M. Bastien et les catégories de citoyens

Le blogueur Frédéric Bastien semble considérer que la présence d’une femme voilée accompagnée de son conjoint et de leur enfant en poussette, au marché aux puces de Sainte-Foy, constitue un sujet d’intérêt public, dit Jérôme Lussier.

Photo: Peter McCabe/La Presse Canadienne
Photo: Peter McCabe/La Presse Canadienne

PolitiqueJ’ai lu, jeudi matin, le billet de mon collègue blogueur Frédéric Bastien, qui critique la décision rendue récemment par le juge Marc Paradis, de la Cour supérieure. Celui-ci a condamné l’éditeur d’un magazine de Québec à payer des dommages de 7 000 dollars pour avoir publié des photos d’une femme voilée, de son conjoint et de leur enfant sans leur consentement.

M. Bastien saisit l’occasion pour dénoncer «l’idéologie antiraciste» qui sous-tendrait ce jugement «absurde». Je me retiendrai d’écrire ici tout ce que je pense de ce texte, mais je soulèverai quand même les points suivants :

1) Avant de s’indigner de voir un juge déclarer que la publication d’une photo sans le consentement du sujet constitue une violation du droit à la vie privée, M. Bastien devrait lire le jugement en question, disponible ici. Il y apprendrait alors que la décision repose presque entièrement sur un précédent bien établi de la Cour suprême — le célèbre arrêt Aubry c. Éditions Vice-Versa — qui a même sa propre page Wikipédia.

M. Bastien sera peut-être rassuré d’apprendre que cette décision, qui date de 1998, mettait en cause la photo d’une jeune femme québécoise «de souche», assise sur un escalier extérieur sur la rue Sainte-Catherine, et que «l’idéologie antiraciste» n’avait pas le commencement d’un début de lien avec le raisonnement de la Cour dans cette affaire — ni dans celle qui nous occupe aujourd’hui. (AJOUT: Dans Aubry, la Cour a essentiellement jugé qu’on ne pouvait pas publier la photo d’une personne sans son consentement, à moins que le contexte soit clairement d’intérêt public (manifestation, incendie, catastrophe, rassemblement politique, etc.). Il va de soi que cette règle s’applique de la même manière à tout le monde — peu importe le sexe, l’origine ethnique ou la religion.)

2) M. Bastien semble par ailleurs considérer que la présence d’une femme voilée accompagnée de son conjoint et de leur enfant en poussette, au marché aux puces de Sainte-Foy, constitue un sujet d’intérêt public qui rendrait inapplicable le recours aux protections de la vie privée — incluant l’exigence d’obtenir le consentement d’une personne avant de publier sa photo.

Or, dans la mesure où peu d’activités sont plus banales et dépourvues d’intérêt qu’une visite au marché aux puces de Sainte-Foy, on se demande bien ce qui, en vertu des critères de M. Bastien, ne constitue pas un sujet d’intérêt public.

On devine la réponse : c’est la présence même d’une femme voilée qui est d’intérêt public, où qu’elle soit, et celle-ci ne devrait donc bénéficier d’aucune protection de sa vie privée. La conclusion est claire : ces protections ne bénéficient pas également à toutes les catégories de citoyens. Les Québécoises voilées, de même que leurs conjoint et enfants, n’ont donc pas les mêmes droits que les Québécoises non voilées. Les contours de l’idéologie anti-antiraciste prennent forme.

3) Si M. Bastien réfère à la décision du juge Paradis, ce n’est évidemment qu’à titre de prétexte pour se lancer dans une énième dénonciation du «gouvernement des juges», jérémiade populaire parmi les partisans de la Charte des valeurs. J’ai déjà écrit à propos de cette indignation populiste, et les extraits suivants apparaissent pertinents au cas qui nous occupe :

«Le mépris évident de M. Drainville et de ses acolytes envers le processus de contrôle judiciaire de sa loi cherchait précisément à remettre en cause l’héritage du libéralisme, pour revenir à un état politique antérieur où la majorité n’avait pas à s’embarrasser des droits et libertés protégées des individus. En l’absence de telles limites, rien ne s’oppose à l’ambition de l’État de régimenter les croyances religieuses ou politiques — incluant la possibilité d’interdire des pratiques religieuses ou culturelles minoritaires sans autre justification que le malaise anecdotique de la majorité.

