Lucien, Brian, Guy: Revenez ! Ils sont devenus fous…

C’était une blague. En juin, alors que nous parvenaient les premiers embruns du tsunami des scandales asphalto-municipaux, je plaisantais sur un retour possible de la commission Cliche, qui, rappelons-le pour nos jeunes lecteurs,

 Esprit de Robert Cliche, es-tu là ? (Photo Fondation Robert-Cliche)
Esprit de Robert Cliche, es-tu là ? (Photo Fondation Robert-Cliche)

avait fait le ménage dans l’industrie de la construction il y a 35 ans.

Le juge Robert Cliche ayant rejoint le paradis des socia­listes (il était, à lui seul, le NPD Québec), restent dans le camp des vivants les commissaires Brian Mulroney et Guy Che­vrette, ainsi que le fougueux procureur Lucien Bouchard. Ils sont disponibles, ils aiment la bagarre et les flashs des appareils photo. Pourquoi ne pas les remettre à l’ouvrage ? Plus j’y pense, moins je trouve la chose fantaisiste.

John Gomery, l’anglophone le plus populaire du Québec, a déclaré forfait : il n’est pas candidat à la présidence d’une nouvelle commission. Le champ est donc libre pour occuper le poste clé dans cette enquête, dont le déclenchement est, malgré les fortes réticences de Jean Charest, irréversible. (Le dépôt du rapport du vérificateur vient d’ajouter une piscine olympique à ce moulin.)

Guy Chevrette ? Il avait été choisi comme l’un des commissaires de l’équipe Cliche en raison de ses racines syndicales : il était de la CEQ, la centrale des enseignants de l’époque. Son poste de PDG du Conseil de l’industrie forestière du Québec ne l’a pas rendu populaire chez les écologistes, mais là n’est pas la question. Son parcours ministériel au Parti québécois en a fait une figure populiste, l’homme du gros bon sens, et les sondages d’opinion le montraient toujours très populaire et crédible. Un atout face au désabusement ambiant.

Lucien Bouchard ? Depuis qu’il a décidé d’écarter un retour en politique (seulement 41 % des Québécois avaient manifesté l’intention, dans un sondage mené en 2006, de voter pour lui s’il revenait — une misère), je suppute qu’il cherche une cause à la mesure de son talent. Sa probité est totale et on salive à l’avance d’enten­dre sa mauvaise humeur s’abattre sur les pauvres témoins suspects de corruption. Chevrette, Bou­chard : deux péquistes. Cela ferait beaucoup ? Bouchard, un « lucide », n’a jamais émis la moindre critique envers le gouvernement Charest, et ce dernier lui avait notam­ment donné le mandat de régler le conflit à la SAQ à la fin de 2004. Ce n’est donc pas un ennemi du gouvernement. Sa nomination consti­tuerait le gage d’indé­pen­dance de la commission.

Ce qui relativise le cas le plus difficile : Brian Mulroney. Serait-il bien sage de confier à quelqu’un qui a reçu des enveloppes pleines d’argent comptant le mandat d’enquêter sur la corruption ? Dire « oui, car il s’y connaît » serait impertinent et méchant. Le problème est réel, peut-être insurmontable. Cependant, militent en faveur de Mulroney deux arguments forts. D’abord, le premier ministre Charest, tétanisé par les conséquences qu’aura cette enquête sur son avenir politique, a confiance en Mulroney. Avec lui, il serait au moins partiellement rassuré. Ensuite, Mulroney a complètement raté la tentative de réhabilitation politique qu’il préparait depuis 10 ans et dont son autobiographie devait être le socle. L’escroc Karlheinz Schreiber lui a gâché sa rentrée. Pour Mul­roney, la reprise d’un rôle-titre dans une grande commission d’enquête, écho de ses premiers jours de gloire, serait une occasion inespérée de se refaire une image.

