L’insoutenable contradiction de François Legault

Malgré sa tentative de l’écarter en quelques lignes, la question nationale revient le hanter page après page.

J’ai passé une partie des derniers jours à lire attentivement le livre de François Legault, Cap sur un Québec gagnant. Pour une description de son contenu, j’invite les lecteurs à prendre connaissance de cet article d’Alec Castonguay. Pour ma part, j’en ferai une analyse plus politique.

Je dois dire d’entrée de jeu que le chef caquiste a bien du mérite. Il faut saluer un homme politique qui prend la peine de coucher sur papier sa vision d’avenir pour le Québec. François Legault a aussi le mérite de se prononcer sur certaines réalités que les politiciens évitent trop souvent d’aborder. Je pense en particulier à son plaidoyer en faveur du «beau», qu’il s’agisse d’architecture ou d’aménagement du territoire.

Son projet Saint-Laurent est principalement axé sur l’éducation, l’innovation, l’aménagement du territoire et le développement durable, avec le Saint-Laurent et ses berges comme point focal. Il est difficile d’être contre ça, surtout pour moi qui ait autrefois travaillé sur un plan de développement fort semblable.

Sauf sur une question centrale, qui est vite écartée dès les premiers chapitres du livre: je parle de la «question nationale», pour reprendre l’expression de François Legault. Malgré sa tentative de l’écarter en quelques lignes, la question nationale revient le hanter page après page.

Le chef caquiste affirme par exemple que la science et l’innovation sont au coeur du développement économique des pays avancés. C’est exactement la direction qu’a pris le gouvernement Marois dans sa politique économique. Mais comme il le souligne lui-même, le Canada est un cancre dans le domaine. Et je rajoute pour ma part que le gouvernement fédéral est anti-scientifique et que le financement de sa recherche intra-muros prend de plus en plus la route de l’Ontario et de moins en moins celle du Québec. Comment avancer dans une direction quand le pays auquel nous appartenons prend la trajectoire inverse?

François Legault affirme qu’il faut miser sur l’éducation et la formation, la direction prise par Québec. Ottawa va dans la direction contraire, notamment en foutant le bordel dans ce qui se fait déjà au Québec et ailleurs. Comment avancer dans ce domaine quand le pays auquel nous appartenons est déterminé à nous faire reculer?

Le chef caquiste a bien raison de vouloir reprendre possession des berges du Saint-Laurent et de faire du fleuve une véritable voie de transport et une zone récréo-touristique porteuse d’avenir. Laissons-le décrire lui-même ce qui fait obstacle à son plan: «Je souligne ici que nous devons compter sur le gouvernement fédéral afin qu’il assume sa part de responsabilités, notamment dans l’entretien des quais, qui est de son ressort. Son désengagement ces dernières années a rendu la situation carrément inacceptable. »

Un peu plus loin, il pose la question suivante: «Pourquoi ne pourrions-nous pas dire sous peu que le Québec est en voie de reconquérir le Saint-Laurent?» C’est simple, M. Legault, c’est parce qu’il nous faut demander la permission à Ottawa.

Même s’il évite le sujet dans son livre, tout indique que l’auteur voudrait que le nouveau pont Champlain soit beau et s’intègre au développement de Montréal de façon harmonieuse. Seulement, nous sommes aux prises avec la volonté d’Ottawa de construire «cheap», n’est-ce pas?

M. Legault mise sur le capital de risque et l’entrepreneuriat, mais il omet de mentionner qu’Ottawa veut démolir l’instrument qui lui a permis de sauver Air Transat à l’époque. Il parle d’ailleurs avec émotion de ce moment difficile de l’histoire de son entreprise et du coup de pouce névralgique donné par le Fonds de solidarité FTQ, sans lequel il aurait probablement fait faillite:

«Je vis le stress et les nuits blanches, c’est le lot de bien des entrepreneurs, en me demandant si nous pourrons payer nos employés le jeudi suivant. Normand Boulay et Denis Pétrin, du service des finances, font des ententes avec nos fournisseurs, mais ce n’est pas suffisant. Le Fonds de solidarité FTQ investira 4 millions de dollars, soit 1,6 million en actions à 80 ¢ par action (alors que le prix initial de l’émission publique avait été de 3$) et 2,4 millions en actions privilégiées

Le dernier chapitre est consacré à l’exploitation du potentiel pétrolier – encore hypothétique, précise-t-il avec raison – du Golfe Saint-Laurent. Le chef caquiste y fait un plaidoyer pour que le Québec s’inspire de la Norvège. Je suis bien d’accord, à condition de ne pas oublier que ce pays s’est séparé de la Suède en 1905 pour devenir un pays souverain.

