L’Ontario est-elle prête à avoir une première ministre lesbienne?

La question est dans l’air depuis l’entrée dans la course à la direction du Parti libéral de l’Ontario de l’ex-ministre Kathleen Wynne. Cette semaine, c’est nul autre que le Toronto Star qui la pose, sans chercher à contrer les préjugés de ceux qui répondraient par la négative. En fait, le quotidien lui-même retient son lesbianisme contre Mme Wynne pour expliquer, en partie, son appui à son adversaire Sandra Pupatello.

Les libéraux ontariens choisiront leur nouveau chef en fin de semaine, chef qui deviendra aussitôt premier ministre. Six candidats sont encore dans la course, mais ce sont les deux femmes qui mènent à la sortie de la sélection des délégués.

Ce débat a quelque chose de déprimant et a valu des critiques au Star qui, par sa position, en a sûrement conforté plusieurs dans leurs idées préconçues. En même temps, il ne surprend pas complètement. L’homophobie est une réalité et plus répandu encore est le malaise qu’éprouvent des gens face à l’homosexualité. Les préjugés sont encore bien ancrés, comme le réalisent trop de jeunes gais qui sont victimes d’intimidation et de moqueries. Les mentalités ont changé, mais il y a encore du chemin à faire.

On a souvent dit que l’homosexualité d’André Boisclair avait été un des facteurs qui lui avaient coûté des appuis lors des élections de 2007. Même chose pour Alex Munter lors de sa course à la mairie d’Ottawa contre le contesté Larry O’Brien en 2006. Mais en même temps, Winnipeg n’a pas hésité à élire Glen Murray, en 1998, faisant de lui le premier maire ouvertement gai d’une grande ville canadienne. (M. Murray est maintenant député en Ontario et était candidat dans la course libérale. Il s’est désisté au profit de Mme Wynne.)

La position du Star surprend d’autant plus que le quotidien n’a pas hésité à soutenir l’ancien ministre George Smitherman, qui est gai, dans sa course à la mairie de Toronto contre Bob Ford. Et on peut se demander ce qu’aurait fait le Star si les meneurs de cette course avaient été MM. Smitherman et Murray et Mme Wynne.

Pour tenter de se prémunir contre les critiques, le Star a soulevé un autre argument en défaveur de Mme Wynne, mais le propos du quotidien ne laissait pas de doute. «L’argument contre Wynne est qu’elle ne peut être élue – expression code, comme elle le dit elle-même, pour dire qu’elle est ‘une lesbienne de Toronto’. Personne ne sait comment cela serait reçu en 2013. Mais son plus gros problème, comme pour les autres candidats qui étaient ministres récemment, est qu’elle est trop étroitement identifiée à un gouvernement discrédité aux yeux de beaucoup d’électeurs, ce qui en ferait une cible plus facile pour [le chef conservateur] Hudak et [la chef néo-démocrate] Horwarth durant la prochaine élection

Le Star passe sous silence le fait que l’ancienne ministre Sandra Pupatello n’est plus députée depuis 2011, qu’elle doit se faire élire dans une élection partielle et qu’elle veut attendre d’être élue avant de rappeler l’assemblée législative, prorogée depuis la mi-octobre. Kathleen Wynne, qui est députée et était une ministre très respectée jusqu’à son entrée dans la course, promet au contraire, comme tous les autres candidats, de convoquer rapidement les députés.

Un des chroniqueurs du Star, Martin Regg Cohn, ne cache pas qu’il trouve Mme Wynne supérieure à sa collègue. Il décrit ce qu’il appelle le dilemme des libéraux ontariens, auquel son journal fait écho. Les libéraux politiquement corrects estiment que le lesbianisme de Mme Wynne n’est pas un enjeu. Ceux qui pensent stratégiquement croient que sa candidature serait vouée à l’échec. Or, pour la majorité des militants libéraux, gagner est l’objectif ultime.

Comparée à ses rivaux, Kathleen Wynne ferait pourtant un bien meilleur premier ministre, dit Cohn. Progressiste, elle serait une adversaire beaucoup plus redoutable pour le NPD, tout en étant mieux armée que la combative et partisane Pupatello pour faire les alliances nécessaires à la survie d’un gouvernement minoritaire.

«Wynne est une politicienne avisée, audacieuse, progressiste et réfléchie. […] Grand-mère de 59 ans, Wynne a ce qu’il faut. C’est celle qui écoute le mieux, qui résout le mieux les problèmes, qui est la meilleure médiatrice et qui est une personne d’action. Et elle sait rallier les gens», écrit Cohn. Or, si gagner est la priorité des libéraux, celle des citoyens est d’avoir le meilleur premier ministre à partir de lundi, ajoute-t-il.

