L’important, c’est de gagner…

Une majorité conservatrice n’est plus un scénario à exclure le 21 septembre au matin, auquel cas un certain nombre de groupes pourraient se réjouir du retour d’ascenseur à venir, à commencer par le lobby pro-armes. 

Photo : Daphné Caron

C’est en ces termes que certains au sein du lobby des armes à feu ont accueilli le virage d’Erin O’Toole au sujet des intentions d’un éventuel gouvernement conservateur en matière de contrôle des armes à feu.

La phrase pourrait aussi bien servir de slogan officiel à la campagne du leader du Parti conservateur du Canada (PCC).

Dans la foulée du débat de TVA, jeudi dernier, la question des armes à feu a occulté la tournée de M. O’Toole, au détriment de tous ses autres messages.

Pendant trois jours, les journalistes qui le suivent l’ont talonné, en vain, pour qu’il réconcilie sa déclaration du débat des chefs voulant que son parti maintienne la prohibition de 1 500 armes d’assaut reclassées l’an dernier par les libéraux et son programme électoral qui prescrit le contraire.

Pour mettre fin à une controverse qui risquait de plomber sa formation dans les intentions de vote, M. O’Toole a fini, dimanche, par larguer la section de son programme qui touche aux armes à feu. 

S’il devient premier ministre, il maintiendra les restrictions mises en place par les libéraux, le temps de confier à des experts indépendants (néanmoins triés sur le volet par son gouvernement) une révision de la liste des armes prohibées. 

Si certains ténors du lobby des armes ne s’émeuvent pas de ce revirement, c’est parce qu’ils sont convaincus qu’il s’agit d’un recul strictement stratégique.

Selon eux, l’important d’ici le 20 septembre, c’est de s’assurer d’une victoire conservatrice. Le reste — croient-ils — finira par suivre. À leurs yeux, la nouvelle position d’Erin O’Toole est accompagnée d’un clin d’œil bienveillant dans leur direction. 

Pour autant, d’autres, issus de la même mouvance, ne cachent pas leur déception. 

Le doute, dans un sens ou dans l’autre, est permis.

À la même période ou presque l’an dernier, Erin O’Toole, alors candidat au leadership conservateur, se faisait fort non seulement d’annuler les initiatives du gouvernement Trudeau, mais également de passer au peigne fin toutes les lois en matière de contrôle des armes à feu adoptées depuis 1977 avec l’idée de les abroger en tout ou en partie. 

Cela lui avait valu l’appui actif du lobby pour les armes à feu, un groupe important et influent au sein du Parti conservateur fédéral, y compris au Québec. 

Les conservateurs qui se disent confondus par le recalibrage de la position de leur chef ne sont pas les seuls partisans de la première heure d’Erin O’Toole à se sentir trahis. 

Sa décision, seulement quelques mois après sa victoire à la direction, de se rallier au concept de la tarification du carbone était en porte-à-faux avec les attentes qu’il avait entretenues pendant sa course à la direction du parti. 

Les remous de ce virage se sont apaisés devant la performance actuelle du parti dans les intentions de vote, mais aussi depuis qu’il est devenu évident que la mise en place de politiques moins contraignantes en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre est toujours à l’ordre du jour des conservateurs.

Rien n’empêche qu’en comparant l’aspirant premier ministre qui fait campagne en vue de l’élection du 20 septembre au candidat au leadership qu’était Erin O’Toole, on pourrait parfois croire qu’il y a erreur sur la personne. 

À l’époque, il se présentait comme un conservateur « bleu foncé » pour mieux courtiser les éléments les plus à droite de sa formation, y compris la droite religieuse, le lobby des armes et les climatosceptiques. 

Aujourd’hui, il porte plus volontiers des habits de Red Tory, l’aile du parti qui s’identifie aux valeurs progressistes. M. O’Toole se réclame même pour ce faire de Brian Mulroney. 

