Mali: saine prudence d’Ottawa

Le gouvernement canadien doit décider d’ici jeudi s’il poursuit (ou augmente) son aide militaire à la France, qui a pris la tête des opérations contre les organisations terroristes au Mali.

Certaines voix au Canada pressent le gouvernement Harper de s’impliquer davantage dans ce conflit. C’est le cas de l’ancien diplomate canadien Robert Fowler (qui a vu les terroristes d’al-Qaida de près lors de sa captivité de quatre mois dans le nord de l’Afrique, en 2008-09, dans la région concernée aujourd’hui par les combats), mais aussi de Stéphane Dion, du Parti libéral du Canada.

Il est plutôt inhabituel de voir le gouvernement conservateur, qui ne s’est jamais gêné pour prendre rapidement position sur la scène internationale (Syrie, Iran, Palestine…) et même parfois intervenir militairement (Libye), se faire pousser dans le dos pour s’engager plus à fond dans un conflit.

Pourtant, dans ce cas précis, la prudence affichée par Ottawa semble une position sage et équilibrée.

Pourquoi? Voici.

Les autres pays européens doivent faire leur part. La France est le fer de lance de l’intervention. Elle est en train de déployer 2500 soldats au Mali. La Grande-Bretagne et les États-Unis fournissent, comme le Canada, une aide logistique limitée à la France. C’est tout. Ailleurs, c’est le silence radio. Espagne, Italie, Allemagne et autres nations européennes se font discrètes. Pourtant, une déstabilisation du nord de l’Afrique aurait des conséquences importantes en Europe, continent à leur porte.

Tous les pays craignent un nouvel Afghanistan, une zone sans autorité, aux mains des terroristes d’al-Qaida, qui l’utiliseraient comme plaque tournante de leurs opérations contre d’autres pays ou contre des ressortissants étrangers en Afrique. Si le risque est aussi grand, la réponse doit être plus large que seulement quelques pays.

À quoi va ressembler la suite? Quel est le plan à long terme? L’enlisement en Afghanistan devrait aussi servir de leçon. La décision d’intervenir au Mali a été prise rapidement, les djihadistes ayant fait des avancées inquiétantes vers la capitale, Bamako. Il semble que l’entrée en scène de la France ait bloqué leur progression. Au moment d’écrire ces lignes, les troupes françaises et maliennes semblaient même avoir fait des progrès vers le nord, en territoire hostile. Mais ensuite?

Dans un billet récent, Bruno Charbonneau, directeur de l’Observatoire sur les missions de paix et opérations humanitaires à la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM, écrivait notamment ceci:

La France semble déterminée à rester au Mali « le temps nécessaire », mais nécessaire à quoi exactement? Quels sont les objectifs d’une telle guerre? Les objectifs affichés sont d’arrêter la progression des islamistes et de permettre au Mali de retrouver son intégrité territoriale. Quand nous y regardons de plus près, ces buts s’annoncent difficiles à atteindre.

Sans une vision plus claire des objectifs, la contribution du Canada devrait rester modeste.

L’Union africaine doit bonifier son rôle. Le Mali est dans la zone d’influence de la France, ce qui explique sa forte présence. Mais les pays limitrophes doivent aussi jouer un rôle dans ce conflit, qui menace de s’étendre ailleurs, comme la prise d’otages en Algérie le montre. Quelques pays d’Afrique ont promis un total de 2500 militaires supplémentaires, mais ils ne seront pas tous prêts rapidement.

L’attaché de presse du ministre Peter MacKay, Jay Paxton, m’a d’ailleurs confirmé que l’avion de transport canadien C-17 pourrait servir, dans les prochains jours, à amener des soldats d’autres pays d’Afrique vers le Mali.

Les soldats canadiens ont besoin de temps pour refaire leurs forces après une mission de combat difficile en Afghanistan. Ottawa a encore près de 1000 hommes à Kaboul, dans une mission d’entraînement des forces afghanes. Le Canada peut intervenir en cas d’urgence et donner un coup de main ponctuel, et logistique, mais une intervention à long terme est un pensez-y-bien. Les ressources sont limitées. (Il n’est toutefois pas question d’envoyer des soldats au combat).

Ceci dit, l’aide à la France et l’engagement au Mali ne sont pas dénués de sens pour autant.

Paris est un allié important.

Le Mali est l’un des pays prioritaires du Canada en Afrique (il en reste quelques-uns!), alors qu’Ottawa a versé près de 500 millions $ en aide internationale à ce pays depuis cinq ans — l’aide a cependant été arrêtée en mars dernier à la suite du coup d’État. Il est donc logique d’y consacrer du temps pour rétablir la situation. (Le Mali a aussi aidé à la libération de Robert Fowler en 2009)

Le Canada avait d’ailleurs eu des discussions avec la France et les États-Unis dès le printemps dernier sur une possible intervention au Mali.

Comme l’explique ce texte du New York Times, le printemps arabe, malgré son élan démocratique formidable, a aussi des effets pervers, notamment la plus grande facilité pour les groupes terroristes d’opérer dans ces régions. L’intervention en Libye, à laquelle le Canada a participé, a joué un rôle dans le développement des forces terroristes au Mali, notamment en rendant les frontières très poreuses. Il faut aussi que les pays occidentaux ramassent une partie des pots qu’ils ont contribué à casser.

