L’ingrédient clé du gouvernement Harper : une discipline de fer

L’économiste Stephen Gordon explique comment les conservateurs ont réussi leur pari de l’austérité.

Photo : Bernard Weil/Toronto Star/Getty Images
Photo : Bernard Weil/Toronto Star/Getty Images

Politique

Le gouvernement de Stephen Harper a bien sûr fait quelques tours de passe-passe comptable pour faire disparaître le déficit. Mais il y est parvenu surtout grâce au contrôle sans précédent exercé sur les dépenses de l’État depuis cinq ans.

L’atteinte de l’équilibre budgétaire a été annoncée il y a cinq ans. Le gouvernement s’est donné un plan pour réduire le déficit de 55,6 milliards de dollars en 2009-2010 à 1,8 milliard de dollars en 2014-2015 . Au final, le déficit s’élève à 2 milliards dans le budget 2015.

Le déficit de 55,6 milliards s’explique en grande partie par la récession et les mesures fiscales de relance qui ont suivi. Même si le gouvernement n’avait rien fait, le déficit se serait creusé. D’une part, durant une récession, les salaires et les dépenses de consommation reculent, réduisant d’autant les rentrées fiscales. D’autre part, les dépenses des programmes comme l’assurance-emploi augmentent.

À l’inverse, l’élimination du déficit au cours des cinq dernières années s’est aussi faite de façon automatique, ou presque. L’économie a pris du mieux, et les mesures de relance ont graduellement été éliminées.

Le gouvernement s’est toutefois donné un défi supplémentaire en allant de l’avant, en 2010, avec une réduction de deux points de pourcentage de la TPS. Cette mesure clé des conservateurs a amputé les revenus fédéraux de 12 milliards par année.

Au même moment, et ce n’est pas une coïncidence, un déficit structurel d’environ 12 milliards de dollars apparaissait dans les prévisions budgétaires du Canada une fois la récession complètement terminée.

Comme augmenter les impôts n’était pas envisageable pour les conservateurs, ils se sont concentrés sur les dépenses. Et comme ils formaient un gouvernement minoritaire en 2010, des compressions importantes et rapides auraient été politiquement risquées. Les conservateurs ont plutôt choisi de mener une guerre d’usure pour éliminer le déficit. Au lieu de réduire les dépenses de façon brusque, le gouvernement s’est donné comme objectif de les faire croître moins rapidement que les revenus.

La stratégie avait pour but de minimiser autant que possible les attaques de ses adversaires politiques. Les conservateurs s’engageaient à laisser les paiements de transfert aux particuliers et aux provinces augmenter avec le PIB, mais ils gèleraient les dépenses de programmes directes.

En l’absence d’importantes baisses d’impôt — il n’y en a eu aucune au cours des cinq dernières années —, les recettes fiscales ont augmenté plus ou moins au même rythme que le PIB. En gelant les dépenses de programmes directes, le gouvernement s’est assuré que, même si ses dépenses totales ont continué d’augmenter, leur croissance a été plus lente que celle de ses revenus. Tant que la croissance des revenus dépasse celle des dépenses, le déficit s’amenuise progressivement.

Ce genre de plan est facile à concevoir, mais difficile à exécuter. Puisque les coûts des services publics augmentent avec l’inflation et la croissance démographique, garder le même niveau de dépenses signifie mettre la hache dans les programmes et la fonction publique.

Les politiciens préfèrent généralement présenter les mauvaises nouvelles d’un seul coup : une série d’annonces de compressions, suivie d’un retour rapide à la croissance «normale» des dépenses. (Ce fut la stratégie adoptée dans les années de Jean Chrétien et Paul Martin.) Faire patienter ses électeurs pendant cinq ans peut engendrer suffisamment d’insatisfaction chez eux pour faire reculer le gouvernement.

C’est pourquoi il est remarquable à quel point les prévisions du budget de 2010 ont été respectées.

En 2010, le gouvernement fédéral prévoyait dépenser 257,7 milliards de dollars sur ses programmes de 2014-2015. C’est 1 % de plus que les 254,6 milliards qui ont été dépensés selon le budget de 2015.

Même les dépenses de programmes directes — le poste budgétaire où les compressions seraient parmi les plus sévères sous le régime d’austérité imposé par les conservateurs — ont finalement été 1 % plus basses que prévu : le fédéral y a consacré 116,1 milliards en 2014-2015, alors que le budget de 2010 prévoyait des dépenses de 118,2 milliards de dollars.

Au fil des ans, les prévisions sur cinq ans inscrites au budget fédéral étaient devenues l’objet de risée. Mais dans le cas des budgets conservateurs, celles-ci sont devenues utiles pour prédire comment le gouvernement de Stephen Harper entend gérer l’argent des contribuables.