Pour certains chroniqueurs, cette performance digne d’un caméléon relève d’une élasticité stratégiquement louable. Les critiques du chef conservateur y voient plutôt une facilité déconcertante — même dans le cadre d’une campagne politique où bien des pirouettes verbales sont permises — à tenir un double langage. 

Chose certaine, on peut croire à la lumière de la souplesse idéologique dont fait preuve M. O’Toole qu’à la tête d’un gouvernement minoritaire, il n’aurait pas de difficulté à larguer l’essentiel de sa plateforme électorale pour s’assurer de demeurer au pouvoir. 

Mais dans l’hypothèse d’une victoire majoritaire, on peut tout autant se demander s’il offrirait plutôt un retour d’ascenseur aux factions à qui il doit son poste de chef. 

Quelqu’un quelque part semble en voie de se faire passer un sapin.

S’agit-il des progressistes qui se reconnaissent mieux dans le personnage qu’Erin O’Toole incarne dans la campagne électorale que dans ses prédécesseurs ou de la droite pure, dure et religieuse qui l’a aidé à devenir chef ? L’histoire ne le dira pas avant le 20 septembre. 

Répondre au commentaire de NPierre

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Bonjour Madame Hébert

Merci d’éclairer mes réflexions depuis des années.
Depuis quelques jours toute l’attention est mise sur les contradictions de Monsieur O’Toole.
Tout cela occupe le devant de la scène et fait oublier l’odieux d’avoir déclenché des élections en pleine montée de la 4e vague juste pour le profit personnel de Trudeau.
Peu actif pour le climat.
Il braille depuis 4 ans sur le sort des autochtones sans agir réellement, sauf des nominations.
Plusieurs autochtones ordinaires n’ Pas d’eau courante.

Pour les armes il vient lui aussi de changer d’idée en rendant la remise de certaines armes obligatoires alors qu’il avait mis cette remise volontaire.

Sérieusement, considérant son manque d’authenticité (acteur); l’égoïsme de cette élection; ainsi que des moments d’arrogance qui s’approchent de l’attitude de son père, j’aImerais vraiment qu’il se retrouve avec moins de sièges et non pas d’une majorité. L’arrogance serait à la hausse.

Aurez-vous le temps de parler de ses travers? Je l’espère.

Merci encore pour votre éclairage régulier (radio, télé, écrits) qui augmentent ma compréhension et mon discernement.

Nicole S.

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Je partage vos propos mais sans toute fois être racoleur je rajouterais ceci c’est malheureusement encore un BOYS CLUB . . J’ai la nette impression que c’est comme un concours de petit gars à savoir: qui fait …le plus loin. C’est d’une tristesse désolante d’un vide du vacuum . Pas de vision pour le long terme. Mon père aurait dit ceci: pourriez-vous arrêter de vous engueuler et passer aux choses importantes……Le CLIMAT. Nous nous dirigeons directement dans le mur quand je dis nous je parle bien sur de l’humanité. mais à voir le comportement des gens je me demande si nous pouvons toujours utiliser le vocable humain.

En Occident, les gouvernement sont tous en train de basculer à droite sinon
droite radicale . Ne restaient de gouvernements progressistes que les Macron, Merkel et Trudeau. Macron risque de voir le pouvoir lui échapper aux mains de Marine Le Pen.. Trudeau, quant à lui, est la cible d’une campagne médiatique qui joue clairement en sa défaveur. L’économie canadienne se trouvait dans la meilleure position mondiale pour traverser la pandémie. Autant les américains. que les anglais ou encore les français n’ont pas hésité à ouvrir les coffres de l’Etat. Trudeau a fait la même chose et ici on ne cesse de lui accoler l’étiquette de dépensier. Le Canada est toujours coté AAA en septembre 2021. La CAQ s’en peut plus devant la reprise économique qui s’annonce! Merci! Canada.. Vous voulez que le Canada, provinces et gouvernement central, se laisse emporter par la déferlante ultra conservatrice? Pétrole, armes à feu, frein à toutes ces avancées de longue haleine remportées par les femmes et les LGBTQ .. avancez par en arrière! Faut vraiment être très malins pour rejeter la modernité pour un retour au monde traditionnel de nos ancêtres!! Le réveil risque d’être brutal!