M. Legault affirme qu’il ne faut pas rêver à la souveraineté, mais qu’on peut et on doit rêver à un projet mobilisateur, même si celui-ci se heurte constamment à l’obstacle fédéral. Il est incohérent. Prenez ces quelques phrases, qui pourraient s’appliquer aussi bien à son projet Saint-Laurent qu’au projet souverainiste:

«On m’accusera de n’être qu’un rêveur, de recourir à la pensée magique. Ce projet, diront les défaitistes, n’a aucune chance de se réaliser: trop gros, trop complexe, trop cher. Moi, je dis que nous portons notre destin entre nos mains. Donnons-nous les moyens de nos ambitions. Nous devrons nous faire confiance et plonger. Lorsque la peur nous fige et que nous n’entreprenons rien, il est certain que nous n’arrivons à rien.»

Bien dit. Pourquoi, alors, a-t-il baissé les bras et renoncé à convaincre les Québécois de nous «donner les moyens de nos ambitions» en faisant du Québec un pays?

Ce qui m’a le plus étonné dans ce livre, c’est l’aspect dirigisme d’État de son plan Saint-Laurent. M. Legault fait preuve d’un véritable volontarisme dans bien des domaines. Les passages sur la décontamination des terrains et sur l’aménagement urbain à Montréal sont parmi les plus intéressants. On y sent une véritable passion et un engagement sincère. En lisant cela, je me suis dit que François Legault s’était trompé de terrain politique. C’est à l’assaut de la mairie de Montréal qu’il aurait dû aller.

Au lieu de cela, en investissant l’arène politique québécoise et surtout en fusionnant le mouvement caquiste à l’ADQ, il s’est précipité dans une contradiction insoutenable. L’ADQ qu’il a ramassée n’était plus l’ombre de ce qu’elle était quand Mario Dumont la dirigeait. Ce parti ne reposait plus que sur une idéologie délabrée.

Dans son livre, il affirme soutenir «(…) l’idée de doter le Québec d’une politique nationale de l’architecture et de l’aménagement.» Comment concilier une idée aussi «péquiste» dans un caucus d’anciens députés de l’ADQ, tous allergiques au contrôle de l’État ?

Dans un autre passage, le chef caquiste fait l’éloge de l’ancien maire de Québec, Jean-Paul Lallier, l’ennemi juré de certaines radios de Québec, elles qui constituent le principal soutien de la mouvance adéquiste et la seule base politique qui reste encore à la CAQ.

Je le cite:

«Du reste, notre époque est moins favorable à la construction à tous crins d’infrastructures bétonnées qu’au réaménagement et à la revitalisation. Avant de faire surgir de notre sol de nouveaux immeubles et de nouvelles tours, il faut penser espace. Aménagement. Harmonie. Beauté. Intérêt public. Qualité de vie. Développement durable.»

Québec solidaire pourrait signer ces lignes sans rougir. Il s’agit pourtant des propos du chef des adéquistes populistes.

Ce passage est tout aussi suave: «Embellir et dynamiser nos villes, dépolluer le Saint-Laurent et décontaminer ses berges sont des objectifs nobles et désirables en soi. Les Québécois d’aujourd’hui et de demain en bénéficieront. Leur qualité de vie sera meilleure. Il s’agit d’un investissement rentable dont nous profiterons tous.»

C’est François Legault qui parle. Mais que dirait l’autre François Legault, celui qui dirige les troupes caquistes?

Et lorsque le visionnaire plaide pour de nouvelles dépenses de l’État, affirmant qu’on doit se donner les moyens de nos ambitions, comment réagirait le chef caquiste? Sans doute en affirmant, comme il l’a fait avec la politique économique du PQ, que le gouvernement n’a pas les moyens de ces ambitions:

«Le Québec ne peut pas se permettre d’avoir 2 milliards de dollars de nouvelles mesures. On n’a tout simplement pas cet argent-là. Qui va payer?»

Il y a un fossé énorme entre la vision haute, ambitieuse et interventionniste du livre et la politique souvent basse, sans envergure et anti-État menée par les troupes caquistes au jour le jour. En fusionnant sa CAQ avec les adéquistes de Québec, François Legault a commis une immense erreur stratégique. Retombé à 15% selon le dernier sondage CROP, son parti ne repose plus que sur cette base adéquiste, dont l’idéologie contredit tout ce qu’il met de l’avant dans son livre.