Faire appel à la même stratégie d’une année à l’autre peut fournir un certain élan à un gouvernement, mais imposer de véritables changements requiert l’investissement de capital politique. Si le gouvernement fédéral devait à nouveau augmenter ses dépenses au même rythme que la croissance économique, ce serait suffisant pour transformer les maigres surplus prévus dans le budget de cette année en gros déficit.

Stephen Gordon est professeur titulaire au département d’économique de l’Université Laval à Québec.

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21 commentaires
Les commentaires sont fermés.

En tout cas pour moi c’est pas ce qui vas me faire voter pour lui…je l’ai en horreur et celà changeras pas…je le trouve mal honnête envers les plus pauvres et la classe moyenne et il as le don d’aller chercher de l’argent dans des surplus pour balancer ses comptes…un vrai policien est plus honnête envers son pays que lui…quand tu es capable d’envoyer le pays en guerre en Iran margré l’opposition du peuple en général tu es capable de bien des chose…

Je reprend votre phrase : « il as le don d’aller chercher de l’argent dans des surplus pour balancer ses comptes… » Je vous pose la question, si vous avez bien lu le texte de M. Gordon, d’où proviennent vos surplus, sinon d’une discipline de fer (alors qu’il n’y a pas eu de hausse d’impôt)? En passant la directeur parlementaire du budget indiquait que les baisses d’impôt des conservateurs ont profité principalement aux plus pauvres et à la classe moyenne, c’est plate, ça scrape une belle histoire.

http://www.pbo-dpb.gc.ca/files/files/Fiscal_Impact_and_Incidence_FR.pdf

Les surplus viennent de la caisse de l’assurance-emploi entre autres. Quant au rapport du DPB, lisez-le attentivement, il faut aller plus loin que l’encadré. Lorsque le DPB déclare que « les changements apportés au régime fiscal depuis 2005 … profitent surtout aux personnes à revenu faible à moyen », c’est en pourcentage relatif au revenu. Sauf qu’un gros pourcentage sur un petit nombre demeure un petit nombre, encore moins quand le pourcentage est relativement petit – le DPB parle ici de 4 % – et un petit pourcentage sur un gros nombre donne un gros nombre d’où la précision apportée par le DPB :« Les gains financiers découlant des mesures prises quant à l’IRP et à la TPS/TVH depuis 2005 favorisent particulièrement les ménages à revenu élevé, lorsqu’ils sont exprimés en dollars absolus ».

Le DPB fait une observation importante dans son rapport lorsqu’il déclare que « [l]es diminutions du taux d’imposition fédéral réduisent les recettes fédérales, ce qui a un effet corolaire sur le niveau et la composition des dépenses de programme et/ou de la dette publique. Par exemple, la réduction d’un taux d’impôt régressif peut accroître la progressivité du régime fiscal, mais si la perte de recettes correspondante mène à l’élimination d’un programme progressif, l’incidence distributive du changement sur le bien-être de l’ensemble des strates de la population serait ambiguë et ne pourrait être déterminée qu’au prix d’un examen rigoureux. »

Ah…l’assurance-emploi… Comme elle a le dos large.

C’est drôle mais lorsque l’assurance-emploi est déficitaire et que notre gouvernement fédéral doit la renflouer, aucun gauchisto-séparatiste ne dit mot! Mais aussitôt qu’il y a une surplus, on veut immédiatement s’en emparer pour le dilapider aux 4 vents.

Je me souviens même qu’un écervelé syndical était allé jusqu’en Cour Suprême du Canada pour mettre la main sur les surplus de l’époque et il avait PERDU sa cause bien évidemment.

Le gouvernement fédéral ne contribue pas à la caisse de l’assurance-emploi. S’il advenait un déficit, il serait comblé par les participants (employeurs-salariés) en augmentant les cotisations. Les règles et les mesures pour recevoir l’assurance-emploi sont assez stricte pour que l’argent soit dépensé correctement.

Puisque cette caisse est dédiée aux chômeurs, c’était le devoir des représentants des travailleurs de revendiquer devant la justice que l’argent reste dans la caisse pour servir sa mission.

L’ Armée canadienne est allé en Iraq et non en Iran! Et selon les sondages plus du 3 quarts de la population était d’ accord avec la décision du gouvernement Harper!!! Vous dites malhonnête envers les plus pauvres et la classe moyenne!!!! C’ est justement ces gens -la que le dernier budget Harper favorisent au détriment des riches!! Alors pourquoi vous contre Harper et son gouvernement? Vous parlez des deux côtés de la bouche M. Labonté et vous êtes tellement habitué de les hair que vous ne savez pas pourquoi!!

