L’UPAC se pavane

Dans un passé pas si lointain, les policiers se faisaient un malin plaisir d’exposer leur butin à la suite d’opérations d’envergure. Ils alignaient les liasses de billets, les mitrailleurs AK-47 et les kilos de cocaïne sur des tables pour le bénéfice des journalistes qui ne demandaient pas mieux. En ces temps modernes de corruption et de collusion, ils nous défilent des colonnes de chiffres!

Mercredi, le commissaire Robert Lafrenière dressait le bilan annuel de l’Unité permanente anticorruption (UPAC). L’escouade chargée de traquer les criminels en cols blancs et les politiciens accrochés à leurs enveloppes brunes a embrayé en deuxième vitesse, en arrêtant 43 personnes en 2012, contre six l’année précédente. Ses enquêtes ont mené au dépôt de 177 chefs d’accusation et à 450 perquisitions.

Et c’est loin d’être terminé comme s’en doutent peut-être certains personnages publics visités à plus d’une reprise par les policiers cet automne. L’UPAC a reçu 836 plaintes du public en 19 mois, et elle mène de front 22 enquêtes.

Les propos de Robert Lafrenière ne sont pas de nature à apaiser le cynisme et la colère des citoyens floués. La corruption et la collusion? Il y en «à la grandeur du Québec», pas seulement à Montréal ou dans l’industrie de la construction, a-t-il dit.

Au cours des prochains mois, les contrats d’infrastructures du ministère des Transports du Québec, les contrats gouvernementaux dits «complexes» dans les services informatiques, le Plan Nord, le réseau de la santé, Hydro-Québec et même les garderies seront scrutés à la loupe. L’UPAC va aussi s’intéresser aux stratagèmes utilisés par la mafia ailleurs dans le monde, en tissant des liens plus poussés avec les policiers étrangers. Le crime organisé évolue au-delà des frontières, en parfaite symbiose avec l’idéologie de la libéralisation des marchés. Les combines développées en Europe peuvent très bien trouver leur application au Québec, et vice-versa.

Le bilan de l’UPAC n’est pas sans failles. M. Lafrenière se réjouit de la liaison quotidienne établie entre la Commission Charbonneau et ses enquêteurs. Il n’y a pas si longtemps, il combattait l’idée même d’une commission d’enquête, en se rangeant derrière le gouvernement libéral de Jean Charest, comme le rappelle ma collègue Kathleen Lévesque. Des enquêteurs chevronnés ont aussi quitté le navire l’année dernière, symptôme d’une crise de confiance.

L’UPAC est déjà débordée par ses enquêtes, et voilà qu’elle devra s’occuper de faire les vérifications pour le Registre des entreprises admissibles (REA), en conformité avec la Loi 1 sur l’intégrité. M. Lafrenière assure qu’il n’y aura pas de débordements.

On veut bien y croire. Le public jugera du succès ou de l’échec de l’UPAC à la quantité et à la notoriété des «cibles» à qui les enquêteurs passeront les menottes en 2013. Pour l’heure, l’UPAC peut se féliciter de ses coups de filets.

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