L’ultime face-à-face

Hier soir, en face-à-face, François Legault a continué de chasser dans les talles de Jean Charest.

Principalement, chez ces fédéralistes francophones qui ne savent plus trop où aller s’ils ne veulent plus du gouvernement Charest.

Mais c’est ce soir que la vraie chasse s’ouvrira.

Dans leur ultime face à face, François Legault et Pauline Marois se disputeront, fortement, le partage du vote potentiel de près de 80% des francophones.

(Selon les sondages CROP et Léger Marketing des deux premières semaines de la campagne, le Parti libéral n’avait plus que 20% des intentions de vote chez les francophones.)

L’enjeu est de taille puisque c’est le vote francophone nationaliste, mou ou plus dur, que les deux chefs chercheront à séduire.

C’est essentiellement ce vote qui déterminera, le 4 septembre, quel parti formera le prochain gouvernement. Minoritaire ou majoritaire.

Et c’est Pauline Marois, elle-même, qui en a déterminé l’enjeu central.

Depuis le début de la campagne, elle répète sur toutes les tribunes que cette élection porte sur un «choix de gouvernement», et non sur un référendum ou la souveraineté.

Or, ce faisant – pour ce qui est de la vaste majorité des francophones -, le PQ s’est retrouvé avec un compétiteur direct : la CAQ de François Legault.

Un compétiteur qui, sous la thématique de l’«intégrité» – un thème central de cette élection – a même réussi à doubler le PQ dès la première moitié de la campagne. Reste à voir si cet avantage se maintiendra jusqu’au vote.

Les sondages des deux premières semaines ont indiqué que le PQ maintenait malgré tout son avance chez les francophones. Le face à face de ce soir pourrait être déterminant, soit en consolidant cette avance, soit en la grugeant.

Cachez cette question nationale que je ne saurais voir

En fait, depuis le référendum de 1995, jamais un chef du PQ n’aura aussi peu parlé de l’option de son parti. C’est-à-dire que Mme Marois parle beaucoup du «pays» à faire, mais sans donner une idée claire du comment il pourrait se faire.

Ce qu’elle dit offrir est plutôt un gouvernement à la «défense des intérêts du Québec» cherchant à établir un «rapport de force» avec le fédéral.

Son discours s’adresse directement à ce qu’on nomme les nationalistes «mous».

Pour les souverainistes, Pauline Marois fait le pari que malgré l’absence d’engagement clair quant à son option, le sentiment anti-Charest est tel qu’ils voteront PQ pour tenter de bloquer la réélection du PLQ.

Or, ce soir, la chef péquiste devra travailler fort, très fort, pour convaincre les souverainistes qui entendent voter pour Québec solidaire ou Option nationale, ou sont tentés de le faire, que malgré le flou du programme péquiste sur la souveraineté, voter pour le PQ serait le «bon choix» pour eux…

Et la CAQ?

François Legault, lui aussi, cherchera à s’établir comme le «bon choix» – un choix nationaliste.

Mais un choix nationaliste qu’il présentera comme plus «ouvert», moins porté sur les questions identitaires que ne l’est le PQ de Pauline Marois. Un choix qu’il pourrait être tenté de présenter aussi comme moins porté sur le «passé», et plus sur l’«avenir»…

À l’opposé, il présentera le PQ comme le parti des «veilles chicanes» dont personne, selon lui, ne voudrait plus entendre parler.

S’il porte dans ses bagages un long passé de ministre péquiste qu’on disait parmi les plus «pressés» de faire l’indépendance – ou du moins, c’est de cette manière que M. Legault se présentait aux militants dans l’espoir d’en devenir un jour le chef -, il sera nettement plus délicat pour Mme Marois de le faire passer à son tour pour un «traître» à la cause.

Après tout, tout le monde a le droit de changer d’idée, dira-t-il. Même si ça porte sur une conviction aussi fondamentale.

Et ce sont les électeurs francophones qu’il devra en convaincre. Non seulement quant à sa «fiabilité», mais aussi, sa sincérité.