Il s’agissait d’un retour assumé à une conception médiévale de la politique et de la démocratie, où l’enjeu n’était pas d’interdire ce qui est dangereux, dysfonctionnel, ou immoral, mais simplement d’interdire ce que «Nous» ne voulions pas voir, sans autre justification. Il s’agissait, autrement dit, d’ajuster la liberté des uns au malaise des autres.

Ainsi, les individus, plutôt que d’être libres jusqu’à preuve du contraire — preuve qui doit normalement satisfaire des critères rigoureux — se retrouvaient dépourvus de droits et de libertés, hormis ceux et celles que les aléas de la volonté majoritaire voulaient bien leur octroyer ou leur retirer, au gré de leurs préférences et leurs préjugés. C’est la définition même de la pensée antilibérale et de la dictature de majorité.

N’en déplaise à certains exaltés qui rêvent d’un retour au mob rule, les chartes des droits contraignent effectivement le fantasme d’une démocratie débridée et la pleine «liberté du peuple». Elles empêchent également les sociétés de répéter les graves erreurs du passé : totalitarisme, lynchages, génocides, politiques discriminatoires visant une race ou une religion minoritaire.

Loin de constituer une menace subversive pour l’humanité, les chartes des droits et libertés rendent explicite la frontière de la civilisation moderne en imposant des balises sécuritaires — presque conservatrices — issues d’expériences désastreuses. Les individus et les groupes qui choisiront de les rejeter devraient avoir, à l’avenir, le courage d’assumer publiquement leur régression politique.»

* * *

À propos de Jérôme Lussier

Jérôme Lussier est juriste et journaliste. Au cours des dernières années, il a notamment travaillé à Radio-Canada et tenu un blogue au journal Voir, en plus d’avoir été conseiller politique à la Coalition Avenir Québec. Il blogue sur les enjeux sociaux et politiques contemporains à L’actualité depuis 2013. On peut le suivre sur Twitter : @jeromelussier.

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21 commentaires
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«M. Bastien sera peut-être rassuré d’apprendre que cette décision, qui date de 1998, mettait en cause la photo d’une jeune femme québécoise de souche…»

Tiens, pas de guillemets à souche ? Cela risque de laisser croire que M. Lussier lui-même croit à cette histoire de « souche », notion défectueuse qui – exactement comme « ethnie » et la notion anglaise d' »heritage » – oscille perpétuellement entre deux sens contraires, l’un à peu près inoffensif et l’autre mortel: culture et nature, peuple et « race ». Puisque M. Lussier semble se poser en statue de l’antiracisme éclairant le monde, c’est un sujet que je propose à sa réflexion – bien que je doute fort qu’il s’abaisse à lire ceci. Ou alors, en pugnace et binaire militant, il va me prendre pour un supporter de M. Bastien…

«Merci pour cette observation judicieuse.»

Oh, tout le mérite en revient à votre employeur. En effet, dans L’Actualité de mars 1997, cette entrevue avec le journaliste Ray Conlogue si judicieusement intitulée : « It’s culture, stupid ! ». Extrait:

Conlogue: «L’ethnie n’a rien à voir avec la race. Ce sont les médias canadiens anglais qui utilisent les mots «racial» et «ethnique» comme s’ils étaient interchangeables. La racine grecque du mot ethnie est « ethnos », qui veut dire nation. Au temps des Grecs, le mot identifiait des gens qui partageaient une même culture, pas un même sang.»

« Bingo », m’exclamai-je. Grâce à L’Actualité, je tenais enfin mon ticket pour la pénible remontée des rivières pourpres.

Non seulement je suis entièrement d’accord mais, comme j’ai dit à M. Bastien dans les commentaires de son texte, malgré qu’il soit enseignant, il semble ignorer (volontairement peut-être) la définition de prosélytisme…

Bravo Mr.Lussier, j’avais besoin de voir une réponse à l’article de M.Bastien. J’avais vraiment été déçu de L’Actualité de laisser paraître son article. Article qui n’est pas retiré [encore]. Est-ce que vous, bloggeurs du magazine êtes soumis à une vérification? J’imagine qu’il est impossible pour Mme. Beaulieu de relire tout ce qui se publie, mais en lisant M.Bastien, je me suis soudainement interrogé quant au contrôle du contenu.