Monsieur Legault rêve de mettre le «cap sur un Québec gagnant», mais il s’est lui-même amarré au quai délabré de l’idéologie adéquiste.

Cette contradiction insoutenable s’apparente à un grand écart. Malheureusement pour lui, il y a des limites à la souplesse politique.

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François Legault, l’homme de toutes les contradictions
Quand il était député du Parti québécois (PQ), François Legault affirmait que « le Québec, comme province, est ingouvernable » et que, par conséquent, « le choix, il est entre le statu quo ingouvernable et une souveraineté payante ». Pour le souverainiste impatient qu’il était alors, il ne s’agissait pas là de petites chicanes entre ordres de gouvernement ou de mésententes liées à la mauvaise foi de certains politiciens, mais d’un « problème structurel ». La souveraineté n’était pas un grand projet désincarné, mais la condition sine qua non pour faire progresser le Québec à tous égards.
Aujourd’hui, le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) affirme que le Québec doit d’abord régler ses problèmes en santé, en éducation et en économie avant de songer à peut-être faire l’indépendance. Il martèle qu’il faut s’occuper des « vraies affaires » et mettre de côté, pour au moins dix ans, le projet de souveraineté.
Legault disait la souveraineté nécessaire pour s’attaquer vraiment aux problèmes du Québec. Aujourd’hui, il dit vouloir régler d’abord les problèmes afin de laisser l’avenir ouvert. Selon son ancienne logique, il se présente donc comme le meilleur candidat pour gouverner l’ingouvernable. Pour un homme qui emploie le mot « crédibilité » à toutes les deux phrases (mal construites, généralement), cette métamorphose est plutôt lamentable.
Dire une chose et son contraire semble être la marque de commerce de M » Legault.

M. Legault écrit qu’il va faire tout ça, pendant que le Québec est dans le Canada, comme il est là.

Morale de l’histoire : M. Legault est viré full-fédéraliste.

Bien honnêtement je n’ai pas lu le livre, j’ai lu en contrepartie l’excellent résumé de votre collègue Alec Castonguay et tout comme vous j’apprécie le travail réalisé par François Legault car tous les politiciens ne se donnent pas la peine de coucher sur le papier leur vision du Québec, un exercice d’autant plus admirable que François Legault a écrit son livre tout seul.

Quoique je n’ai pas lu cet opus, mon sentiment qui ressort est que monsieur Legault exprime une vision qui est celle qui prévalait dans le siècle de lumières ; notamment on retrouve en conclusion de Candide ou l’Optimisme de Voltaire, cette phrase devenue célèbre : « Le travail éloigne de nous trois grand mots : l’ennui, le vice et le besoin. (…) Il faut cultiver son jardin.»

Le fleuve et tous ses affluents sont en quelques sortes l’or bleu de ce grand et majestueux jardin du Québec, franchement il serait bien sot de ne pas donner à un ensemble si admirable toute la place qui lui revient. Même, on aura au fil du temps négligé de mettre un en valeur un si bel élément. S’il faut chercher un trait d’union entre les québécoises et les québécois quoi de plus magnifique qu’un fleuve.

L’appropriation et le développement d’un lieu ou d’un territoire, — surtout lorsque le travail implique toutes les composantes de la société –, a pour effet bénéfique selon-moi de transcender bien des clivages, incluant les clivages politiques. Je pense que cela permet de renforcer la détermination des gens, comme cela contribue à affermir l’estime de soi. Un groupe cohérent, une société fière de ses réalisations est toujours mieux outillée pour négocier ce qui lui est dû et ce qui lui revient. Lorsqu’on opère dans la fièvre, dans la division, en exaltant le ressentiment des gens, l’histoire ne démontre pas de grands résultats ou alors c’est le pire. Tout au plus, pour un temps limité, on obtient quelques sursauts identitaires, puis plus rien… juste après de l’indifférence.

Historiquement par exemple, le développement des Laurentides s’est fait parce que le Curée Labelle a eu une vision, elle a par le fait-même contribuée à réduire l’exode des canadiens français vers les États-Unis. C’est ce qu’on appelle en peu de mots : l’esprit pionner. C’est avec cet esprit-là qu’il faut cultiver notre jardin. C’est cet esprit-ci qui a permis à diverses nations d’émerger dans le monde ; pas par l’esprit de clocher avec des chicanes récurrentes comme celles avec Ottawa.