Vous me direz : cela ferait une commission un tantinet gérontocratique. Mulroney et Bouchard ont 70 ans, Chevrette 69. Notons qu’ils sont encore fringants et qu’en ces matières l’expérience compte. Avec ces trois-là comme commis­saires, il faudrait trouver un procureur plus jeune, aux dents lon­gues. (Moi ? Vous déraillez ! Que la commission m’engage pour rédiger les communiqués de presse et je me chargerai d’écrire le livre sur les dessous de l’enquête.) Non, je pense à quelqu’un qui « pose les vraies questions ». Paul Arcand (50 ans) serait parfait. Bou­chard a un jour dit de lui qu’il était « l’intervieweur le plus dangereux du Québec ». Avec cette équipe, la commission s’autofinancera en vendant les droits de retransmission télé au plus offrant.

Reste un écueil, majeur : Mulroney et Bouchard, jadis grands amis, ne se parlent plus depuis bientôt 20 ans. Seul l’esprit de Robert Cliche aurait le pouvoir, de là-haut, de récon­cilier ces frères ennemis.

(Chers internautes, vous venez de lire ma chronique du numéro courant de L’actualité.)

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16 commentaires
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Ha Ha Nostalgie

La fougue ne s’atténue pas un peu avec les années? Cette fougue qui tend toutes actions vers le désir, le rêve, l’objectif. Il y a un bon moment qu’ils ne nous ont pas partagés d’un peu de leur fougue, je crois qu’ils ont plutôt choisis à canaliser autrement leurs énergies.

Je préférerais qu’on offre la chance à des plus jeunes d’avoir une arène ou exprimer à fond leur fougue de jeunesse. De là, aurions nous peut-être des surprises sur de nouveaux leaders? Tiens, Tiens une commission à la Star Académie; l’asphalte sortirait blanche!! Recrutons les meilleurs.

Après 70 ans, la fougue battante devrait se transformer en conseils de sagesse (derrière les bancs..).

Bonjour monsieur Lisée,

C’est simplement pour dire qu’avec le 41 % de Bouchard, le PQ aurait un gouvernement majoritaire. C’est le genre de misère que j’aurais aimé vivre en décembre 2008.

Laurent Cambon

J’ajouterais- à ces mousquetaires- Bernard Descoteaux du Devoir: ce n’est ni Gérard Filion, ni Claude Ryan mais un André Laurendeau, à l’écoute, sage , avec un esprit de synthèse exceptionnel.

Soyons sérieux. M. Lisée, ne jouons pas sur les mots. Vous pouvez toujours nous annoncer: Chevrette vous raconter l’histoire d’une commission qui a réussi, prendre Lucien Bouchard d’assaut et affirmer, péremptoire, que pour régler le marasme actuel : Cliche est celui là, les jeunes n’ayant pas vécu ou appris cette période vous répondront : Cliche est celui là? (Si vous arriviez à faire quelque chose avec Mulroney je vous Schreiber reconnaissant).

On sait que Mulroney a accepté 3 enveloppes de 75k
On sait que Marc-Yvan Coté accepté une enveloppe de 300k (« c’est épais comme ça »)
On sait que le nouveau député de Rivière-du-loup, ancien boss du PLQ, et arrêté au volant avec point 22, a aussi accepté une enveloppe de 500$
On sait que Jean Charest a accepté pendant 10 ans une enveloppe de 75k par année du PLQ (on ne sait pas s’il l’a déclarée à l,impot)
On sait que Mario Dumont a accepté une enveloppe de 50k par année de l’ADQ

Après, on s’étonne que plus personne ne va voter…

Cournoyer remplacerait avantageusement Mulroney. Chevrette devrait rester dans les bois, lui qui défend sans condition les intérêts des pilleurs de la forêt boréale… s’est déjà disqualifié. Bouchard est trop à droite et perçu comme pro-Charest; voilà un libéral qui s’ignorait.