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Bien dit, c’est épeurant. Je ne comprendrai jamais pourquoi le média veut tant que la droite gagne.
Les Américains se sont tous fait dire que Roe vs Wade était là pour rester et puis là, on voit ce qu’il arrive au Texas.
Les médias ne parlent même pas du coût des promesses de O’Toole, plus de 100Milliards, seulement en promesses directes, ce qui exclu les crédit d’impôt (surtout pour les riches et compagnies) et d’autres promesses non chiffrées.
Malheureusement, le NDP a sa part de responsabilité, pour gagner, Jagmeet est prêt à mentir, il le fait trop souvent. Trudeau n’est pas contre pharmacare comme il le prétends, il vient de signer une entente avec l’ IPE.
C’est un non sense qu’un pays qui est à 70% centre-gauche soit pris avec un gouvernement de droite à cause du partage des votes.
Je ne comprends pas pourquoi certains détestent Trudeau autant, il est loin d’être parfait, mais certain le détestent tellement, c’est viscéral.
En espérant que les Canadiens se réveillent avant qu’il ne soit trop tard et qu’on ne s’Americanise pas davantage.

L’histoire des armes à feu est de la pure démagogie de part et d’autre. Nous avons déjà un des meilleurs contrôle des armes à feu mais ça n’empêche pas le crime organisé de s’entretuer à qui mieux mieux. Les politiciens se cantonnent dans des projets carrément inefficaces et dépensent notre argent avec des registres et des ci et ça au lieu de s’attaquer aux vrais problèmes, le crime organisé et la frontière Canada-ÉU qui est tellement poreuse que les armes passent en grande quantité.

Les politiciens ne veulent pas s’attaquer à ces problèmes parce que c’est difficile et que c’est du travail qui se fait derrière les rideaux, sans gloire et ça ne donne pas de votes. Sortez des registres et des prohibitions inutiles et vous avez plein de votes et l’autre chef lui, veut défaire ce que son adversaire a fait. C’est pas sérieux mais les électeurs, surtout des villes, gobent à peu près n’importe quoi!

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Comme je l’ai déjà dit et écrit quelquefois, le rôle qui revient à un Premier ministre, c’est d’occuper le centre. On pourrait dire encore le centre de l’échiquier. Il n’est pas surprenant que monsieur O’Toole — qui peut actuellement nourrir quelques espoirs de former le gouvernement -, qu’il ait choisi de se positionner au centre.

Cette position est naturelle pour un homme qui se présente comme un rassembleur. Pour devenir chef du Parti conservateur, il devait rassembler les membres de son parti. Pour devenir Premier ministre, il doit rassembler tous les Canadiens, ce qui inclut des citoyennes et des citoyens modérés et progressistes qui ne sont pas fermés à certaines valeurs conservatrices.

Le fait d’avoir reçu des conseils de la part de Brian Mulroney est habile. Mulroney a plutôt laissé un bon souvenir lorsqu’il était Premier ministre. Il avait contribué à envoyer une image très positive du Canada dans le monde. Modéré, juste et pragmatique.

Monsieur O’Toole est clair dans sa démarche. Il estime que le Canada a changé, qu’on doit prendre en compte ce qu’est devenu le pays, qu’on ne peut pas appliquer laconiquement les valeurs conservatrices qui prévalaient encore sous Harper, sans discernement.

La formation d’un gouvernement majoritaire, comme le précise Chantal Hébert est encore plus qu’hypothétique. Dans cette perspective, il devient difficile de concevoir que les gros canons de la droite mur à mur, puissent imposer leur volonté omnipotente contre ce qui relève de l’intérêt public et du bien commun.

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