Bravo encore.

«J’avais vraiment été déçu de L’Actualité de laisser paraître son article. Article qui n’est pas retiré [encore].»

Tiens, un appel à la censure. Décidément…

Moi je ne comprend pas qu’on ait pu conclure à un préjudice et indemniser la femme voilée puisque précisément elle ne pouvait être reconnue… Tu peux pas être plus privée que ça… En tout cas…
Est ce que quelqu’un d’autre que moi voit cela de cette façon aussi?

D’accord que si tu te caches tu ne peux te plaindre puisque tu n’a pas été vue. On ne devrait pas accepter cette décision totalement absurde.

Bravo! M. Lussier.. Toujours pertinent.. Vos arguments sont difficiles à réfuter.. Alors reste à vos détracteurs à se réfugier sur des peccadilles…

Frédéric Bastien, Mathieu Bock Côté sont de l’école de pensée d’André Beauchemin… Des néo-réactionnaires de l’identitaire qui trouvent l’inspiration dans les écrits d’Alain Finkielkraut et l’islamophobie qui l’habite..

PKP aurait dû se tenir éloigné de cet entourage d’intellectuels à l’esprit dogmatique.. Le gâchis dans lequel il se retrouve en ce moment ils y sont pour beaucoup..

Il y a des commentateurs ici qui ne se sont pas donnés la peine de lire le jugement. Il ne s’agit pas d’une photo d’une femme, mais d’une femme en compagnie de son conjoint sans l’autorisation ni de l’un ni de l’autre. De plus, l’article qui montre une photo du couple citait le photographe affirmant que la femme dans ce couple avait les yeux maquillés (« étonnamment mis en évidence de façon très coquette par un contour de fard bleu ciel »), ce qu’elle nie. Le maquillage allant à l’encontre de sa religion, l’affirmation portait atteinte à sa réputation.

Inoffensif une femme voilée (on parle de Burka ici et non d’un simple voile où l’on voit le visage) dans un marché aux puces
à l’heure où NBC nous informe que des terroristes font du repérage dans les Centres d’achat?

La photo d’Aubry n,avait aucun rapport avec le sujet du magazine et la jeune fille avait plaidé qu’elle en avait souffert.

La Burka à Ste-Foy avait un rapport direct avec le débat sur les valeurs québécoises et on cherche encore les dommages causées à la dame qu’on ne pouvait pas identifiée puisqu’elle était MASQUÉE!

Bien que la décision du juge Paradis repose sur l’arrêt Aubry, c’est un jugement étriqué – même en regard de l’arrêt Aubry – et s’éloigne passablement d’une décision relativement récente de la Cour suprême (Alberta (Information and Privacy Commissioner) c. Travailleurs et travailleuses unis de l’alimentation et du commerce, section locale 401). Ainsi, on est en droit de se demander si ce n’était pas un jugement de complaisance étant donné la nature de la cause, qu’on pourrait classer d’« idéologie antiraciste » .

La protection de la vie privée que soulève Jérôme Lussier à son point deux doit être mise en relation avec la décision de la Cour suprême, citée ci-haut, où « la captation d’images de personnes se trouvant dans un lieu public alors que cela ne révèle rien sur leur intimité n’est pas une situation de vie privée. […] Mais elle remet les pendules à l’heure en expliquant que tout renseignement personnel n’est pas automatiquement un renseignement sur la vie privée d’une personne. » (Pierre Trudel, La Cour suprême ordonne de revoir les lois sur la vie privée). Selon cette décision, la remarque de Jérôme Lussier serait non fondée du moins en droit.

Lorsqu’une décision qui résulte pour un média à se demander si la publication dans un reportage d’une image serait considérer d’intérêt public par un juge, cela revient à dire que ce sont les tribunaux qui décident de l’intérêt public et ça ressemble drôlement à un gouvernement des juges.

«Lorsqu’une décision qui résulte pour un média à se demander si la publication dans un reportage d’une image serait considérer d’intérêt public par un juge, cela revient à dire que ce sont les tribunaux qui décident de l’intérêt public et ça ressemble drôlement à un gouvernement des juges.»

