L’Occident édenté face à l’annexion de la Crimée

Sans surprise, ce sont des haussements d’épaules russes qui ont accueilli le «message fort» que représentent les sanctions occidentales contre plusieurs dizaines de personnalités ukrainiennes et russes accusées d’avoir œuvré à l’annexion de la Crimée par la Russie.

Visit of Medvedev to Crimea
Le premier ministre de la Russie, Dmitri Medvedev. – Photo : Anadolu Agency / Getty Images

Sans surprise, ce sont des haussements d’épaules russes qui ont accueilli le «message fort» que représentent les sanctions occidentales contre plusieurs dizaines de personnalités ukrainiennes et russes accusées d’avoir œuvré à l’annexion de la Crimée par la Russie.

PolitiqueL’une d’elles, Vladislav Sourkov, député et ancien ministre proche de Poutine, n’hésite pas à convoquer des figures de la contre-culture américaines : «La seule chose qui m’intéresse aux États-Unis, c’est Tupac Shakur, Allen Ginsberg et Jackson Pollock. Je n’ai pas besoin d’un visa pour accéder à leurs œuvres.»

Dmitri Rogozine, vice-premier ministre chargé des questions militaro-industrielles, ajoute, non sans malice, que les États-Unis sont des «farceurs» qui seraient bien embarrassés s’ils avaient à sanctionner des personnalités n’ayant «pas de comptes ou de biens à l’étranger».

Les sanctions sont devenues un outil privilégié de la politique étrangère dans les années 1990 : 50 recours (soit un tiers des sanctions entre 1950 et 2000), ce qui représente 86 % d’augmentation dans la décennie.

Mais quand on se penche sur leur efficacité, le constat est globalement décevant. Dans les estimations les plus optimistes, les sanctions fonctionnent dans un tiers des cas. Et il n’y a pas de raison que le résultat soit différent avec la Crimée : «Soyons réalistes : hormis par une intervention militaire, nous ne pouvons changer le statut actuel de la Crimée», affirme un ministre à la sortie d’une rencontre du Conseil de l’Union européenne (UE).

Évidemment, le problème est qu’à l’heure actuelle, l’UE et les États-Unis n’ont ni les moyens ni la volonté d’empêcher la Russie de maintenir l’ordre comme elle l’entend dans son voisinage immédiat.

D’un strict point de vue stratégique, la Crimée ne représente un intérêt vital ni pour l’UE, ni pour les États-Unis. L’hypothèse d’un conflit entre Russes et Américains (voire Européens) est pratiquement impossible : faut-il rappeler que ce n’est pas parce que la guerre froide est terminée que la dissuasion nucléaire n’existe plus ?

Puisqu’il faut écarter l’option militaire, quel atout reste-t-il dans les manches occidentales ? Il ne reste que les sanctions.

Parfois décidées dans la précipitation et pour avoir bonne conscience, elles se révèlent régulièrement inefficaces, voire contreproductives. C’est surtout le cas lorsqu’elles punissent les populations au lieu des dirigeants.

Les 600 000 enfants irakiens morts sous l’embargo américain de 1991 à 2003 sont là pour en témoigner. À cet égard, les sanctions finissent par «punir l’innocent pour exprimer son indignation au coupable».

Dans ce contexte, les sanctions ciblées décidées contre des personnalités individuellement impliquées dans l’annexion n’auront pas cet inconvénient.

De là à dire qu’elles seront utiles, il y a un pas à ne pas franchir. L’ennui (le désagrément ?) qu’elles causeront sera certainement aussi symbolique que le bénéfice que les dirigeants occidentaux en tireront face à leur opinion publique.

L’Occident est-il condamné à mener dans ce genre de situation une «politique qui nous fait nous sentir bien sans que le [pays ciblé] se sente assez mal pour changer de comportement» ? À aboyer sans être capable de mordre ?

Lorsque l’enjeu est jugé vital, les États-Unis — comme plusieurs puissances européennes — ont récemment montré leur détermination à recourir à la force (quelques exemples : l’Afghanistan, l’Irak, le Mali).

L’Occident n’est donc pas édenté : il lui faut simplement réapprendre la modestie et bien choisir ses combats sur la scène internationale.

On ne peut compter sur sa force que lorsque l’on est prêt à l’utiliser. Une leçon indubitablement bien maîtrisée par Poutine.

Pierre-Alain Clément
Directeur adjoint de l’Observatoire de géopolitique
Chaire @RDandurand @UQAM

* * *

À propos de la Chaire Raoul-Dandurand

Créée en 1996 et située à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques compte plus de 30 chercheurs issus de pays et de disciplines divers et comprend quatre observatoires (États-Unis, Géopolitique, Missions de paix et opérations humanitaires et Moyen-Orient et Afrique du Nord). On peut la suivre sur Twitter : @RDandurand.