Car, à partir de demain, il ne restera plus que douze jours à cette campagne…

En cela,  leur ultime face à face de ce soir risque d’être bien plus déterminant encore pour la suite des choses que celui d’hier soir entre messieurs Legault et Charest.

***

(*) Voir aussi mon billet «Les retrouvailles» sur  la «dynamique» très particulière entre Pauline Marois et François Legault, laquelle remonte à un épisode de «trahison personnelle» mémorable datant de 2001…:

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21 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Si le PLQ Charest manquait beaucoup moins à l’éthique, nos fédéralistes se sentiraient beaucoup moins coupables de voter pour lui.

M. Charest va marteler que M. Legault demeure un séparatiste mais…à retardement. Un genre de bombe à retardement, afin que nos Anglos continuent généreusement à voter PLQ jusqu’à la mort et plus encore.

Legault n,a aucune crédibilité car il s’entoure des collecteurs de fonds des libéraux ces commandités à la Sirois qui rêvent de reprendre le pouvoir sans Charest . Et sa police son médecin et directrice des ingénieurs sont aussi sans aucune crédibilité .
Legault est entouré de 95% d’inconnus et ce n’est pas avec ces inconnus qu’il pourra former un gouvernement fort.
Votons Parti Québecois et vive l’indépendance de Notre Pays le Québec
MICHEL

Je crois que Legault a ecrasé Charest (je ne sais pas dans quelle mesure ce denier ne s’est pas aidé un peu à tomber…) et je pense que, le vote PLQ engrangé, Legault cherchera plutot, face à Marois, à prendre le rôle du « good cop ». Raisonnable, sans violence, plus rassembleur

C’est le rôle gagnant – et je suis d’ailleurs candidat indépendant dans Westmount-St-Louis pour offrir une alternative encore moins engagée ! – et quoi qu’il en soit des qualités et du talent des deux, je ne vois pas comment Legault pourrait ne pas gagner le débat de ce soir…

Pierre JC Allard

Je ne pense pas que M.Legault va baser sa stratégie sur les faiblesses du PQ, entre autre sur la question nationale. Il risque de recevoir l’élastic en plein visage.

Sur la question nationale, l’erreur de la CAQ est de ne pas avoir exploité le thème du fédéralisme renouvelé et de laisser tout le champs libre au PQ. Il aurait été pourtant facile pour la CAQ de la faire. Il semble qu’on aura plutôt choisi de courtiser la clientèle traditionelle du PLQ et de probablement satisfaire les contributeurs de la CAQ.

Je pense que ce soir, avec Mme Marois, il va surtout tabler sur l’immobilisme d’un gouvernement du PQ en matière de réforme, sur la crainte du PQ de trop brasser la structure et de s’aliéner les syndicats.

Évidemment Mme Marois voudra faire douter de la capacité de la CAQ de mettre en place tous les changements qu’il propose et du désordre public envisagé. En cela M.Charest a amorcé cette mise au doute.

Je ne cache pas ma très grande héritation concernant votre analyse de ce qui devrait arrivé dans le débat Marois/Legault.
Les journaliste trouvent toujours une façon de diriger les campagnes électorales.
De plus en plus Legault est maitenent le Jack du Québec.Il est bon,beau et fort comme dirait l’autre.
Pourquoi mettre la bar haute pour Marois et pas également pour Legault?
Demain je vous reli et j’ai hâte de lire votre résumé de ce dernier duel de TVA.

Pour moi le cas du PLQ et de Charest est réglé. J’espère même qu’il sera relégué aux oubliettes nébuleuses d’une deuxième opposition, puis d’une troisième opposition. Un cadavre en décomposition quoi !

Depuis les neufs dernières années, le Québec a été administré par un parti 100% fédéraliste, le PLQ de Charest, mais les problèmes issus des difficiles relations avec Ottawa n’ont jamais trouvées de solution. Le Québec n’est toujours pas signataire de la Constitution canadienne et aucun effort n’a été fait tant à Québec qu’à Ottawa pour faire avancer le dossier.

On aura beau faire comme s’ils n’existaient, ces problèmes nuisent fondamentalement à l’expression complète du potentiel québécois dans tous les domaines d’activité.