Très bon. Depuis plus de 30 ans on vit sous des gouvernements de juges. Certains comme Lussier trouve que c’est la 8e merveille du monde. D’autres comme moi, honnissent ce pays qui nient mes droits collectifs, mes droits à protéger ma culture et mon héritage inscrits dans près de 500 ans d’histoire sur ce continent.

@ Marc Sauvageau: «La protection de la vie privée que soulève Jérôme Lussier à son point 2 doit être mise en relation avec la décision de la Cour suprême, citée ci-haut, où « la captation d’images de personnes se trouvant dans un lieu public alors que cela ne révèle rien sur leur intimité n’est pas une situation de vie privée».»

C’est bien cela, M. Sauvageau. Je distingue une sorte de « symétrie dans l’erreur ». D’un côté, la sphère privée qui se ballade n’importe où, comme dans ce jugement où les gens sont photographiés sur la rue et non en privé ; de l’autre côté, la sphère de l’État qui se balade n’importe où, ce qui permet à M. Bastien de croire légitime de réguler comment les gens s’attriquent sur la rue (alors que le principe de laïcité, si et quand il s’applique, concerne uniquement la sphère restreinte de l’État).

Dans les deux cas, en somme, la notion de société civile (ou « vie sociale », comme l’appelle le comte Sforza) est effacée. Eh bien, puisque M. Lussier pose à l’expert en totalitarismes, je dis que voilà justement un point susceptible d’attirer l’attention du fier combattant antitotalitaire (♪ o bella ciao, bela ciao, bella ciao ciao ciao ♪), car pendant tout le débat sur la laïcité, de part et d’autre, des « lologues » (autrement dit, des militants prenant leur idéologie pour une science) [1] ont martelé comme si elle allait de soi cette distinction foncièrement défectueuse « espace privé » / « espace public » qui liquide la notion de société civile et engouffre la société dans l’État. Mais je m’empresse d’ajouter qu’il faut, comme toujours, rappeler aux excités et aux rhéteurs que poser un diagnostic de fascisme demande la coprésence de TOUS les facteurs du minimum fasciste, et pas juste d’un seul facteur. Car comme dit le proverbe, un ptérodactyle ne fait pas le printemps.

[1] Étant donné que M. Lussier est très vite à dégainer l’accusation de populisme etc, il risque de sauter sur l’occasion à cause de mon expression « lologue ». Alors pour parer le coup, je rappelle qu’il existe un mode savant pour dire « lologue », eh oui : il s’agit des guillemets. Ainsi le grand historien Gaetano Salvemini (antifasciste historique de la première heure, tendance gauche anticommuniste) mettait-il régulièrement d’ironiques guillemets aux prétendues « sciences » humaines (et encore sur son lit de mort rappelait que l’historiographie n’est pas une science) ; de même, le grand philosophe Benedetto Croce (antifasciste historique à partir de 1925, tendance droite libérale) faisait de même, mettant par exemple de baveux guillemets à « sociologie ». Tous deux étaient de grands humanistes, inquiets de la scientifisation de l’Homme par l’Homme, voire de la naturalisation/animalisation de l’Homme par volonté des « sciences » humaines d’imiter les sciences de la nature.

«Les chartes des droits contraignent effectivement le fantasme d’une démocratie débridée et la pleine «liberté du peuple». »

Curieusement, ca me rappelle le speech du chef de police incarné par Gian-Maria Volontè dans ‘ENQUÊTE SUR UN CITOYEN AU-DESSUS DE TOUT SOUPÇON’:.

«Le peuple est mineur et inconscient… La Cité est malade…»

Mais ce n’est pas tout:

«Elles [les chartes] empêchent également les sociétés de répéter les graves erreurs du passé : totalitarisme, lynchages, génocides, politiques discriminatoires visant une race [1] ou une religion minoritaire.»

Sans blaaaaague, comme disait Grock. Croyez-vous vraiment que pour arrêter un totalitarisme (du moins fasciste, car le totalitarisme communiste a « l’avantage », si on peut dire, de s’avancer plus carré, moins insidieux) il suffit de bataillons d’avocats ? Cette divinisation du droit laisse rêveur.

Par ailleurs, parlant de catégories de population, il est dommage que M. Lussier fasse ce qu’il reproche à M. Bastien. C’est-à-dire que d’un côté, à l’entendre, on a les minorités, angéliques et victimaires, et de l’autre, quiconque pouvant être accusé d’appartenir à la nauséabonde majorité, dont les pulsions totalitaires et génocidaires bien connues sont heureusement empêchées de surgir à bout de bras par d’héroïques juristes toujours sur la brèche.

