent. «La merde coule à flots» serait une description plus juste de la réalité.

Sur les douze coups de minuit, la Ville de Montréal a ouvert ses valves pour assécher un intercepteur de 30 km de long, un gigantesque égout où seront réalisés des travaux d’urgence dans les sept prochains jours.

Il est trop tard pour reculer maintenant. Le blocage du pont Mercier par les Mohawks, mardi en soirée, est un coup d’épée dans l’eau. Si les opposants au projet (environnementalistes, Premières Nations, maires des villes riveraines) avaient été plus sérieux, ils auraient demandé aux tribunaux de se saisir de l’affaire pour obtenir une injonction et interrompre les travaux.

Quand la poussière sera retombée sur cet épisode, quand une nouvelle couche de sédiments se déposera au fond du fleuve, il faudra bien aborder le problème sous un nouveau jour.

Le «flushgate» de Montréal n’est pas un phénomène isolé. En 2013, le ministre des Affaires municipales a répertorié 45 000 débordements d’eaux usées dans les cours d’eau, comme le rapporte aujourd’hui La Presse. Les systèmes de traitement des eaux usées sont conçus selon le même modèle. En cas de surcharge des conduites, le trop-plein est redirigé vers un fleuve, une rivière… En toute discrétion.

Les Québécois doivent une fière chandelle au maire de Montréal. Avec ses méthodes frustes, Denis Coderre a braqué les projecteurs sur un réel problème environnemental qui dépasse les frontières du Québec. Il est à espérer que la nouvelle ministre fédérale de l’Environnement, Catherine McKenna, assumera un leadership pour en arriver à mieux protéger les cours d’eau des méfaits de l’activité humaine et de la petite politique. Et à Québec? À moins d’un remaniement ministériel, il ne faut pas entretenir de grands espoirs. Le ministre de l’Environnement, David Heurtel, n’a pas su exiger des comptes de la Ville de Montréal et tenir tête à Denis Coderre. Il s’est trop vite rallié à la position du maire, selon lequel la Ville n’avait pas d’autres options.

Le maire Coderre a mené les Montréalais en bateau dans l’affaire du déversement des eaux usées. Il a d’abord affirmé que les travaux d’assèchement étaient nécessaires pour aménager de nouvelles chutes à neige (à Montréal, la neige est déchargée dans les égouts à la suite des opérations de déblaiement). Les travaux sont surtout la conséquence de la dégradation de cintres installés en 1997 dans l’intercepteur.

Des blocs de neige non fondue accrochent les parois de l’intercepteur et ils contribuent à la dégradation des cintres. Si ceux-ci se détachent, ils risquent d’endommager les convoyeurs et les pompes de la station d’épuration. Ces fichus cintres, montrés par le maire mardi en conférence de presse, sont arrivés bien tardivement dans le débat.

Une question toute bête me vient à l’esprit. Et s’il y avait un moyen d’intercepter les débris en aval du réseau, avant qu’ils ne se rendent aux pompes? C’est vrai, il est trop tard maintenant pour envisager des solutions de rechange.

La Ville de Montréal respecte en tous points les conditions imposées par le ministère fédéral de l’Environnement. Le déversement sera le plus suivi et le plus encadré de l’histoire moderne, a rappelé le responsable des eaux usées à Montréal, Richard Fontaine. Le déversement aura un impact négligeable sur le fleuve et son écosystème, assurent des experts indépendants ayant été appelés à étudier le projet.

Vrai, vrai et vrai. Et pourtant, l’histoire sonne faux. Le «flushgate» a montré un côté sombre de Denis Coderre. C’est un homme politique allergique à la critique, un tantinet autoritaire, totalement déphasé par rapport aux préoccupations environnementales des Québécois au XXIe siècle. Peut-on lui rappeler qu’on est aussi en 2015 en matière d’environnement?

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10 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Si coderre est si content de son coup, j’aimerais ça qu’il boit un verre d’eau du fleuve devant les medias, sans radio canada !

Vous M. Viateur, en auriez-vous bu un verre d’eau du fleuve avant le déversement? Avant toute cette histoire?

Val d’Or, le flushgate… Le Québec médiatique a toujours les yeux fixés sur les effets plutôt que les causes. C’est plus imagé et croustillant, cela donne lieu à de bons reportages. Il y a un mois, tous les journalistes faisaient le pied de grue à Val d’Or, hier ils flairaient le Saint-Laurent à plein nez, guettant le moindre effluve. Pourtant, le traitement des autochtones du Québec mériterait une réflexion beaucoup plus large que celle d’une enquête politico-policière, et le retard qu’a pris le Québec dans le traitement des eaux depuis des décennies mérite d’être mis en perspective. En 1970, l’Ontario traitait une grande partie de ses eaux usées municipales, alors que le Québec ne faisait strictement rien. Il est en mode rattrapage depuis, mais à pas de tortue.
Les titres des médias devraient plutôt se lire, dans ces deux cas: « racisme ethnique », « impéritie environnementale ». Cela mérite un traitement beaucoup plus approfondi.