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Quelqu’un d’assez important, si je me souviens bien, un ancien président américain a dit qu’une banque est plus puissante que cent armées…. ( à peu près)

Tant qu’un pays peut règlementer la pénétration du systéme financier américain de ses frontières, il reste relativement indépendant. Ce qui devient, évidemment, de plus en plus difficile avec la mondialisation des marchés. Plusieurs y voient d’ailleurs une arme très utile afin de conserver l’hégémonie économique d’un empire… malgré les immenses dommages collatéraux dont les populations paient le prix… frappées de plein fouet par les bienfaits à court terme de la mondialisation…. ( 😉

La derniére crise mondiale utile, selon certains, pour freiner la croissance économique de la région asiatique, a presque balayé la classe moyenne américaine… Que voulez-vous, quand l’intérêt supérieur du pays est en jeu…. Pure coincidence que le 1% des ultra-riches soient les seuls à s’être enrichis du même coup…. durant la même époque… Je sais, je sais théorie du complot…. mais non : BUSINESS AS USUAL (sourire)

Bien que je n’ai pas les chiffres exacts, l’Ukraine est redevable à la Russie d’une dizaine à au moins deux dizaines de milliards de dollars qui lui ont été avancés par des banques russes, directement par le Trésor-Public russe sans compter 1,7 milliards de dollars US qui sont encore dus à Gazprom la compagnie gazière russe qui jusqu’à nouvel ordre continue d’approvisionner l’Ukraine en gaz naturel.

Jusqu’à présent l’Ukraine en client privilégier bénéficiait d’un tarif préférentiel et depuis aujourd’hui, le tarif qui était initialement de 268,5 dollars US pour 1000 mètres cubes, passe à 385,5 dollars. — Y’a pas que les tarifs d’Hydro-Québec qui augmentent le 1er avril.

Ce rapprochement de l’Ukraine avec l’Europe, va permette à ce pays d’avoir accès à des fonds, notamment du FMI et de l’Union-Européenne lorsque toutefois il y aura un prix à payer pour les ukrainiens. D’autre part à moins d’une entente entre les pays, tout cela ne délivre pas l’Ukraine de ses dettes envers ses bailleurs de fonds antérieurs.

D’autre part, Vladimir Poutine qu’on voudrait faire passer pour Adolph Hitler est pas mal plus intelligent que ce premier. Aussi sait-il parfaitement jusqu’où il peut aller. Quand techniquement, il n’a aucun intérêt à envahir le monde tandis que la Russie peut encore s’enrichir beaucoup avec son commerce, un pays qui en raison du retard qu’il avait pris, est encore loin de son potentiel économique optimal.

Quoiqu’il en soit, la question est, reste et demeure au niveau de l’énergie. La Russie a besoin de fournir ses énormes réserves de gaz pour compléter son développement lorsque l’Europe a besoin de cette énergie pour maintenir son développement et plus encore dans le cadre d’un éventuel redéploiement de de ses industries.

Sans doute, il existe plusieurs solutions alternatives, toutefois elles risquent dans certains cas de prendre du temps pour être mises-en œuvre tandis qu’elles ne se feront pas à coût nul. Les solutions qui consistent à prendre des sanctions économiques contre les russes ne servent essentiellement qu’à donner le change à l’opinion publique, lorsque les « vraies affaires » devront probablement se régler en coulisse.

La rencontre récente de John Kerry et de son homologue Sergueï Lavrov récemment à Paris. Rencontre suivie d’un retrait partiel des forces russes postées au frontières de l’Ukraine tendrait à prouver que les partis cherchent à s’entendre en vue d’une sortie de crise honorable qui plaise à chacun d’entre eux.

Dans un reportage récent, on a appris que la Crimée faisait partie de la Russie avant d’être cédée à l’Ukraine lorsque cette dernière s’est associée à la Russie.

Suite au conflit ukrainien, les habitants de la Crimée ont exprimé leur volonté de retourner avec la Russie. Avec la protection de cette dernière, ils ont eu un référendum sur la question et ils ont voté avec une écrasante majorité en faveur de leur annexion à la Russie.

La protection par la Russie leur a permis de faire ce référendum dans la paix. Si la Russie n’était pas intervenue, il y aurait probablement eu une guerre civile entre la Crimée et le reste de l’Ukraine.

Maintenant, vous les québécois séparatistes, dites-moi comment vous réagiriez dans une situation similaire. Imaginez que vous gagniez le référendum avec une écrasante majorité et que le Canada, soutenu par les pays européens et les États-Unis, décidaient que c’était une tentative illégale de couper le territoire canadien. Imaginez que ces pays décident de ne pas reconnaitre votre droit de vous séparer du reste du Canada.

