L’Ontario est-elle vraiment en train d’élire Doug Ford ?

Le règne libéral ontarien devrait prendre fin demain soir après 15 années de pouvoir et quatre victoires électorales consécutives. Mais la capitulation surprise de Kathleen Wynne pourrait encourager des électeurs libéraux à se tourner vers les néo-démocrates pour bloquer Doug Ford. 

Photo : La Presse Canadienne

Après 15 années consécutives au pouvoir, il semble bien que le Parti libéral de l’Ontario sera défait lors des élections générales ontariennes ce jeudi, le 7 juin 2018. La Première ministre sortante Kathleen Wynne a surpris bien des observateurs (et probablement plusieurs membres de son équipe) en concédant la victoire lors d’une rencontre avec les médias samedi dernier. Voyant la déroute de son parti dans les sondages, Mme Wynne a plaidé que les Ontariens devaient tout de même élire le plus de députés libéraux possible afin de bloquer une majorité – soit des conservateurs de Doug Ford ou des néo-démocrates d’Andrea Horwatt.

Les chiffres ont énormément bougé lors de cette courte campagne d’à peine 31 jours. Le 8 mai dernier, une projection préliminaire publiée sur le blogue Qc125 indiquait que les conservateurs et Doug Ford se dirigeaient vers une écrasante majorité avec plus de 80 sièges (sur 124).

Puis la campagne électorale a débuté. Le vote libéral s’est effondré au profit du NPD et le vote conservateur, quoique toujours solide, s’est effrité quelque peu. Résultat: nous avons toujours une vraie course dans cette dernière ligne droite de la campagne.

Voici donc la projection électorale Qc125 pour l’Ontario du 4 juin 2018. Pour la projection des 124 circonscriptions, visitez la page d’accueil de Qc125 pour l’Ontario ici (pour la carte interactive, cliquez ici).

Projection du vote populaire

Dès la mi-mai, les néo-démocrates ontariens commençaient à enregistrer des gains dans les sondages, toutes firmes confondues (consultez la liste des sondages ici). À trois jours de l’élection, la moyenne pondérée du Nouveau Parti démocrate de l’Ontario est de 36,9%, une hausse fulgurante de 12,8 points depuis le début de la campagne.

À égalité statistique avec le NPDO se trouve le Parti progressiste conservateur de l’Ontario avec 36,5%, une chute significative de six points en un mois. Nous verrons plus bas que l’efficacité du vote conservateur en fait le favori pour remporter une pluralité de sièges ce jeudi.

Loin derrière et hors de la course, nous retrouvons le Parti libéral de l’Ontario avec une moyenne de 19,8%, une glissade importante de près de sept points lors de cette campagne.

Voici les moyennes du vote populaire avec les intervalles de confiance de 95% (19 fois sur 20):

Projection des totaux de sièges

Malgré une égalité statistique au vote populaire, le Parti progressiste conservateur de l’Ontario détient un net avantage sur ses rivaux quant aux totaux de sièges. En effet, au cours des 50 000 simulations de cette projection, le PPCO remporte en moyenne 66,8 sièges – un total juste au-dessus du seuil de 63 sièges qui donne une majorité à Queen’s Park.

Le Nouveau Parti démocratique de l’Ontario récolte une moyenne respectable de 52,7 sièges, ce qui lui assurerait au moins l’Opposition officielle à l’Assemblée législative de l’Ontario. De plus, si quelques comtés pivots – particulièrement dans les régions d’Ottawa et de Toronto – tombent aux mains du NPDO, il n’est pas exclu de voir Mme Horwatt devenir Première ministre, même si ce n’est pas le scénario le plus probable avec les chiffres actuels.

Considérez les intervalles de confiance des totaux de sièges. Remarquez à quel point les barres bleues et orangées se superposent:

En arrondissant les moyennes à l’unité près, voici ce que nous obtenons:

Voici les densités de probabilité des totaux de sièges:

Projection du vainqueur

Avec ces chiffres, le PPCO remporte près de trois simulations sur quatre, soit 77,4%:

Le NPDO remporte 21,2% des simulations. Comme le PLO risque d’être réduit à une poignée de sièges (et peut-être même aucun!), l’élection d’un gouvernement néo-démocrate majoritaire est toujours plausible, particulièrement si plusieurs électeurs libéraux déçus se tournent vers l’équipe de Mme Horwatt.

Le PLO ne remporte aucune simulation. En fait, les libéraux pourraient se retrouver le matin du 8 juin sans la reconnaissance de parti officiel – qui requiert un minimum de 8 sièges en Ontario.

Distribution régionale

Pour la carte complète de la projection, cliquez sur ce lien.

Les quatre circonscriptions centrales d’Ottawa, historiquement loyales aux libéraux, sont présentement des circonscriptions pivots où le NPDO pourrait enregistrer des gains importants. La région autour d’Ottawa (et virtuellement tout l’est de l’Ontario) penche lourdement vers les conservateurs.

Dans la Ville Reine, les circonscriptions qui avaient donné la majorité au PLO en 2014 sont présentement partagées entre le PPCO et le NPDO. Il demeure toutefois plusieurs circonscriptions blanches dans les environs du centre-ville de Toronto. Le chemin vers la victoire pour le NPDO passe par un balayage quasi-complet de ces circonscriptions urbaines.

Dans le sud de l’Ontario, les régions urbaines de Kitchener, London, Windsor, Hamilton et Niagara penchent en faveur du NPDO. Les régions rurales environnantes tendent davantage vers le PPCO.

