10 questions: Clément Sauriol

«Les Montréalais s’apprêtent à redonner leur confiance à des incompétents notoires.»

Clément Sauriol

Clément Sauriol - DRParti : Indépendant
Site Web : sauriolclement.blogspot.ca
Âge : 67 ans
Statut civil : Célibataire
Enfants : Aucun
Animaux : Un chat et un aquarium
Lieu de résidence : Villeray, Montréal
Taxe foncière : Locataire
Lieu préféré à Montréal : Marché Jean-Talon
Voiture : Aucune
Dernier emploi : Travailleur autonome
Langues parlées : Français et anglais
Membre de quel parti : Aucun

[Cliquez ici pour accéder aux questionnaires des autres candidats à la mairie de Montréal.]

1. La corruption à Montréal peut-elle être éliminée dans un premier mandat ?

À la condition de mettre un surveillant derrière chaque employé de la ville, c’est oui. Mais soyons réalistes. Qu’il y ait du coulage, de la mauvaise gestion, voire du gaspillage, c’est une chose. Mais la pratique du détournement de fonds, qui a cours depuis 20 ans, doit être totalement éradiquée comme on débroussaille de la mauvaise herbe. Et ça doit prendre bien moins qu’un mandat.

À en croire les médias, Montréal serait la ville la plus corrompue du monde. On se calme. Nous nous sommes fait voler parce que nous étions gouvernés par des inconscients, des ignorants diplômés et bardés de reconnaissances académiques somptueuses et stupéfiantes. Des gens si imbus de leur savoir technocratique qu’ils se sont fait avoir par des vieux malfrats à peine éduqués. Ces vieux roublards de la magouille se sont fait une joie de plastronner ces élus, cantonnés dans leur tour d’ivoire, qui ne voyaient pas plus loin que le bout de leur nez. On a ridiculisé les plus orgueilleux et sans doute aussi menacé les plus vulnérables.

Pourtant, à Montréal, il est rarissime que les élus, les policiers, les juges et les édiles se fassent assassiner. Même au Canada, c’est rare. Ce qui l’est moins, par contre, c’est la facilité avec laquelle quantité de gens « responsables » se laissent acheter par des montants souvent ridicules au regard des sommes détournées. Autant les corrupteurs sont habiles, avides et cupides, autant les corrompus sont petits, mesquins et sans ambition. Dans un tel marécage où la fierté n’a pas cours, il est facile d’y semer la pagaille et d’y régner en maitres. C’est ce que les magouilleurs ont fait. Peut-on les en empêcher maintenant ? La réponse est oui, mais si vous les chassez par la porte, ils reviendront par le soupirail. Donc, il faudra une vigilance de tous les instants.

2. Y a-t-il trop d’élus à Montréal ?

Pour comprendre cette situation si particulière à Montréal, il faut remonter plus de 20 ans en arrière. Il fut un temps où on constatait que ceux qui prenaient les grosses décisions n’étaient pas élus. Ou bien qu’ils concentraient en leur personne trop de pouvoir. C’était le cas du temps de Drapeau. Au fil du temps, on a décentralisé ce pouvoir presque despotique pour le morceler entre des élus de quartiers, puis d’arrondissements. En fusionnant les villes, on faisait un pas vers une meilleure coordination des recettes fiscales régionales. On partageait les responsabilités. Ce fusionnement n’était pas parfait, mais il fallait lui laisser sa chance.

Au fil des ans, on l’aurait amélioré, et « une ile une ville » aurait pu ressembler à autre chose qu’un conglomérat de gros villages. Hélas, M. Charest a choisi la défusion pour de bas motifs électoralistes et pour ménager sa clientèle provinciale anglophone, provoquant une formidable embrouille dont nous ne sommes toujours pas sortis. Des pratiques étranges ont été importées des villes fusionnées vers le centre-ville, qui a perdu le contrôle sur son budget et son agenda. Aujourd’hui, ce ne sont plus de grands fonctionnaires qui gèrent la ville, mais des élus, qui, malgré leur bonne volonté, ne comprennent pas grand-chose à la gestion d’une grande ville.

Il nous faut un maire indépendant des partis politique qui puisse aller chercher, parmi tous les élus, ceux et celles qui sont les plus aptes à gérer convenablement notre ville. Cela veut dire que ces élus, sans être eux-mêmes des gestionnaires (mais tant mieux si de surcroît ils le sont), pourront aller chercher de l’expertise en dehors de leur entourage immédiat et puiser dans les réserves de talent de la ville.

Le rôle du maire n’est pas de gérer la ville. Il n’est pas et ne doit pas être un comptable. Il n’est pas le PDG d’une entreprise. Montréal est un organisme sans but lucratif (OSBL). Le maire doit s’assurer que chacun fait son travail et rendre ensuite des comptes à ses vrais patrons : les citoyens. Pas au comité exécutif, qui, comme son nom l’indique, est là pour exécuter la volonté populaire en votant des règlements et des contrats exemplaires.

3. Avez-vous voté lors des dernières élections municipales à Montréal ? Si oui, pour qui ?

Bien sûr que j’ai voté ! Je vote toujours, même aux élections scolaires. Sauf que la dernière fois, j’ai annulé mon vote en donnant ma voix à tous ceux qui se présentaient. Personne ne me semblait digne de confiance. J’avais raison, non ?

4. Montréal peut-elle redevenir la métropole économique du Canada ?

Là, on entre dans la bagarre entre les grandes villes. Au Canada, qui dit grandes villes, dit Toronto et Montréal. Je ne vois quel est l’intérêt de Montréal à tenter de rattraper Toronto pour obtenir ce titre de métropole des affaires. Et puis, de quelles affaires parle-t-on ? De la finance, de la transformation, du commerce de détail, de la petite et moyenne entreprise ? Montréal n’a même plus de vraie bourse, et Toronto pourrait bien perdre la sienne au profit de Londres.