C’est exactement ce que les médias et les pays occidentaux nous proposent avec la séparation de la Crimée. Les habitants de la Crimée ont fait leur choix, la guerre a été évitée. SVP respectez ce choix qui a été fait avec une écrasante majorité.

Et Bravo pour la Russie qui a évité une guerre civile entre la Crimée et le reste de l’Ukraine!

Quoi qu’il en soit, Poutine est un bandit, un assassin, et je tiens à le souligner. Donner de l’espace à ce despote est une honte. Le présenter comme un homme intelligent est décourageant. L’intelligence se mesure dans différents aspect beaucoup plus complexe que de la stratégie égoïste pour s’enrichir de toutes les façons possible !

Pour ce qui est de stratégie égoïste pour s’enrichir de toutes les façons possibles…

Dans notre système capitaliste, n’est-on pas champion dans le domaine? Avec des dirigeants de compagnies qui se paient des salaires et avantages de plusieurs millions par an. Avec aussi parfois des fraudeurs de toutes sortes dans le domaine financier comme Conrad Black. Avec des gens qui se donnent des parachutes dorés de 1 million lorsqu’ils quittent leur emploi comme Gaétan Barrette… Avec ce que la commission Charbonneau nous montre de corruption dans la construction, au gouvernement, dans les mairies…

Y a-t-il vraiment un système mieux qu’un autre pour éviter les abus?

Là ou il y a l’homme, il y a de l’hommerie…

Je ne vois pas le rapport.
Parce que mon voisin de gauche est corrompu, malfaiteur ou quoi d’autres, ça expliquerait, pardonnerait, ou quoi d’autres les mêmes choses à mon voisin de droite.
Je ne suis pas de ceux qui condamnent les autres, pour pardonner à mon père qui ferait la même chose.
Tout ce que vous décrivez est inacceptable. Voyons-nous des gens dans la rue pour autant ? « La » population du Québec a parlé « démocratiquement » pour reporter au pouvoir des gens qui vont continuer a favoriser leurs ti-zamis, et les docteurs vont être les premiers bénéficiaires.

Sauf ici, ce n’est pas le sujet.
Le sujet c’est Poutine.
Et Poutine représente pour moi exactement comme son pendant culinaire québécois: tout ce qu’il y a de plus néfaste pour un être humain. La différence entre Poutine et la poutine, c’est que je choisis si je vais en manger et combien de fois.
Poutine influence même par ses récentes actions et celles que l’on souligne ici, l’économie mondiale et plus directement l’économie européenne et donc en bout de ligne, très loin j’en conviens, mais tout de même, sans même avoir le chois d’y goûter, quelques sous si non quelques dollars de mon porte-monnaie.
Et Poutine lui, en plus, a toutes les ficelles en main pour influencer, faire emprisonner et empoisonner, faire assassiner, faire détruire tout et tout ceux qui s’opposent à sa philosophie de « grand homme « des tas » « aussi intelligent » quiconque de tordu autant que lui puisse le considérer.
Si on le laisse aller, et plus on le laissera aller, plus il deviendra puissant et qui sait où cela s’arrêtera et ce que ça prendra de sacrifices au monde entier pour le faire !
Ne se souviens-t-on jamais de rien ?
Et bien non, « la » population n’apprend jamais, n’a pas de mémoire. Et après on dit: « la population c’est exprimée démocratiquement » . Ah oui ? Pour pouvoir le faire, il faudrait en premier lieu: vouloir savoir et savoir, vouloir apprendre et connaître et avoir appris et connu, se souvenir, pouvoir analyser et après en toutes connaissances de causes, exercer « la » démocratie. Après et après seulement on viendra me dire que « le » peuple a parlé !
Nos dirigeants n’aiment pas mieux que « le » peuple soit gardé dans cette inaction débilitante, ce qui clôture à jamais ainsi ses désirs, pour qu’eux à leur guise puissent exercer le pouvoir quand bon leurs semble et à leurs avantages.
Qui aurait prédit qu’à l’heure ou tout voyage dans le firmament d’un point à l’autre de la planète à la vitesse de l’éclair, que le peuple lui se comporterait comme au temps de Guillaume Tell.

Dites-moi, Mr Decelles

Si la Russie ne s’était pas mêlé de ce qui se passe en Ukraine, que serait-il arrivé en Crimée? Pensez-vous vraiment qu’il n’y aurait pas eu de conflit entre la Crimée et le reste de l’Ukraine? Pensez-vous que les pays occidentaux auraient pu empêcher ce conflit?

Et s’il y avait un vote démocratique pour savoir si les gens de la Crimée veulent vraiment se séparer de l’Ukraine, est-ce que vous croyez réellement qu’ils tiendraient à rester avec l’Ukraine?