L’égalité entre des groupes est une chimère, ne serait-ce parce qu’il y a un Je et plusieurs Nous, que chacun est de plusieurs groupes à la fois – parfois d’une minorité et d’une majorité à la fois – car personne ne se réduit à être seulement juif, seulement arabe, seulement juif arabe, seulement canadien-français, seulement latin, seulement francophone, seulement d’une orientation sexuelle, seulement homme ou femme, etc.. L’individu ne saurait être écrasé dans la catégorie, y compris les catégories « minorité » et « majorité », car les catégories (ou « enracinements » dans le vocabulaire de Simone Weil) sont plurielles. Donc, quand il y a discrimination, un seul groupe, toujours le même, est visé: ce groupe s’appelle « les citoyens », car lorsqu’il y a discrimination il y a atteinte au principe d’égalité de tous les citoyens. Aussi est-ce toujours en tant que citoyen et non en tant que canadien-français, en tant que citoyen et non en tant que francophone, en tant que citoyen et non en tant qu’athée, en tant que citoyen et non en tant qu’arabe, en tant que citoyen et non en tant que musulman, en tant que citoyen et non en tant que baby-boomer, en tant que citoyen et non en tant que « Noir », etc, que je me présente pour demander réparation dans la lumière glacée du judiciaire.

D’après moi, la fameuse Charte des droits si chère au juriste Trudeau (cet antiraciste racial, mais c’est une autre histoire) tend à saucissonner la population en différentes catégories de victimes potentielles d’une majorité présumée maléfique, catégories qu’elle prend pour des entités naturelles fixes, et favorise, par connexion avec le soi-disant multiculturalisme (qui est en réalité le contraire de ce qu’il croit être, à savoir un multinaturalisme, mais c’est la même autre histoire que tantôt) – favorise, dis-je, le corporatisme identitaire et le clientélisme et menace même la citoyenneté elle-même – à l’échelon qu’on voudra – en substituant à l’égalité entre les citoyens l’égalité entre des groupes. Le multiculturalisme est aussi identitaire que le nationalisme québécois est identitaire. Or «La démagogie s’introduit quand, faute de commune mesure, le principe d’égalité s’abâtardit en principe d’identité.» (St-Exupéry).

Tout ceci ne donne pas raison à M. Bastien pour autant. Ce qui m’intéresse est plutôt de vous réfuter l’un et l’autre.

[1]: «La division en RACES de l’humanité, aussitôt qu’elle cesse d’être une simple classification et devient une réalité, est une cause de troubles pour cette humanité et, si elle en avait le pouvoir, elle la détruirait, en raison de la scission inguérissable qu’elle produit entre les PEUPLES, qu’elle rend étrangers les uns aux autres.».- Benedetto Croce.

« Peu importe ce que des scientifiques chevronnés peuvent avancer : la RACE est, politiquement parlant, non pas le début de l’humanité mais sa fin, non pas l’origine des PEUPLES mais leur déchéance, non pas la naissance naturelle de l’Homme mais sa mort contre nature. » – Hannah Arendt

(Les majuscules sont de moi. Le racisme, en amont de la discrimination et bien avant le délire supplémentaire des prétendues races supérieures et inférieure, consiste d’abord à prendre les peuples pour des races).

Pêle mêle,

D’abord, permettez-moi quelques mots sur la photo choisie pour coiffer ce texte d’opinion de l’auteur: j’y compte à peu près 18 femmes qui regardent l’objectif, et de ce nombre j’en compte 13 qui portent le niquab, pas un hidjab, mais bien un niquab. Ce voile qui couvre la tête de la femme qui le porte, ne laissant que voir ses yeux. Treize femmes qui considèrent normal de porter un voile qui permets une socialisation, à visage couvert… On peut en jaser longtemps, mais ce voile plus « rigide » si j’ose dire, il nous informe de deux choses selon moi: d’abord, en se couvrant ainsi, l’on ne prends pas le parti de l’intégration à la société d’accueil puisqu’en partie du moins l’on ne juge pas opportun de découvrir son visage, de laisser voir un sourire, et tatati et tatata; ensuite, et quoi qu’on en pense, cela en dit long sur le niveau de religiosité de la madame qui le porte, parce que on peut patiner et faire des huit tant qu’on veut, si on omets la dimension religieuse du voile on omets l’essentiel… çé vrai pour le hidjab, ça l’est pour le niquab et ça l’est encore plus avec la burka.