Ce débat irrite aussi Kate Heartfield, du Ottawa Citizen. Elle pense que ce ne sont pas les électeurs qui barrent la route à Mme Wynne, mais des partisans libéraux sans courage. Et au lieu de se préoccuper du choix d’un premier ministre, déplore la journaliste, le Star se soucie de qui permettra aux libéraux de remporter les prochaines élections. Au lieu de chercher la meilleure personne pour tenir les cordons de la bourse, diriger la province, respecter la législature, il se questionne sur l’orientation sexuelle d’une candidate, rage Heartfield.

Selon elle, on a donné préséance aux considérations stratégiques à courte vue. «Voilà comment le cynisme politique renforce et amplifie l’intolérance», écrit-elle. Non sans raison.

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Bonjour,

Je comprends l’auteur de poser cette question. Avec un titre de ce genre, on lira son texte. Mais, nous sommes en 2013. Ce qui doit guider les electeurs de notre notre province voisine est la competance. Quel intérêt a t’on d’aller fouiller dans la chambre a coucher des hommes et des femmes politique ? A mes yeux, ce questionnement n’est pas progressiste, mais reducteur et faible. Le President des Etats-Unis a rappele au monde entier lors de son discours de l’investiture que le peuple americain doit travailler ensemble. Des valeurs de tolerence, d’equite, de travail, d’entraide doit dominer. Qu’il fallait accueillir tout le monde quelque soit leur choix de vie intime. Je pense qu’il a raison. Si l’Ontario, s’attarde a faire un debat social la-dessus, ils vont decevoir bien des gens. Nous devons viser l’excellence, la passion, la creativite, l’engagement social. Jamais dans la liste des criteres afin d’acceder a un poste de commande nous ne devrillons jamais nous attarder sur l’orientation sexuelle d’un etre humain. En terminant, votre coeur s’emballe. Vous devez etre opere d’urgence par un cardiologue. Vous allez perdre la vie si vous n’allez pas en salle d’op. Dites-moi, a ce moment, allez-vous demander si votre futur sauveur est homosexuel ou lesbienne ? La competance: voilà ce qui est important !

Je crois qu’ils ne sont pas prêts à avoir un autre PM libéral, peu importe son orientation sexuelle.

Sous le couvert d’un semblant d’ouverture d’esprit se cache toujours des bigots…

Imaginez-vous ce que ce pourrait être si il n’existait pas de charte des droits?

Mais dans une société où le paraître prend le dessus sur l’être, faut-il s’en étonner?

D abord, le Que3bec a rejete Boisclair non a cause de sonorientation sexuelle mais plutot au fait que comme ministre de Bouchard on allegue qu il fumait des drogues illegales.

Le Star demontre l absence de vraies valeurs humaines des Liberaux de l Ontario; penser electoralisme a courte vue.

L Alberta a choisi une femme, le Quebec aussi et la Colombie-Britannique egalement, Pourquoi pas en Ontario ?

les Liberaux , des retrogrades politiques ?

@francois

Le problème de Boisclair c’était ni le sexe, ni la droye. Juste le jugement.

Un politicien nationaliste qui veut décrocher le crucifix à l’Assemblée nationale en pleine crise des accommodements raisonnables, manque totalement de jugement

@ Victor (# 5) & jack2 (# 6):

Qui sait ce qui se passe dans la tête des électeurs dans l’isoloir?

Bien sûr, personne ne dira ouvertement voter contre un certain candidat à cause de son orientation sexuelle. Ça n’est pas politiquement correct et ça va à l’encontre de la rectitude politique mais une fois dans l’isiloir, là où personne ne voit ce que l’on fait???

De toute façon, selon moi, c’est un faux débat destiné à susciter des commentaires. C’est tout.

Qu’un(e) Premier Ministre soit un homme, une femme, homo, bi ou Noir ne fera presqu’aucune différence. Golda Meir, Margareth Tatcher, Sarah Palin Angela Merkel sont toutes des femmes qui ont exercé un certain pouvoir et si l’on ne connaissait pas leur sexe, on aurait grande difficulté à différencer leur héritage de celui des hommes (i.e.: quelle partie de cet héritage serait clairement apparenté au sexe féminin?).

La réalité est souvent LE moteur qui guide les politiques d’un politicien et pas son sexe.

Je suis un hétéro.
Toutes mes félicitations à Mme Wynne.
Son orientation sexuelle, c’est sa vie privée.

Dirait-on : « première ministre hétérosexuelle »? Non, alors l’orientation sexuelle n’est aucunement pertinente pour le choix d’une première ministre, pour la première fois en Ontario.

Richard Hatfield, André Boisclair et Kathleen Wynne, même débat qui ne peut qu’attiser les vieux préjugés… s’il est entretenu dans la presse.

Ce qui a prévalu, ce n’est pas le look et l’orientation sexuelle, mais plutôt la compétence comme politicienne versée en médiation plutôt qu’en confrontation. Bravo aux délégué(e)s qui ont fait preuve de pragmatisme!

Le pragmatisme s’est imposé. Point à la ligne.