C’est l’insoutenable légèreté de l’être qui est porteuses de toutes les contradictions. Quand mon petit doigt me dit que monsieur Legault n’est sans doute pas le seul dans ce cas. D’ailleurs, c’est la contradiction qui fait l’homme et non pas l’homme qui est fait de contradictions.

— Nota : Vous faites partie des rares personnes qui savent que la Norvège et la Suède se sont séparées. Mais il convient de préciser que cette séparation s’est faite à l’amiable, par le consentement mutuel des « Diètes », en d’autres mots les Parlements respectifs. Il n’y eut pas pour se faire besoin d’un référendum gagnant. Lorsqu’on a une vision simple des choses, on parvient le plus généralement du monde à ses fins 🙂

Je vous remercie de m’avoir résumé ce livre et ce projet de Monsieur Legault. Effectivement, cela semble intéressant mais un peu idéaliste; surtout comme vous le dites si bien que nous ne possédons pas tous les pouvoirs pour le réaliser. Intéressant aussi d’analyser la contradiction de Monsieur Legault qui se sert du véhicule caquiste pour exprimer son point de vue et qui expose un projet qui n’aurait que le loisir de réaliser que s’il avait gardé son adhésion souverainiste…Enfin, peut-être va t ‘il y revenir après sa défaite électorale prochaine. Car, en effet, aux prochaines élections nous reviendrons à la polarisation PQ-PLQ. On peut penser que le gouvernement fédéral se prépare déjà à un gouvernement péquiste majoritaire puisqu’il vient de relancer la question du 50%+1!
Un dernier commentaire également sur un projet novateur et maintenant oublié: Le Projet Nord de M.Charest…. Etait-ce là aussi une sorte de testament politique ou encore une dernière tentative de présenter le Québec comme une sorte de république de bananes…Toujours est-il que je lisais ce matin que le Groenland vient d’accepter un vase projet minier pour l’extraction du fer en partie financé par les Chinois et dont les travailleurs seront bien évidemment chinois….Faut croire que le riche et socialiste Danemark ne sait pas trop ce qui se passe dans sa cour arrière….

@Charles7142,

Le 25 novembre 2008, la population du Groenland a tenu un referendum non pas sur la souveraineté mais sur l’autonomie. Le parlement Danois leur a donné raison et a accédé aux demandes des groenlandais le 19 mai 2009. Depuis le 21 juin 2009, le Groenland est un territoire autonome qui dispose d’une complète autonomie administrative. Quelques compétences telles que la défense, la diplomatie, la police, la monnaie et la justice restent sous contrôle danois.

Euh non ! Je ne crois pas que le Groenland, soit l’arrière court du Danemark et l’ait jamais été. Il est désormais entièrement maître de son développement économique, la population du Groenland jouit du droit de choisir les partenaires économiques qui lui conviennent. En quoi cela poserait-il problème que des chinois y investissent dès lors qu’ils respectent les règlements ? D’autre part, d’où sortez-vous que les travailleurs seront uniquement chinois et accessoirement savez-vous de quelle compagnie au juste s’agirait-il ?

Le journal « Le Monde » en date du jour nous informe de la chose suivante :

« Le Groenland a accordé, jeudi 24 octobre, sa première grande concession minière à une compagnie minière britannique et adopté une loi permettant l’exploitation de l’uranium, jusque-là interdite. Le gouvernement a, dans un premier temps, signé un permis d’exploitation pour trente ans d’un gisement de minerai de fer à 150 km au nord-est de la capitale Nuuk, qui devrait produire 15 millions de tonnes par an. »

Sur la présence des chinois, « Le Monde » ajoute les détails suivants :
« L’entreprise projette un chantier de construction de trois ans, employant de 1 000 à 3 000 personnes selon les phases, ce qui devrait faire grimper la population d’une île qui compte aujourd’hui 56 000 habitants.

La majorité des ouvriers devraient être chinois, London Mining ayant indiqué en 2010 que « l’implication de groupes chinois devrait selon les prévisions permettre des économies de coût importantes ». La compagnie table sur 810 emplois au plus fort de l’exploitation de la mine, dont il estime que 55 % pourraient être occupés par des Groenlandais. »

http://www.lemonde.fr/europe/article/2013/10/25/le-groenland-ouvre-l-exploitation-de-ses-mines-de-fer-et-d-uranium_3502686_3214.html

— En pratique c’est dans la phase de construction de la mine qu’on devrait employer une majorité de travailleurs chinois reconnus dans le monde pour leur expertise en la matière. En phase d’exploitation, la majorité des emplois seront bien occupés par des groenlandais.

