L’ours Couillard : qui est vraiment le nouveau chef du PLQ ?

Philippe Couillard, nouveau chef du Parti libéral du Québec. Crédit photo: Clément Allard, Presse canadienne.
Philippe Couillard, nouveau chef du Parti libéral du Québec. Crédit photo: Clément Allard, Presse canadienne.

Il a beau avoir été dans l’œil médiatique pendant cinq ans comme ministre de la Santé dans le gouvernement Charest (2003-2008), puis durant la dernière course au leadership du Parti libéral du Québec, Philippe Couillard demeure pourtant un politicien discret, difficile à saisir, qui parle avec éloquence de ses théories et idées, mais peu de sa vie privée.

Ce pêcheur solitaire à l’humour grinçant n’est pourtant pas bâti sur le même moule que la plupart des chefs de parti. Une réalité qui recèle des avantages et des inconvénients.

Par exemple, il déteste la partisanerie et l’agressivité, au point d’avoir de la difficulté à lancer des attaques contre ses adversaires. C’est bien pour ceux qui veulent que la politique sorte des tranchées boueuses dans lesquelles elle semble s’être embourbées depuis quelques années, notamment lors de la période des questions à l’Assemblée nationale. Mais un chef doit aussi faire ressortir les faiblesses de l’autre camp et savoir attirer l’attention. Dans plusieurs cercles politiques, on estime que l’attaque est la meilleure défense. C’était le style de Jean Charest, notamment.

Pour Philippe Couillard, le défi sera de doser ses interventions. Tenter de respecter sa personnalité, sa volonté de limiter les attaques, sans avoir l’air mou ou sans conviction.

Dans tous les partis, la personnalité de l’homme derrière la façade du chef joue un grand rôle dans la manière d’amener son parti combattre au front.

C’est l’un des aspects de la plongée politique que vous offre le numéro de L’actualité qui arrive en kiosque cette semaine (vendredi 5 avril). Nous vous offrons les coulisses de la course au leadership de Philippe Couillard, et par le fait même, une fenêtre exceptionnelle sur la personnalité du nouveau chef du PLQ.

On vous raconte les hauts et les bas de cette course, tel que vécu par le noyau de l’équipe Couillard. La prise de décision de se lancer, la mise en place de son organisation, la bataille de terrain dans les circonscriptions, les attaques de Bachand et Moreau, sa relation avec Arthur Porter, les dessous du congrès de Verdun… le tout entrecoupé de sa vie personnelle, sa relation avec ses enfants, son séjour en Arabie Saoudite, etc.

Tout comme nous l’avions fait avec les dessous du lancement de la CAQ (avril 2012), le grand portrait préélectoral de Pauline Marois (août 2012) et la transformation de la politique canadienne par Jason Kenney (novembre 2012), L’actualité a suivi pendant des mois un politicien (ou un groupe dans le cas de la CAQ) pour en révéler la vraie substance.

Un accès hors norme, un investissement de temps important, et beaucoup d’espace pour raconter et décrire. Une façon journalistique de couvrir la politique autrement.

Dans le cas de Philippe Couillard, je me suis immiscé dans son entourage pendant presque six mois, assistant aux réunions confidentielles avec ses conseillers, à la préparation des débats, aux rencontres avec les militants en région et à l’arrière-scène du congrès de Verdun.

Avec une question en tête : peut-il guérir le plus vieux parti du Québec des maux qui l’affligent et déloger Pauline Marois du pouvoir?

À la lecture de ce texte de 16 pages, certains vont répondre oui, d’autres, non. Seul le temps dira qui a raison.

Une chose est certaine, Couillard devra naviguer dans une mer agitée par les vagues de la commission Charbonneau et celles d’un gouvernement minoritaire, réformer un PLQ sclérosé, renouveler ses idées et tenter de redonner leur élan aux «rouges» dans un Québec francophone où le multipartisme prend racine et où les nouvelles générations font fi de l’histoire du parti.

Pour mes lecteurs de blogue férus de politique, je vous offre quelques extraits de ce grand reportage, qui s’apparente à un mini-livre, en six chapitres.