Le nationalisme de la CAQ n’est qu’un nationalisme de pacotille. En effet Legault nous répète à qui mieux mieux qu’il ne fera jamais de batailles pour aller chercher à Ottawa les pouvoirs nécessaires à la réalisation du plein potentiel de la société québécois.

Aussi la CAQ et Legault sont des chiens édentés. Ils auront beau aboyer la caravane passera. Si les libéraux de Charest n’ont pas réussi en neuf ans à ce que le Québec puisse adhérer à la Constitution canadienne, comment la CAQ de Legault pourrait-elle y parvenir.

Mais les problèmes issus du partage constitutionnel des pouvoirs continueront à bloquer l’adoption de solutions québécoises à des problèmes québécois. Ce n’est pas en cessant des regarder que les problèmes se dissolvent, Si c’était le cas, il y aurait longtemps que la Terre serait un paradis terrestre.

Je suis persuadé depuis longtemps que pour actualiser tout son potentiel, il est absolument nécessaire que le Québec puisse exercer TOUS les pouvoirs d’une nation normale.

Alors je ne vois pas pour quelles raisons nous enverrions à Québec un gouvernement qui, au départ, abdique par pur électoralisme racoleur à l’exercice des pouvoirs nécessaires au plein épanouissement de notre société.

La CAQ n’a pas l’expérience nécessaire pour diriger le Québec. Ce n’est pas la prise de bec de ce soir qui lui donnera cette expérience si nécessaire.

«Les ruses et les machinations ténébreuses ont été imaginées par les hommes pour venir en aide à leur lâcheté.»
[Euripide]

Pour moi, ce texte est ce que j’ai lu de plus complet et de plus clair. On devrait l’afficher un peu partout. Ça fait du bien de lire ce qui est pour moi la vérité (de plus en plus rare en cette période électorale).

Josiane

Lorsque l’on écrit que 20% de la clientèle du parti libéral est francophone je suis sidéré.
Parce que l’on sait que la clientèle du parti libéral est anglophone et allophone. C’est un mépris total de la réalité francophone. Alors ma réflexion est que si 20% des francophones se joignent aux anglophones et allophones pour élire un parti malhonnête je dis que ce sont des traîtres.

Effectivement ces deux partis, les PéQuêteux et CAQuêteux de pouvoirs d’intendance coloniale veulent nous voir revenir à la même dynamique politique vécue durant les années s’échelonnant de 1981 à 1992 sur la question nationale. Ils proposent de raviver « les vieilles chicanes » du partage de pouvoirs entre le Rocanada et le Québec ayant mené à l’Acte constitutionnel de 1982. Depuis 50 ans le Rocanada ne cesse de nous répondre NO: « The ONLY way is MY way, is NO way ! »

Seuls Option nationale et Québec solidaire proposent une suite logique à notre lutte nationale pour l’indépendance, une stratégie autre qu’un retour à une quête stérile de reconnaissance par le Rocanada d’une « société ditincte » pour sa colonie Kwibek. Une lutte interrompue par Lucien Bouchard, le PQ et ses membres en 1996 suite au référendum de 1995 où nous n’étions qu’à un demi point d’une majorité absolue de Québécois en faveur de l’abolition du statut colonial-provincial légué par le Conseil privé de Londres (l’Angleterre) au Rocanada en 1982.

François Legault a compris qu’avec l’usure du pouvoir libéral, une ouverture s’ouvrait aux électeurs orphelins fédéralistes. Il a donc changé d’allégence en créant une succursale libérale avec pratiquement le même programme politique soupoudré d’un nationaliste frileux réconfortant pour Ottawa où il ira ramasser quelques miettes sous la table après le repas de son maître.

Pour les deux précédants débats à TVA, j’ai attendu qu’ils soient terminés avant de commenter mais pas cette fois-ci.
Heureusement que François Legault ne portait pas un bracelet vérité qui sonne à chaque fois qu’il dit un mensonge, on ne s’entendrait plus. Plus bullschiteux que ça, tu meurs. Ménage, ménage, ménage, syndicat, syndicat, syndicat, à partir de quand? Après la création de la CAQ parce qu’avant il n’a pas plus les mains propres que n’importe quel politicien connu, pensée magique incluse.
Marois gagnante.