Nouvelle équipe du tonnerre de la future Commission Net toyage: Johnson (Monsieur Dupont),Cournoyer, Landry.

Ils ont eu leur temps. Ils ont eu leur chance. Leur avenir est derrière eux. Bon assez pour les clichés.
Place aux jeunes et advienne que pourra…ça ne peut pas être pire.
Ou place à la révolution.

Franchement M.Lisée je suis bien d’accord sur la nécessité d’une enquête publique ,mais elle ne doit pas servir d’endroit pour recycler les « vieux chaudrons »!
Surtout Mulroney,elle n’aurait alors aucune crédibilité.

Ne vous en faites pas Charest est surement en train de ratisser tous les candidats potentiels pour y mettre les commissaires qui le feront le moins mal paraitre.

L’important est que cette commission soit en place le plus rapidement possible,AVANT que la construction du CHUM ne débute et que des milliards soient investis dans sa construction ainsi que dans les infrastructures hypothèquant l’avenir des générations futures.

Elle devra répondre à une question toute simple:
Pourquoi les coûts de construction de projets publics sont-ils de 20 à 30% plus élevés au Québec que partout aillieurs en Amérique du Nord?

Ensuite on pourra prendre des mesures pour que ça cesse.

Si jamais Charest se décide, ce sera une Commission faite de «yes men» libéraux avec, pour mandat, d’enterrer le tout sans trop fouiller…
On ne voudrait pas faire du mal aux petits amis du Parti !

Ça vous tente pas d’écrire les textes des prochaines parlementeries? Vous avez du talent. Mais j’avoue que ce serait distrayant de voir ce combat pour savoir qui « upstagerait » l’autre.

Une enquête sur la gérontocratie politique serait plus utile qu’une commission sur les syndicats et les mafias car ceux ci sont tous fédéralistes ou faux indépendantistes à la QS, ADQ et autres groupes divisionnistes à double salaires .
Une prison entière ne suffirait pas pour incarcérer les receveurs d’enveloppes brunes, les violeurs de lois référendaires, les commandités, les taupes et toute la racaille politique
Ce qui compte c’est la franchise et non l’âge car j’ai bien peur que la jeunesse à été instruite dans son ensemble par la racaille

Va pour Bouchard et Ti-Guy Chevrette. J’ai bien connu Guy Chevrette:un honnête homme.

Quant à Mulroney, « il est brûlé ». Ça prendrait « un rouge ».

Une commission d’enquête publique pourquoi ?

Laissez les experts du gouvernement et de la sécurité travailler.

Décidément, les conspirationistes sont partout ! 🙂

Il nous faut une commission, ça c’est certain.

Mais j’ai une question niaiseuse.

Je suppose que si je mets mon argent en fiducie et que je m’aperçois que le fiduciaire dilapide les fonds j’aurai des recours. Je suppose aussi que si je m’aperçois que le fiduciaire ne fait rien pour régler des fuites de fonds indus, qu’il est négligeant, j’aurai d’autres recours.
Probablement judiciaires.

Ma question: étant donné que le gouvernement est fiduciaire de mes biens, en tant que citoyen, est-ce que je peux déposer une plainte à la police en ce que le chef du gouvernement est négligeant et dilapide mon patrimoine?

Voici comment cela va se passer. La vague va se briser sur la grève. Un sondage va suivre. Le petit frisé sera encore en tête, et il ne prendra alors aucune décision.
Toutefois il fera une belle déclaration….et dans les ministères, on dira que l’on a pris des mesures afin que la corruption et la fraude ne se reproduise plus.
Cela fait 30 ans et plus que l’on nous sert ce réchauffé.
Saisir les biens des individus qui se sont laissés corromprent et saisir les biens de ceux qui ont corrompu serait une façon d’accompagner les mesures.
Pour un système juste, il faut détruire le pouvoir.
Chaque fois qu’il y a des élections, le système espère que tous iront voter car cela cautionne ce système en lui-même.