Voici le début du papier:

Le long tunnel de la mine du lac Herbin, près de Val-d’Or, s’arrête dans un amas de roches et de grillages, à 1 700 m sous terre. Des relevés sont en cours pour mesurer la concentration d’or, et Philippe Couillard écoute les explications du vice-président à l’exploitation de QMX Gold Corporation, Patrick Sévigny. Mais le candidat libéral est un peu distrait par la foreuse manuelle, quelques mètres plus loin.

Il s’approche de l’engin, dont la longue mèche est plantée dans la paroi du tunnel. « Est-ce que je peux essayer ? » Le front du mineur se plisse de doutes. « Allons, j’ai déjà percé des cerveaux, je devrais être capable de percer du minerai ! » lance Couillard dans un éclat de rire qui fait retrousser sa barbe grisonnante et sautiller ses lunettes de protection. Le jeune homme lui cède sa place. L’ancien ministre de la Santé s’amusera pendant une bonne minute.

De retour à la surface, Philippe Couillard poursuit la visite des installations, serrant des mains et distribuant les bonjours aux 130 employés de QMX. Lorsqu’il entre dans le garage des camions, un mécanicien moustachu d’une cinquantaine d’années, l’air espiègle, entonne « Libérez-nous des libéraux », du groupe Loco Locass.

« Je suis certain que vous vous ennuyez de nous ! » réplique Philippe Couillard, conscient qu’en ce 29 novembre 2012 les modifications aux redevances minières envisagées par le gouvernement Marois inquiètent les travailleurs de cette industrie cyclique, surtout ceux des petites sociétés minières aux faibles marges de profit, comme QMX.

Les hommes entourent le candidat pour une photo. « Je te veux à côté de moi ! » lance Couillard au chanteur moustachu, qui sourit en s’approchant.

Un rituel semblable se répétera pendant le périple de deux jours en Abitibi. À Amos, Philippe Couillard visite une scierie et l’usine d’eau Eska. À Malartic, un CLSC ainsi qu’un centre d’hébergement et de soins de longue durée. À Val-d’Or, un centre d’amitié autochtone. À Rouyn-Noranda, ce sont des entrevues télé et radio… Un rythme de campagne électorale, avec un horaire réglé à la minute, et ce, depuis l’annonce de sa candidature, le 3 octobre.

«Je réalise pour la première fois que je n’ai plus 20 ans », dit Philippe Couillard, attablé au restaurant en ce vendredi matin de novembre où le mercure a chuté à – 27 °C à Rouyn-Noranda. Le candidat libéral, 55 ans, vêtu d’un simple jean et d’un chandail de laine marron, a les traits tirés. « C’est l’exercice le plus exigeant de ma vie. Quand j’étais ministre ou chirurgien, je gérais mon temps. Là, c’est sept jours sur sept.»

Lorsque Jean Charest a perdu le pouvoir, le 4 septembre dernier, l’Ours Couillard n’a pas spontanément pensé à se lancer dans la course. Extraits :

Grand amateur de pêche, Couillard replace ses souvenirs en fonction des endroits où il a déjà taquiné le poisson. Ici, la truite avant un souper de financement ; là-bas, le brochet avec ses trois enfants… Et la pêche au saumon à la mouche, son sport de prédilection. « Ce n’est pas la prise du poisson qui est le plus important, dit-il. C’est le décor, la forêt. Et le haut niveau de difficulté. J’ai tendance à me désintéresser de quelque chose que je fais bien. Avec la pêche à la mouche, tu peux toujours t’améliorer. La perfection n’existe pas. »

Et il y a l’élégance, le style du pêcheur debout dans la rivière, sa canne à bout de bras, souple, qui fend l’air. Lorsque Philippe Couillard enseignait la neurochirurgie à l’Université de Sherbrooke, au tournant des années 2000, il comparait les opérations à une œuvre d’art. « L’élégance du geste est importante pour arriver aux résultats », disait-il à ses étudiants, souvent perplexes.