Agnès Gurda dans La Presse signait un article récemment se penchant sur le nouveau livre d’une anthropologue française qui s’intéresse au recrutement fait par État Islamique (ÉA) auprès des demoiselles de confession musulmane; à un moment donné dans l’article, permettez que je paraphrase, on évoquait « la désincarnation du corps » induite par le voile intégral… Ce doit être en effet difficile d’incarner quelque chose que l’on s’efforce de couvrir et/ou de cacher me semble-t-il. J’ai pensé au texte de madame Gurda en voyant la photo.

===

La charte du père de Justin a en effet donné aux juges plus de pouvoir qu’aux élus malheureusement. Les juges sont nommés ne l’oublions pas, soit par les deux gouvernements qui ont eu le pouvoir au Canada, à savoir les conservateurs et les libéraux. Au delà du résultat des élections elles-mêmes il est important de signaler que ce sont les élus bleus et rouges qui nomment les juges… Il est urgent de revoir le processus de nomination des juges pour que ceux-ci reflètent aussi des valeurs autres que celles des deux grands partis. Ces nominations partisanes, rien de moins, sont d’autant plus importantes dans un régime politique où l’exécutif rennonce à ses devoirs et renvoit tout aux tribunaux. Le juridique en mène large et nous serions mûrs pour instaurer un mode de nomination par comission parlementaire indépendante par exemple… tout, sauf le processus partisan en place depuis actuellement. Nous hériterons ainsi d’une meilleure séparation des pouvoirs plutôt que d’un gouvernement de juges.

En passant, ce jugement est fondé sur la Charte des droits et libertés de la personne, donc la charte québécoise, ou si vous préférez, la charte à Ti-Poil.

@ Violetta Valery

Vous écrivez:

En passant, ce jugement est fondé sur la Charte des droits et libertés de la personne, donc la charte québécoise, ou si vous préférez, la charte à Ti-Poil.

===

Trois trucs:

1) La Charte des droits et libertés de la personne C’EST la Charte québécoise.

2) La Charte des droits et libertés de la personne du Québec a été adoptée le 30 juin 1975 par le gouvernement de M.Robert Bourassa. Elle est entrée en vigueur en juin 1976. Par ailleurs, l’info relative à celle-ci est facilement accessible via wiki et le libellé de la Charte est lui même vérifiable et disponible en ligne. On constate aisémentà la lecture que l’adoption date bel et bien de 1975.

3) Donc, résumons, la Charte des droits et libertés de la personne et la Charte québécoise ce sont des synonymes (…), et celle-ci a été adoptée par le gouvernement Bourassa en 1975 et entra en vigueur tandis qu’il était toujours au pouvoir en juin 1976.

Dans les faits, le Parti Québécois a été élu en novembre 1976, le premier ministre M.René Lévesque et son gouvernement en était à leur second mandat quand ils apportèrent des amendements qui entrèrent en vigueur en 1982, soit sept (7) années après l’adoption de la Charte originale… On parle toujours de la Charte des droits et libertés de la personne ou si vous préférez madame Valery de la charte québécoise, c’erst-à-dire de la charte de M. Bourassa.

Je trouve que vous portez un jugement rapide sur l’intérêt public de l’article de M. Cristea.

M Cristea est un immigrant vivant à Québec, qui publie un journal spécialisé sur l’immigration. Son article portait sur la réaction du public au marché aux puces de Ste-Foy, devant un couple dont la femme portait un niqab. Il n’y a sûrement pas beaucoup de niqabs à Ste-Foy, mais les gens savent que ce vêtement est associé à l’islam radical.

L’irruption d’une manifestation de l’islam radical à Ste-Foy, dans un journal voué à l’immigration, m’apparaît tout à fait d’intérêt.

Je conclus que si, selon votre opinion personnelle, ce sujet est dénué d’intérêt, il est illégal pour un journaliste d’en parler. Je trouve ça plutôt inquiétant pour la liberté de la presse.