la « London Mining » est une compagnie britannique, sont siège social est : 103 Wigmore Street, London, United Kingdom. Ça m’a tout l’air que tout ça c’est pas à Pékin 🙂

Jean-Robert Sansfaçon du devoir a aussi commenté le livre de M. Legault.
Voici son dernier paragraphe:
D’ailleurs, la plus grande faiblesse de l’ouvrage, c’est de croire que le Québec comme province possède les moyens financiers et les compétences politiques pour réaliser un programme aussi ambitieux. Redéfinir la vocation de la voie maritime, la place du train et l’importance du transport intermodal ; revoir la fiscalité et le financement de la recherche ; adopter des politiques industrielles axées sur l’innovation ; redéfinir la politique d’immigration… cela coûte cher et relève en bonne partie de la compétence du fédéral, qui contrôle plus de la moitié des instruments économiques et qui se moque le plus souvent des ambitions des provinces. Ironiquement, ce Projet Saint-Laurent aurait pu constituer un bon argument en faveur de la création d’un pays s’il avait été présenté à l’époque où François Legault y croyait encore.

Toujours la même antienne. Le fédéral étouffe l’extraordinaire entrepreneurship et la course épique du Québec vers la productivité, de même que son élan culturel! Mon oeil. Si le Québec était indépendant, ses lacunes concernant le contrôle de sa dette publique, l’équilibre de sa balance commerciale, ses gains de productivité le rayonnement culturel seraient dorénavant excusées par les ententes bilatérales, la mondialisation, l’assujettissement du fleuve Saint-Laurent aux ententes nord-américaines et, certainement, par nos accords nouveaux conclus avec un Canada séparé. Tous les pays, tous les états, toutes les régions de la communauté européenne, toutes les provinces sont de plus à plus soumis à des arbitrages divers, de nature multilatérale, extra-territoriale, ou supra-nationale. Même les ONG ont leur mot à dire. Cette complainte commence à me tomber sur les nerfs, parce que c’est la voix des faibles et des geignards.

Bien sûr qu’ il faut féléciter M.Legault pour ce travail de réflexion politique. Ce bouquin semble se tenir dans la mesure où il exprime une cohérence dans la pensée, dans les gestes à poser. Par contre, ce n’est pas un projet à la portée de l’ ADQ.

Encore trop de méga changements et pas assez de micro réformes. IL serait politiquement beaucoup plus rentable de travailler sur le contenu qu’ il a suggéré à la dernière élection que de partir dans une autre direction. Doit-on comprendre qu’il a oublié la ré ingénérie de l’ état pour se concentrer maintenant sur le rêve de voir l’ agglomération de Montréal comme celle de Boston?

On dirait un parti d’un seul homme, un parti qui a plié l’ échine et qui ne possède pas son identité. Sur la question nationale, bien sûr que de l’ avoir évacué de la sorte le condamne à la marginalité. En quoi cela aurait été si dommageable d’ être dans la continuité des Bourassa, Daniel Johnson père et du rapport Allaire?

Le vacuum est là et la CAQ reste en marge plutôt que d’ occuper le terrain. M. Legault n’ a que lui même à blâmer. Il a problablement suivi les volontés d’ éminences grises qui voyaient en ce parti un remplacant au PLQ plutôt que de travailler dans la continuité nationaliste du Québec.

Je salue l’effort de M.Legault. Il a au moins le mérite de présenter une vision de ce qui pourrait être, soulignant implicitement le travail qui sera à accomplir, quelles que soient les conditions »politiques » … La grandeur est dans le rêve puis dans l’action concertée. C’est exactement ce qui manque pour faire de la grande »Politique »: une vision long terme qui rassemble, qui insuffle le goût de participer, de se dépasser, qui s’étend au-delà de la durée d’un mandat, au delà du désir de souveraineté, qui transcende les chicanes partisanes et les demis mesures présentées par le parti au pouvoir pour contenter l’électorat à court terme afin de bien paraître en vue d’une réélection.
Et si pour y arriver, après avoir investi toute notre imagination, notre créativité, nos efforts pour réaliser cette vision, cela nous mène à la souveraineté, et bien cela sera une conséquence naturelle de notre travail! Pas la résultante d’un trip politique ou de chicanes avec le fédéral…

« Ironiquement, ce Projet Saint-Laurent aurait pu constituer un bon argument en faveur de la création d’un pays s’il avait été présenté à l’époque où François Legault y croyait encore ». (Jean-Robert Sansfaçon) Ça résume tout.