Rien d’étonnant à ce que la femme de Philippe Couillard, Suzanne Pilote, ait surnommé son homme «l’ours». Parce qu’il aime le poisson et la nature, mais aussi en raison de son allure — un peu rond, costaud, barbu — et de sa démarche lourde, qui balance de droite à gauche. Une image si forte que lorsqu’il était ministre de la Santé (2003-2008), les hauts fonctionnaires et les employés de son cabinet le surnommaient ainsi en son absence !

Le nouveau chef libéral a également le côté solitaire de l’animal. À l’Assemblée nationale, il ne fréquentait jamais le salon des députés. « La politique, ce n’est pas la place pour nouer des amitiés profondes. Il y a trop de gens avec des agendas différents qui se superposent », dit-il, faisant allusion à la compétition entre ministres, mais aussi entre députés, parfois du même parti.

Il dit « bien vivre » avec la solitude et ne pas entretenir un grand réseau d’amis. Un seul reçoit ses confidences et ses angoisses : le Dr Juan Roberto Iglesias, qu’il a rencontré lorsque les deux hommes enseignaient à la Faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke et qui deviendra son sous-ministre de 2003 à 2006. « Il était déjà sur la courte liste pour devenir sous-ministre quand je suis arrivé en politique. Il m’a beaucoup aidé à faire la transition », dit Philippe Couillard. Les deux se parlent régulièrement et s’amusent à émailler leurs courriels de phrases en latin.

Le 4 septembre dernier, le jour des élections, l’ours Couillard pêchait le saumon dans la rivière Sainte-Anne, en Gaspésie, avec pour seule compagnie une radio portative posée sur la rive. C’est avec sa femme et un couple d’amis, dans un restaurant du coin qui diffusait les résultats, qu’il a appris la victoire du Parti québécois et la fin du règne de Jean Charest.

Le lendemain, il prend ses messages sur son BlackBerry. Plus de 150, allant tous dans le même sens : des libéraux souhaitent qu’il brigue la direction du parti. En privé, l’ancien ministre des Finances Michel Audet est l’un des premiers à insister — il deviendra d’ailleurs son conseiller économique durant la course.

Philippe Couillard hésite. Il n’est plus dans l’œil médiatique et ne s’en plaint pas. « J’étais heureux, tranquille et je gagnais bien ma vie », me dit-il.

Sa première réunion de stratégie, avant son annonce officielle, a eu lieu dans ses bureaux du fonds d’investissement PCP.

Dans les jours qui suivent les élections du 4 septembre, Philippe Couillard continue à recevoir des appels l’incitant à revenir en politique. Sa réflexion s’intensifie. Il tient une première réunion dans son bureau de PCP, rue Sherbrooke, avec quelques personnes, dont certaines feront partie de sa garde rapprochée lors de la course : Christian Lessard, ancien directeur des communications de Jean Charest ; Philippe Dubuisson, ancien chef de cabinet de Monique Jérôme-Forget ; Jean-Pascal Bernier, ex-chef de cabinet de Michelle Courchesne ; et le député Sam Hamad.

L’attention médiatique augmente lorsque Radio-Canada révèle que Philippe Couillard pourrait se lancer dans la course. « Philippe a parfois l’air brouillon, mais dans sa tête, c’est loin d’être désordonné. C’est un gars méthodique. Il voulait d’abord s’assurer qu’il pouvait gagner », explique son directeur de campagne, Christian Lessard, vice-président du cabinet de relations publiques Tact Intelligence-conseil.

Les premiers appels de Philippe Couillard sont adressés aux 50 députés libéraux. « Si tu n’as pas le soutien de tes futurs collègues, c’est inutile. Je ne voulais pas être un outsider », dit-il. Quatorze vont l’appuyer, 13 soutiendront Pierre Moreau, et 10 Raymond Bachand. Les autres resteront neutres.