Legault a tenté de nous parler pendant dix minutes du budget de dépenses des partis politique en campagne électorale. Y avait du temps à perdre pour détourner le débat.

Ce matin, c’est évident: je ne pense pas que F.Legault a l’étoffe et l’envergure d’un premier ministre.
Trop criard, il semble à avoir beaucoup de difficulté à ne pas mentir.
Ce matin sur Twitter, je lis que le président de la CSN le traite de menteur car Legault n’aurait jamais demandé de le rencontrer.
D’autre part madame Marois aura à éclaircir sa position sur le référendum à initiative populaire car hier ça manquait de clarté.
Pourtant ces RIF se font ailleurs: exemple La Suisse et ça marche.

Impossible de bien comprendre Legault car il ment tout le temps et ce qui fait peur c’est sa haine évidente et constante contre les syndicats des travailleurs . Et dire que ce sont ces mêmes travailleurs et syndicats qu’il a exploité pour devenir riche car les syndicats finançaient son entreprise .
MICHEL

Le comble de l’ironie hier soir: Pauline Marois accusant François Legault de vouloir créer le chaos en remettant en cause la façon actuelle dont les commissions scolaires et le ministère de la santé gèrent leurs affaires, mais qui, ELLE, prône la séparation du Québec qui provoquera, on le sait tous, un bordel épouvantable.

N’est-ce pas Pauline Marois qui nous promettait, il y a quelques années, 5 ans de bordel économique advenant une séparation du Québec???

La logique de Pauline Marois est…déficiente, pour dire le moins!

On a bien compris le programme de Marois: statu quo, sauf référendum dans la confusion et droit de vote qui serait donné dans la confusion.

Ces débats ne sont ni plus ni moins que des combats de coqs. À l’origine de ces rencontres il en allait un peu autrement car les échanges étaient plus axés sur les fond, sur les idées.

Mais avec le temps, certains participants ont compris qu’ils n’avaient qu’à parler plus fort, couper la parole, ne pas arrêter de parler, bref prendre le crachoir pour donner l’impression d’occuper plus de place, sinon toute la place.

Le format de ces débats est sans doute bon pour les cotes d’écoute mais ne nous apprend pas grand chose sinon quelle est la poule qui chante le plus fort.

Je ressort du visionnement de ces 4 débats avec les conclusions suivantes.

1) Le PLQ de Charest est fini;
2) L’ON et Aussant ont été floués;
3) QS mérite d’être plus représenté à l’Assemblée nationale;
4) La CAQ de Legault fera un bon parti de l’opposition et que ce parti pourra alors nous montrer concrètement s’il a l’étoffe pour gouverner;
5) Le PQ et Mme Marois sont actuellement les meilleurs choix pour assainir le climat social et politique au Québec et que leur expertise acquise antérieurement en matière de gestion publique est une police d’assurance valable pour mettre en place un bon gouvernement.

«La poule qui chante le plus haut n’est pas celle qui pond le mieux.»
[Thomas Fuller]

Monsieur Legault (CAQ) est menteur disent plusieurs lecteurs, Mme Marois (PQ) l’est tout autant en plus d’être à mon avis une vraie langue de vipère; je choisis donc celui qui me fait tiquer pas mal moins que les deux autres et qui au moins ne séparera pas le Québec du Canada: Jean Charest et le PLQ sont mes choix.

@ Francois 1 Distinction essentielle. La sécessions du Québec ne se fera pas; l’élimination des Commissions scolaires est possible. Il faut donc y penser… cela dit, j »y suis favorable.

PJCA

Prochain face-à face: Marois contre Jacques Parizeau!

…et on attend toujours les commentaires de Bernard Landry…

Madame Legault, je trouve vos analyses toujours très éclairantes. Je suis tombé aujourd’hui sur cet article via Twitter. Pensez vous que Lucien Bouchard est le véritable fondateur de la CAQ. C’est difficile de se fier à un article de ce journal réputé pour son parti pris, mais vous qu’en pensez-vous. Je suis curieux.

http://lautjournal.info/default.aspx?page=3&NewsId=3912