Montréal doit travailler pour les Québécois et se tailler une place dans le monde, pas seulement au Canada. Pour cela, il faut que Montréal ait une personnalité originale, et en tant que seule vraie ville francophone des deux Amériques, Montréal est dix, même cent fois en avance sur Toronto. On ne se compare même pas. Nous n’avons pas les mêmes intérêts, et le Canada, surtout celui de M. Harper, se fiche complètement de Montréal.

5. Le climat entrepreneurial est-il suffisamment accueillant à Montréal ?

Je suppose que oui. Il ne se passe pas une semaine sans que l’on annonce ici et là de nouvelles entreprises, agences ou commerces qui viennent s’installer ici. Certes, on ferme aussi des commerces, mais c’est la même chose partout. Ce problème de délocalisation reflète la guéguerre abominable du coût de production.

Montréal peut avoir mieux à offrir que des bas coûts de production, c’est-à-dire un climat, une atmosphère de travail de qualité qui vaut toutes les petites économies faites sur le dos de travailleurs exploités jusqu’à la mort, comme on en voit dans d’autres grands pays que je ne nommerai pas ici. Il y a aussi des avantages fiscaux, la proximité du grand marché américain, une main d’œuvre instruite et qualifiée, des coûts énergétiques concurrentiels, des voies de communications qui ouvrent sur toute la planète… Ce n’est pas rien.

6. Le français est-il menacé à Montréal ?

Oui. D’ailleurs, le français est toujours menacé en Amérique du Nord, et ce n’est ni la faute des Américains, ni vraiment celle des anglophones du Canada qui font leur possible pour nous rabaisser. La faute réelle en revient aux francophones eux-mêmes, qui se laissent subjuguer par un anglais plutôt approximatif et qui délaissent leur véritable atout dans le monde : leur situation unique de grand état francophone des Amériques.

Il manque aussi à nos dirigeants cette volonté absolue d’imposer le français comme langue du commerce et des affaires, sans états d’âmes particuliers. Un peuple fier est d’abord fier de sa langue. Ce n’est pas le cas partout à Montréal. Certains voudraient faire de Montréal une ville bilingue. Je suis absolument contre et je le dirai haut et fort si l’électorat m’en donne l’occasion.

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7. La qualité de vie pour les familles est-elle aussi bonne à Montréal qu’en banlieue ?

Là encore, il faudrait comparer des choses comparables. À Montréal, il y a des quartiers qui l’emportent sur bien des banlieues. Si tant de gens optent pour les banlieues, c’est qu’ils doivent y trouver une qualité de vie à des coûts mieux adaptés à leurs finances qu’à Montréal, où les taxes foncières sont beaucoup trop élevées. Les quatre candidats qui se présentent avec les mêmes partis qu’avant sont tous plus ou moins d’accord pour hausser le rôle d’évaluation de 20%, histoire de faire du «rattrapage» (pour quoi faire, grands dieux ?). Et bien évidemment, au cours des quatre prochaines années, les taxes vont augmenter à l’avenant. Ils n’ont strictement rien compris et vont se (nous) tirer dans les deux pieds. Au train où vont les choses, l’exode vers la périphérie risque fort de s’amplifier.

8. Malgré les scandales, les Montréalais ont-ils toujours raison d’être fiers de leur ville ?

Pourquoi pas ? Ce ne sont pas tous les édiles qui sont corrompus. Cependant, on doit bien constater à regret (mais c’est un peu tard) qu’il aurait fallu qu’ils ouvrent les yeux et les oreilles quand c’était le temps. Ne l’ayant pas fait, je suis époustouflé de l’arrogance de certains d’entre eux, et ils sont nombreux, qui osent se représenter à ces élections. Je dis cela pour tous les partis politiques qui étaient là avant ces élections. Je souhaite que les électeurs, massivement, les renvoient à l’anonymat. Hélas, je doute fort que ce soit le cas.

Par une sorte d’aberration que je ne m’explique pas, les Montréalais s’apprêtent à redonner leur confiance à des incompétents notoires. Allez donc y comprendre quoi que ce soit… Doit-on n’y voir que la toute puissance des médias, qui leur enfoncent dans la tête, par les yeux et les oreilles, la nécessité de réélire ces individus tous plus ineptes les uns que les autres ? Quelle misère !

9. Les nouvelles constructions à Montréal sont-elles assez audacieuses ?

Montréal n’est pas vraiment une belle ville. Je la compare souvent à une sorte de marais dans lequel apparaît des oasis de beauté. C’est l’ensemble qui jure sur le particulier. Montréal a de beaux quartiers, de belles constructions, mais tout un amoncellement de rues commerciales où l’indigence visuelle vire au mauvais goût. Il y a beaucoup trop de travail bâclé. Certaines rues ne mériteraient rien d’autre que de tomber sous la dent d’un démolisseur. Mais on a aussi trop souvent détruit des bâtiments exceptionnels aux prétextes infâmes de rentabilité passagère. Le mal est fait. Vivement des concours d’architectes du monde entier pour revamper tous les quartiers.

10. Montréal est-elle un modèle d’intégration ?

De ce coté, je suis assez content. Depuis plus de 25 ans, les nouveaux arrivants s’intègrent assez bien à la communauté, surtout grâce à la loi 101. Il reste tout de même des irritants, mais je pense qu’avec de la patience, de la détermination et une saine ouverture aux autres doublée d’une volonté politique ferme, Montréal, si elle n’est pas encore un modèle d’intégration, peut le devenir assez rapidement.

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