La personne la plus difficile à convaincre sera sa femme, Suzanne Pilote, graphiste à la retraite, qui partage sa vie depuis 2002. Le couple s’est connu lorsqu’elle a eu à représenter, pour une brochure de la Société de l’assurance automobile, un cerveau malmené par un accident. Suzanne n’a pas aimé le premier passage en politique : les horaires de fou, la pression sur le couple et la famille, les attaques personnelles… « Je m’en serais bien passée ! » me dit-elle dans les coulisses du débat des candidats, à Québec, à la fin janvier.

Philippe Couillard décrit les moments difficiles de son premier passage en politique comme autant de « petites blessures ». « Il faut une carapace épaisse. Je ne sais pas si j’ai la couenne assez dure », dit-il en forçant un sourire.

Mais pourquoi revient-il en politique? Extraits :

Il est aussi partenaire du Fonds d’investissement PCP, dans le domaine de la santé, depuis sa retraite de la politique, en 2008.

Ce passage rapide de ministre à partenaire de PCP avait fait grand bruit. Au moment de sa démission, le 25 juin 2008, Couillard affirmait ne pas avoir de nouvel emploi. Or, une enquête du Commissaire au lobbyisme du Québec a plus tard révélé qu’il avait conclu une entente avec les présidents de PCP le 17 mai 2008, plus d’un mois avant sa démission du Cabinet. Tout le printemps, il avait négocié les termes de son embauche, alors qu’il était ministre et déposait des projets de loi.

« C’était une erreur », me dit-il dans son bureau de campagne, un ancien cabinet d’architectes au troisième étage d’un grand édifice industriel du début du siècle, rue Brewster, dans le sud-ouest de Montréal. Il fait une longue pause, le regard perdu dans la magnifique vue du centre-ville. « J’ai souvent pensé que ma façon de m’en aller avait manqué d’élégance. J’aurais dû m’expliquer. Il n’y avait pas d’irrégularité, pas de conflit d’intérêts, parce que PCP ne fait pas affaire avec le gouvernement. Mais une part de moi veut réparer cette sortie. »

Une autre part de lui n’en a pas fini avec le service public. « Je ne prétends pas avoir la solution à tous les problèmes, mais je veux faire bouger les choses », dit Philippe Couillard.

Et il veut laisser une trace, lui qui aime tant l’histoire — à 12 ans, pour Noël, il demandait à ses parents des bouquins sur l’Antiquité. On peut déceler cette préoccupation dans le livre 33 histoires vraies racontées par des médecins (Furger), publié en novembre dernier, dans lequel 23 médecins du Québec et d’ailleurs dévoilent des épisodes de leur vie professionnelle.

Dans le style d’humour abrasif qu’affectionne Philippe Couillard — il adore les Monty Python et RBO, notamment —, le chapitre qu’il a signé en juillet 2011 s’intitule « Le perroquet crucifié ». Il y raconte avec émotion comment le travail des infirmières lui a appris, quand il était jeune neurochirurgien, à célébrer la vie, pas seulement à défier la mort.

Il écrit que deux activités humaines permettent de « transcender la brièveté de l’existence » et d’atteindre « la grande immortalité » évoquée par Milan Kundera, l’un de ses écrivains préférés. Il y a la création artistique, « qui permet de toucher le cœur et l’esprit, au-delà du temps ». Et l’action politique, qui, « malgré ses travers et ses coups de pied, demeure la meilleure façon d’arrêter de pleurnicher dans les gradins et de descendre faire un passage sur le terrain où une société essaie de devenir meilleure. De déposer sa petite brique dans une construction sans fin. »

Un passage qui résume bien l’homme, à mon sens, est celui qui a trait à son intérêt pour les guillotines et les bourreaux! Rien de moins. Ce type de curiosité, très philosophique, habite Philippe Couillard depuis sa jeunesse.

Extraits :

Le dimanche 20 janvier, les équipes se déplacent à Québec pour le deuxième débat. Dans une petite salle aux murs blancs du cégep Limoilou, la femme de Couillard s’approche et replace sa cravate. « Ton nœud est croche, pépé », dit-elle de sa voix aiguë, avant de s’assurer qu’il n’a pas taché sa chemise blanche en mangeant son sandwich du midi.