Le nord de l’Ontario est territoire majoritairement néo-démocrate.

En conclusion

Le règne libéral ontarien devrait donc prendre fin jeudi soir après 15 années de pouvoir et quatre victoires électorales consécutives (dont trois majorités). Avec les chiffres actuels, les conservateurs de Doug Ford semblent favoris pour prendre le pouvoir à Queen’s Park, mais attention: un ou deux points supplémentaires au NPDO pourraient faire chavirer plusieurs circonscriptions pivots en faveur du NPD.

Aurons-nous un scénario similaire à Clinton vs Trump, où le NPDO pourrait remporter le vote populaire, mais perdre aux totaux de sièges? (Rappelons que Mme Clinton a remporté le vote populaire par 2,8 millions de votes, mais M.Trump a gagné le Collège électoral). Selon les simulations effectuées pour cette projection, M.Ford pourrait diriger l’Ontario avec un gouvernement majoritaire en ne récoltant que 34% ou 35% du vote populaire – et en terminant deuxième au vote populaire derrière le NPDO.

La capitulation surprise de Kathleen Wynne en fin de semaine dernière encouragera-t-elle des électeurs libéraux vers les néo-démocrates pour bloquer Doug Ford?

Ou peut-être préféreront-ils Doug Ford à l’équipe de Mme Horwatt?

Nous le saurons cette semaine. Comme de nombreux sondages devraient être publiés cette semaine, la projection Qc125 ontarienne sera mise à jour jusqu’au jour du vote sur la page de Qc125.

Avis à nos voisins ontariens qui lisent ce texte: allez voter!

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie

13 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Le funeste gouvernement Trudeau a été élu par quoi déjà? Un gros 37% du vote? Mais c’est correct, c’est un liberal.

Le gouvernement Trudeau a obtenu 39.5 % du vote tandis que les conservateurs ont eu 32 %. En Ontario on aurait un gouvernement conservateur majoritaire qui aurait 35 % du vote tandis que le NPD aurait 37 % du vote populaire. C’est ça la différence. Trudeau a obtenu la majorité des votes et des sièges. Les conservateurs de Doug Ford aurait seulement la majorité des sièges.

15 ans d’incompétence et de magouilles libérales. Les conservateurs au pouvoir serait ce qui pourrait arriver de mieux aux pauvres ontariens. C’est ce qui pourrait arriver de mieux aux canadiens en 2019.

SVP chers amis ontariens ne faites pas la même erreur que les albertains en élisant les néodémocrates. Ils l’ont si tôt tellement regretté..

Pendant ce temps dans les médias, on fait peur au monde..

N’oubliez pas que les Ontariens ont également élu les Démocrates de Bob Rae.

Ça leur a pris 10 ans à s’en remettre…et encore.

Le gouvernement Trudeau a obtenu 39.5 % du vote tandis que les conservateurs ont eu 32 %. En Ontario on aurait un gouvernement conservateur majoritaire qui aurait 35 % du vote tandis que le NPD aurait 37 % du vote populaire. C’est ça la différence. Trudeau a obtenu la majorité des votes et des sièges. Les conservateurs de Doug Ford aurait seulement la majorité des sièges.

C’est drôle comme on tolère si facilement qu’un parti politique gouverne absolument une province ou un pays avec moins de 50% des votes des électeurs alors qu’on critique souvent les pays étrangers pour leur déficit démocratique quand eux ont la proportionnelle! Faut croire que les Canadiens préfèrent les potentats qui ont tous les pouvoirs plutôt que les chefs de partis qui décident de travailler en collaboration avec les autres…

Donc, ça va être beau de voir l’émule de Trump, le premier-ministre Ford, diriger la plus grosse province du pays avec toute la couleur et le « raffinement » qui le caractérisent!!!

Dans un système électoral à plusieurs partis, il est presque impossible qu’un seul parti obtienne 50% plus un vote.

À part quelques illuminés perpétuellement frustrés qui font souvent partie de groupuscules qui n’ont aucune chance d’accéder au pouvoir, presque personne ici ne remet en cause la légitimité fondamentale de l’élection de nos différents gouvernements. Bien sûr, on parle de modifier le présent système pour une forme de système plus proportionnel mais lorsque au pouvoir, on se rend bien compte que notre système actuel a quand même plusieurs attraits dont une stabilité politique n’est pas le moindre. Et au final, on le garde sagement tel quel.

Le NPD en Colombie Britannique a été élu minoritaire et ne règle rien! En Alberta le NPD a été élu de façon majoritaire et n’ ont rien apporté de nouveau si ce n’ est des augmentations de tarifs ! Finalement l’ Ontario a voté NPD au début des années 90 avec Bob Ray et ce fut un seul petit mandat ! Pensez-vous sérieusement que les électeurs vont changer pour un autre parti social démocrate en Ontario? À mon avis non !

Maintenant c’ est fait ! L’ Ontario est conservateur et Doug Ford premier ministre ! La logique a parlé !

Le PPC doit essentiellement son élection à l’inébranlable volonté de l’électorat ontarien de déloger Mme Wynne du pouvoir. Ce fut un vote davantage viscéral que logique. Lors du déclenchement de l’élection, le PPC était dirigé par Patrick Brown qui, frappé par un scandale, a dû céder sa place à Doug Ford. Or, l’appui au PPC s’est maintenu dans l’ensemble. Contre Mme Wynne, le PPC aurait pu choisir un macaque comme chef et néanmoins remporter l’élection.