Toute cette histoire me laisse totalement perplexe. Encore une fois la frustration globale et normale réveille la grogne populaire. C’est inacceptable, tout le monde est d’accord, mais, ça prend un coupable. Quelqu’un sur qui il faudra taper, tenir responsable. Mettre un nom sur « le flushgate » (quelle connerie médiatique stupide ce terme), quelqu’un sur qui le peuple, friand de chasse aux sorcières, pourra lancer ses cailloux. C’est beaucoup plus commode que d’avoir à accepter que c’est peut-être la situation qui est problématique et coupable par le fait même. Mais comment lancer des cailloux à une situation? Comment lancer des pierres à l’usure normale d’un système d’égouts qui tôt ou tard auraient eu besoin d’être rénové ou amélioré. Comment expliquer à la plèbe que parmi tous les gens responsables de ce dossier, personne mais absolument personne n’est d’accord et n’éprouve pas un sentiment d’impuissance. Comment peut-on laisser sous-entendre, très subtilement, que c’est par je-m’en-foutisme ou pire, par machiavélisme sordide que certain ont agi. Mais non, ça prend un coupable. Et c’est vous M. Myles qui avez pris le flambeau, pourquoi ne pas profiter de l’occasion pour semer le doute, alimenter la frustration générale, mousser le manque de perspective, attiser le populisme facile. Votre texte n’est pas mauvais, il est seulement teinté de cette touche populaire caractéristique d’un journalisme orienté vers le spectaculaire plutôt que vers la véritable information. Le titre en est très éloquent d’ailleurs. C’est un blog vous me direz… Ben justement, vous auriez pu enfin nous démontrer dans le détail l’ensemble du problème et nous permettre, par le fait même, de juger de la décision finale, celle qui a été prise.

Moi je suis sidéré pour avoir appris que Toronto et d’autres villes canadiennes faisaient la même chose que Montréal.
Je ne blâme aucunement Monsieur Coderre qui ne peut en un claquement de mains refaire l’ingénierie de ces tuyaux…
Bref, le maire doit vivre avec cette réalité. Je préfère mettre de l’avant les bons coups de M. Coderre avant de disséquer
ce dossier. Mais., à partir de ce jour on devra savoir ce qui vient de l’Ontario dans la rivière des , avant de
crier après le maire de Montréal…

« L’image du maire Coderre ternie » Seulement ternie! On est gentil avec monsieur le maire: J’ouvre mon téléviseur, je vois le maire Coderre dans une grande colère à propos des eaux usées de Montréal versées dans le fleuve : Je suis tout de suite fière de ce Maire défendeur du bien commun, mais… C’est pas vrai ! Il défend le droit de jeter directement les eaux usées, en quantité industrielle, directement dans le fleuve ! ! ! OH ! Jamais mon admiration pour quelqu’un n’aura pris un débarque aussi spectaculaire ! Terrassée, je m’intéresse à la chose. 1. Des milliers de litres de cette eau usée déversées dans le fleuve, chaque jour et ce durant une semaine MAIS c’est pas grave, ça représente une quantité négligeable par rapport à la masse d’eau contenue dans le fleuve… (Bon, je me sens déjà mieux…) 2. C’est pas si pire, de nombreuses municipalités déversent leurs égoûts directement dans le fleuve, et ce depuis des années ! (Franchement ! Je me suis énervée pour rien moi là !) 3. Pourtant, des milliers de québécois s’abreuvent à cette eau du fleuve, et mangent du poisson pêché dans ce fleuve alimenté par toute cette merde en provenance des égoûts de résidences, des hôpitaux, de divers laboratoires, d’usines diverses, etc. J’ai lu quelque part que nous sommes ce que nous mangeons… (Ça m’a rappelé ce film de Falardeau généreusement teinté de brun… Diire que j’ai cru que Falardeau avait exagéré cette fois là…) // Au lieu de trouver un coupable, si on cherchait des solutions pour corriger la situation définitivement ? ? ? Mais oui ! une solution a été trouvée. BRAVO ! Ils vont réduire la quantité d’engrais utilisé par les cultivateurs riverains… (Je me disais bien aussi que les cultivateurs devaient être responsables. comme d’habitude, de toutes formes de pollution…) // Croyez-le ou non, mais quelqu’un a trouvé le moyen d’en accuser « le racisme »… Ne tentez plus de noyer le poisson, il est déjà mort empoisonné. Il y a longtemps que j’ai choisi de rire pour ne pas pleurer.

Quand même étonnant que la ville de Toronto et Victoria B.C. font la même chose à tous les jours 12 mois par année sans que personne ait rien à redire. Quelle hypocrisie! Au moins le maire Coderre a eu la gentillesse d’en parler et d’aviser la population. Et ça lui retombe sur la tête. Bravo Denis Coderre pour votre franchise.

Euh…c’est que Coderre a fait preuve de « franchise » seulement lorsque les journalistes ont éventé l’affaire…

Au final, il s’en est tiré pas si mal.

Le « flushgate » s’est terminé 3 jours PLUS TÔT que prévu et sans qu’aucun avis d’ébullition ne soit promulgué, et Coderre est en train de se rattraper avec ses commentaires sur les attentats de Paris.