Philippe Couillard a mis l’une de ses cravates favorites : bleue ornée de petites abeilles jaunes, l’emblème de l’Empire français sous Napoléon Bonaparte, au début du XIXe siècle. « Il fut un temps où je collectionnais tous les livres de cette époque. C’est un personnage hors norme », dit-il. Tout comme le chirurgien en chef de la Grande Armée de Napoléon, le baron Dominique Larrey, « qui a beaucoup fait progresser la chirurgie » et dont Philippe Couillard a dévoré les Mémoires.

Un autre pan de l’histoire française n’a plus de secret pour lui : celui des bourreaux et des guillotines. Un peu macabre, lui dis-je. Il réplique que ce sont les contradictions de l’humain qui l’intéressent. « Une société qui codifie la mise à mort, qui l’inflige à ses citoyens, mais qui ostracise ceux qui exécutent cette tâche, c’est un phénomène intéressant », dit-il.

De la guillotine, Couillard deviendra un spécialiste un peu par hasard, lors de son passage de quatre ans en Arabie saoudite, de 1992 à 1996.

Il est alors neurochirurgien à Dharhan, dans l’est du pays, dans un centre médical mis sur pied par l’entreprise pétrolière Aramco, qui compte 55 000 employés en Arabie saoudite. Dans ses temps libres, Philippe Couillard participe à un club d’histoire. Ils sont six membres et font des exposés à tour de rôle. Celui de Couillard sur la guillotine — une machine née dans l’esprit d’un médecin, le député français Joseph Ignace Guillotin, vers 1790 — surprend par ses nombreux détails. L’appel d’offres (eh oui !) pour construire la première machine n’a pas été remporté par le plus bas soumissionnaire, mais par le deuxième. « Est-ce qu’il y avait de la corruption, je ne sais pas ! » blague Couillard aujourd’hui.

Enthousiaste, le président du club d’histoire, un Américain, parle de cet exposé à des amis de la base militaire de son pays, tout près. Deux semaines plus tard, Philippe Couillard faisait part de ses découvertes à 200 soldats américains, membres du corps des ingénieurs, postés en Arabie saoudite !

« C’était inusité », lâche-t-il en entrevue, un peu mal à l’aise. « L’Arabie saoudite a encore la peine de mort. »

L’animosité dans entre Raymond Bachand et Philippe Couillard a transpiré de cette course. Le texte l’aborde.

Extraits :

La préparation des débats des 26 et 27 janvier, en anglais à Montréal, puis sur la santé à Gatineau, bat son plein. Guillaume Demers, responsable des médias sociaux, qui transcrit les idées sur un ordinateur portable, peine à déchiffrer l’écriture en pattes de mouche de l’ancien médecin. Pendant plusieurs heures, il est question de langue, de Constitution, d’économie, d’éducation, de qualité et de financement des soins de santé, d’aide aux aînés…

Ses conseillers exigent de Couillard des exemples concrets pour illustrer ses idées, souvent très théoriques. « Les gens veulent voir un Couillard humain, qui les comprend, pas seulement un gestionnaire », dit Isabelle Migneault.

Couillard se laisse tomber sur une chaise près du tableau. « Moreau va sûrement nous sortir encore quelque chose pour attirer l’attention. Il l’a fait dans les premiers débats avec l’abolition des cégeps et une commission permanente contre la corruption. Il faudra être prêts », prévient-il.

L’équipe ne prépare aucune attaque contre Raymond Bachand et Pierre Moreau, même si leurs points faibles ont été consignés dans un document dès le début de la course. « On a fait nos devoirs, mais ce rapport ne servira pas. Le patron ne veut pas », dit Harold Fortin. Le passage de Raymond Bachand à la tête du Fonds de solidarité de la FTQ, de 1997 à 2001, au moment où l’entrepreneur Tony Accurso faisait la pluie et le beau temps dans le milieu de la construction — et était un partenaire important du Fonds —, en fait partie.

