L’indépendance de l’UPAC passe par l’Assemblée nationale

Il ne suffit pas d’affirmer que l’UPAC est à l’abri des pressions politiques et que ses enquêtes ne subissent aucune ingérence.

Photo: Clement Allard/La Presse Canadienne
Photo: Clement Allard/La Presse Canadienne

PolitiqueL’indépendance est un concept à géométrie variable pour le patron de l’Unité permanente anticorruption (UPAC), Robert Lafrenière.

Lors de l’étude du bilan annuel de l’UPAC, lundi à l’Assemblée nationale, M. Lafrenière a réclamé une indépendance totale pour son escouade. «Une de mes ambitions, c’est de devenir un corps policier en soi», a dit le commissaire à la lutte contre la corruption. S’il n’en tenait qu’à lui, aucun autre corps policier, mis à part l’UPAC, ne devrait enquêter sur la corruption, l’abus de confiance et la fraude envers le gouvernement.

Dans cet esprit, on pourrait s’attendre à ce qu’il accepte d’être nommé par les deux tiers des membres de l’Assemblée nationale, comme le sont d’ailleurs le directeur général des élections, le vérificateur général et le protecteur du citoyen. Eh bien non.

M. Lafrenière n’est pas «favorable à ça». Il est très à l’aise avec le mode de nomination actuel, en vertu duquel le ministre de la Sécurité publique désigne le patron de l’UPAC pour un mandat de cinq ans renouvelable.

La situation n’est pas banale. L’UPAC ne traque pas les voleurs de dépanneurs. Elle a le quasi-monopole des enquêtes sur la corruption des titulaires de charges publiques au Québec. Depuis plus de deux ans, l’unité enquête d’ailleurs, sans succès apparent, sur le financement illégal du PLQ.

Il ne suffit pas d’affirmer que l’UPAC est à l’abri des pressions politiques et que ses enquêtes ne subissent aucune ingérence. Les apparences de proximité, auxquelles le public est si sensible, exigent la plus grande prudence.

Pascal Bérubé, critique du PQ en matière de sécurité publique, s’est longuement penché sur le mode de nomination du patron de l’UPAC, qui réclame d’ores et déjà le prolongement de son mandat pour cinq ans (à compter de mars 2016). «Il n’est pas normal […] que le gouvernement choisisse l’enquêteur en chef des dossiers de corruption, et les dossiers de corruption, ça inclut notamment le financement des partis politiques», a dit le député de Matane-Matapédia.

Le gouvernement Couillard n’aurait pas de difficulté à convaincre les partis d’opposition à changer le mode de nomination du patron de l’UPAC. Un tout petit vote suffirait. Cette modification à la loi n’aurait aucune incidence sur la marge de manœuvre et la force de frappe de l’UPAC. Elle dénoterait le sérieux que les libéraux portent à la lutte contre la corruption, à tous les échelons de la politique.

Les plus populaires