Vous avez la mémoire courte! Il y a eu des coupures considérables dans les programmes qui touchaient les Canadiens et les conservateurs tentent d’équilibrer leur budget sur le dos des contribuables, de l’environnement et au prix de ses relations internationales. Quelques exemples: ils ont fermé plusieurs bases de la garde côtière du côté Pacifique ce qui a rendu notre côte ouest extrêmement vulnérable aux déversements de pétrole – or, justement il y a une dizaine de jours un bateau a connu une petite fuite de pétrole… la garde côtière n’a pas été capable de réagir à temps et la petite fuite est devenue grosse et a touché plusieurs plages de Vancouver. Ils ont coupé dans les inspecteurs des viandes et on s’est retrouvé avec de la viande contaminée provenant d’Alberta. Ils ont fait une vente de feu de tout le côté science du fédéral nous rendant extrêmement vulnérables face aux défis de XXIè siècle sans parler de leur échec désastreux en matière d’environnement.

Et j’en passe. Oui, une discipline de fer inspirée par la droite évangélique et les républicains, une discipline idéologique qui ne connaît pas la flexibilité et gouverne non pas pour les Canadiens mais pour la petite clique conservatrice et leurs amis de l’industrie, en particulier le pétrole. Une discipline de fer qu’on retrouve généralement dans les dictatures et où le Parlement n’a pas grand chose à dire. La démocratie est une des plus grandes victimes du régime Harper et si vous êtes contents d’avoir un peu plus d’argent dans vos poches, ce sera au prix des nids de poule et des services gouvernementaux qui disparaissent peu à peu – les plus riches s’en fichent, c’est le 99% qui va écoper, en particulier les prochaines générations. Bravo pour votre article et pour cette belle discipline de fer!

Eh oui!! Harper est un démoniaque! Par contre il va être réélu aux élection d’ octobre 2015 par les contribuables Canadiens et en passant que viennent faire les nids de poules dans ce discour?

Donc si je suis votre raisonnement les contribuables AVEUGLES canadiens vont élire un DICTATEUR aux prochaines élections!!

C’ est méchant pour les contribuables , ne trouvez-vous pas?

Personne ne vous force à demeurer dan l’enfer que semble être notre beau et grand pays, Le Canada.

J’ai bourlingué de par le vaste monde et je puis vous affirmer sans l’ombre d’un seul doute que Le Canada fait l’envie de toute la planète et que notre passeport est regardé avec envie et respect partout dans le monde. PARTOUT!!!

Votre petit discours sur la « droite religieuse » etc… inspiré par une haine sans borne envers les Conservateurs (qui au demeurant sont en train de faire disparaître les dernières traces du Bloc au Québec…) est totalement déconnecté de la réalité et vous fait perdre le peu de vraisemblance que vous pourriez avoir eu.

Et vive la dictature. Il faut vraiment être aveugle et sourd pour ne pas voir à qui on a affaire! Harper a fait la démonstration très nette que le titulaire du poste de Premier ministre canadien a une somme indécente de pouvoirs dans les mains. Relisez Jeffrey Simpson… « The Friendly Dictatorship »

Quelle bel exemple de PROPAGANDE qui insiste sur des apparences de résultats et occulte les dérives démocratiques, les baillons, les projets de loi mammouth, le saccage des programmes scientifiques susceptibles de faire la lumière sur les exactions de ces CRÉATIONNISTES IDÉOLOGIQUES qui considèrent les hommes et les femmes de la classe moyenne comme faisant partis d’un TROUPEAU de travailleur-consommateurs au service de leur caste » JET-SET » en mal de comparaison sociale…

Un gouvernement qui distribura des petits bonbons pré-électoraux à même les réserves d’urgence et des revenus anticipés et illusoires…

Pas de Science = Pas de Preuves = Pas de Vérité = Pas de Démocratie….

Pour VRAIMENT connaitre à quel point Harper a défiguré le Canada, il faut absolument lire:

SCIENCE ON COUPE de Chris Turner…

Et pendant ce temps. le gouvernement insolvable du Québec veut un registre inutile qui va coûter des centaines de millions. Le Québec se plaint que le fédéral refuse de l’aider… à gaspiller! Sans l’oppresion fiscale qui y règne (i.e. hausser les taxes chaque année), le Québec serait la Grèce.

« le gouvernement insolvable du Québec » ( SIC)

Eric… C’est-là, ta connaissance des finances publiques et de la macro-économie ??? WOW… Petite démagogie, disons-nous….

AH! Ah! M. Réflecteur qui nous fait la leçon sur la démagogie! Elle est vraiment bonne! Lui qui nous abreuve de creationniste et idéologue pour décrire les conservateurs! Alors que les conservateurs ne sont pas plus idéologue que disons… Martine Ouellet ou Pauline Marois. À la lecture de ses commentaires, on sent une hargne et un ton hautement agressif, le voilà qu’il joue les vierge offensée et nous parle de démagogie. Alors, on a là le serpent qui se mord la queue…