Aucune défense particulière n’est préparée contre des attaques sur les liens de Philippe Couillard avec Arthur Porter.

Le samedi 26 janvier, 45 minutes après le début du débat en anglais, à l’Université Concordia, Raymond Bachand dégaine. Philippe Couillard vient d’affirmer que la commission Charbonneau aurait dû être mise sur pied plus rapidement. L’ancien ministre des Finances lance : « Pendant que Pierre et moi combattions la corruption, tu faisais des affaires avec Arthur Porter ! »

Dans l’auditorium, des murmures et quelques huées se font entendre. Les conseillers de Couillard s’envoient des textos, dans lesquels dominent les jurons. Sur scène, Philippe Couillard encaisse. « Je ne vais pas utiliser une basse tactique comme tu viens de le faire. Je peux faire de la culpabilité par association, moi aussi », dit-il avec calme. Il regarde Raymond Bachand et fait une pause de trois secondes qui paraît une éternité. « Mais je ne vais pas le faire. C’est ridicule et non productif. »

Sur les réseaux sociaux, les amateurs de politique s’enflamment. Des sympathisants de la CAQ et du PQ s’en donnent à cœur joie, convaincus d’avoir trouvé la faille dans l’armure du meneur. Des journalistes avancent que les adversaires du PLQ ont certainement isolé ce passage pour le ressortir en campagne électorale…

Après le débat, Philippe Couillard offre aux journalistes l’une de ces réponses dont il a le secret, plus proches de la philosophie que de la politique : « On fait des choix dans la vie. J’essaie que dans mon cœur ne viennent jamais la haine et la rancune. »

Raymond Bachand explique qu’il a été « piqué » par Philippe Couillard sur le bilan du gouvernement Charest en matière de corruption et qu’il a lancé son attaque instinctivement. « J’ai des émotions », dit-il aux médias.

Dans le camp Couillard, on ne croit pas à la thèse de l’improvisation. Dans les jours suivants, Raymond Bachand poursuit l’offensive dans les quotidiens et à la radio, ce qui confirme la stratégie délibérée. À La Presse, il en rajoute : « Vous ne vous associez pas à quelqu’un pour partir une compagnie si vous ne le connaissez pas. »

Philippe Couillard est sur la défensive. Il explique qu’Arthur Porter a été nommé par le conseil d’administration du CUSM en 2004 — et non par lui ou son gouvernement. Il ajoute que le contrat de construction du nouveau CUSM, accordé à SNC-Lavalin (et pour lequel l’Unité permanente anticorruption a lancé un mandat d’arrêt contre Arthur Porter et quatre autres personnes soupçonnées d’avoir touché des pots-de-vin de 22,5 millions de dollars), l’a été en 2010, « deux ans après mon départ de la politique ! »

En privé, l’homme semble plus blessé que fâché par ces attaques. « Raymond et Pierre me connaissent, ils savent que je n’ai rien à me reprocher, mais ils le font quand même. » L’ancien ministre déplore ce qu’il juge comme une « réécriture de l’histoire ».

Dernier avant-goût du texte (il y a encore beaucoup à découvrir, mais ce billet de blogue commence à devenir franchement interminable, alors… )

Sur les coulisses du congrès de Verdun, où Philippe Couillard l’a emporté.

Extraits :

Une semaine auparavant, afin de veiller à ce qu’aucun détail ne soit négligé, l’organisation a mis en place le « comité Saint-Patrick » — le vote ayant lieu le jour de la fête des Irlandais —, constitué des plus hauts dirigeants de la campagne. « On a fait élire des délégués, maintenant il faut s’assurer qu’ils votent », dit Serge Rémillard.

Pour y parvenir, l’équipe Couillard va dorloter ses militants grâce à un trésor de guerre bien garni : elle a amassé 439 000 dollars (contre 351 000 dollars pour Bachand et 176 000 pour Moreau).

Lorsqu’ils ouvrent la télé de leur chambre d’hôtel, les délégués pro-Couillard sont accueillis par une vidéo de bienvenue enregistrée par leur candidat dans les deux langues. Le dimanche matin à 5 h, un petit journal de quatre pages, le Couillard Express, est distribué sous chaque porte : il contient un résumé de l’hommage à Jean Charest rendu la veille, un rappel des idées de Philippe Couillard et un appel au vote. Couillard sera aussi le seul à offrir des navettes jusqu’à l’auditorium, situé à sept stations de métro de là.

Et il sera le seul candidat à avoir ce que le comité Saint-Patrick a surnommé l’« arme secrète » : un logiciel conçu expressément pour le congrès, qui permettra aux organisateurs de suivre à la trace le vote de leurs délégués.

[…]

Sa mère, Hélène, 81 ans, est assise à côté de moi sur un des petits bancs rouges. « S’il gagne, je serai contente pour lui. S’il perd, il aura plus de temps avec Suzanne et les enfants », dit-elle, sourire en coin. Puis, elle se fait plus grave, ajoutant qu’un revers serait probablement difficile à avaler pour son fils. « Il n’a jamais connu l’échec. S’il tombe, ça va faire plus mal. »

L’ambiance n’est toutefois pas à la défaite. Philippe Couillard récite des phrases du groupe satirique anglais Monty Python avec sa fille, Myriam. Il jette un coup d’œil à son discours de victoire, corrige quelques mots. Stéphane Billette, assis dans un coin, suit les résultats du vote, qui prennent la forme de plusieurs graphiques sur son cellulaire. « Tout va bien, nos impressions se confirment », dit-il. Deux semaines avant le congrès, l’équipe Couillard avait senti un déplacement des appuis de Raymond Bachand vers leur camp et celui de Pierre Moreau.

Vers 13 h 30, lorsque Philippe Couillard retourne dans l’estrade réservée à ses partisans pour attendre les résultats officiels, il sait que la victoire est dans la poche. Le logiciel indique 58 % au compteur. Son équipe et lui dansent au son de la musique pop américaine qui résonne dans l’auditorium, digne des entractes des parties du Canadien. Une heure plus tard, le parti annonce que les 2 377 délégués qui ont exercé leur droit de vote ont choisi Couillard à 58,5 %, Moreau à 22 % et Bachand à 19,5 %.

La stratégie de deuxième tour, soigneusement élaborée quelques jours avant le congrès, prévoyait le ralliement de sept députés des autres camps et un jumelage des indécis avec un délégué de l’équipe Couillard chargé de les convaincre. Elle ne servira pas.

Une fois Couillard de retour dans le vestiaire après l’allocution de victoire, le président du Fonds PCP, Sheldon Elman, qui a été son patron pendant quatre ans, se fraie un chemin pour le féliciter.

Simon tape sur l’épaule de son père. « Comment on se sent ? » demande-t-il. « C’est un peu irréel encore. Disons que les deux gardes du corps aident à rendre ça concret ! » répond-il en désignant les deux costauds de la Sûreté du Québec qui montent maintenant la garde devant le vestiaire no 3.

Pour la suite, je vous donne rendez-vous dans le magazine papier.

(Une fois le magazine hors des kiosques, dans environ deux semaines, un livrel (mini livre électronique) payant sera disponible sur Itunes, Amazon et Koboo, comme dans le cas de la CAQ, Marois et Kenney, entre autres. Ce grand portrait ne sera pas disponible gratuitement sur notre site Internet. Vous pouvez trouver les livrels dans la boutique de L’actualité.)

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2 commentaires
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Ce que retiens de l’homme c’est qu’il ne peut être comme les politiciens que l’on connaît. J’aime sa subtilité et son désir de ne pas tout révéler aux journalistes. Il est songé, n’est-il pas neuro-chirurgien d’abord, son plan est dans sa tête. Il n’a pas à contre-attaquer sans arrêt, il juge que c’est une pure perte de temps. Lorsqu’un docteur pose un diagnostic et met le doigt sur le bobo, son plan de guérison est tout tracé, cet approche me fascine. J’ai bien hâte d’en lire davanatage et surtout le voir à l’oeuvre à l’assemblée nationale.