Le texte «Al-Qaida 3.0 entre en jeu», de mon collègue Jean-Frédéric Légaré-Tremblay, explique bien l’importance du réseau terroriste dans cette région.

Le Canada est actif auprès de certains pays africains en ce qui concerne l’entraînement militaire. C’est le cas auprès du Niger, qui va d’ailleurs déployer des soldats au Mali. Des militaires canadiens vont d’ailleurs participer à l’exercice multinations Flintlock 13, en Mauritanie, en février et mars, avec des soldats du Niger.

Les Forces canadiennes sont bien au courant que cette région du nord-ouest de l’Afrique renferme un risque d’instabilité à long terme et qu’il faut y porter une attention particulière. Dans un texte publié cet automne dans le magazine, j’expliquais le plan de l’armée, qui commence à installer sept petites bases à l’étranger afin d’intervenir plus rapidement dans des missions de combat, de maintien de la paix, de lutte antiterroriste ou lors de catastrophes naturelles.

Ces nouvelles bases — des « centres de soutien opérationnel » — seront situées près de ce que l’armée appelle « l’arc d’instabilité », soit les régions du globe où des interventions militaires pourraient être nécessaires, notamment les Caraïbes, l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie. Pour sa plaque tournante en Afrique de l’Ouest, l’armée a considéré un temps le Mali, puis le Sénégal. La décision n’est pas encore prise.

La raison: avoir une base de soutient pour faire atterrir ses forces spéciales en cas de prises d’otages dans cette région volatile.

Il est fort possible que le Canada continue d’aider la France au Mali dans les prochaines semaines, soit avec la contribution actuelle (un avion de transport C-17), soit avec d’autres moyens. La France a notamment demandé au Canada de mettre d’autres avions à sa disposition. Il est même possible que les forces spéciales canadiennes, le JTF-2, soient mises à contribution pour aider les forces spéciales françaises, mais Ottawa ne confirmera jamais une telle information, classée secrète.

Tout est dans le dosage de l’intervention canadienne. Ne pas brûler d’étapes, s’assurer que la mission avance bien, que d’autres pays font leur part et que l’objectif est clair. La prudence actuelle semble la bonne marche à suivre.

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La problématique est que la notion de frontières, d’états et de souveraineté importe peu aux pratiquants de l’islam qui réclament le djihad. De la même manière la notion de temps est très relative. Comme ces organisations se nourrissent du martyre de leurs membres pour recruter toujours de nouveaux postulants, cette guerre risque d’en être une sans fin et peut dans sa mouvance informelle se déplacer à peu près n’importe où, incluant des lieux et places inattendus.

Si on peut considérer que La France avec ses alliés africains pourraient pour l’essentiel restaurer les frontières territoriales du Mali en l’espace de quelques semaines, on va une fois les terroristes repoussés, ailleurs, notamment sur des bases situées dans les pays limitrophes, devoir cimenter les frontières sommes toutes assez longues et peu protégées de l’espace nord malien, à fin que ce pays ne redevienne pas régulièrement ou sporadiquement le théâtre de nouvelles exactions.

Ce qui signifie une présence militaire de longue durée, une capacité de surveillance accrue et des forces d’intervention rapides qui soient prêtes à faire face à des djihadistes pour qui la mort est thérapie de la libération.

On peut supposer que l’armée française puisse assurer une partie de cette présence pour quelques années ; on peut encore se demander si les alliés naturels de la lutte contre la terreur ne devraient pas en faire plus, ce qui inclut un pays frère comme le Canada qui sur ce dossier ne se montre pas si sainement prudent que cela mais plutôt inerte et passablement insouciant.

C’est pourquoi, je reprendrais ici cette formule si chère George W Bush : « you are with us or you are with the terrorists » ; aussi je pense qu’il est grand temps que notre gouvernement Conservateur bien aimé précise – avec la diligence que nous lui connaissons sur d’autres sujets – sa position dans ce dossier et s’engage à la hauteur de ses intérêts dans une recherche active au niveau de toutes les solutions, lesquelles passent le plus naturellement du monde par la recherche de consensus et la concertation, le tout soutenu par un peu plus d’action.

Bonjour,

Bien sûr, cette intervention de l’Hexagone au Mali requiert une grande prudence d’Ottawa. Le Canada se doit de marcher sur la pointe des pieds. Surtout que le Mali est une ancienne colonie de France tout comme le Senegal…..

En conclusion, non pas pour mettre de cet huile sur le feu, mais ce qui ajoute un aspect volatile de soufre, pour tous ceux qui critiquent sans foi ni loi l Angleterre et sa colonisation, trouvez donc un seul endroit que la France colonisa dans le monde entier qui est en ce jour ( Riche et prospere ). Ce qui ajoute un danger exponentiel dans ce Mali…. Au plaisir, John Bull.

C’est quand même particulier de voir l’opposition pousser pour une plus grande intervention au Mali, eux qui se lamentent à n’en plus finir de Harper le guerrier (sic). Est-ce parce que l’initiative vient d’un gouvernement socialiste?

@John Bull: les ex- colonies britanniques africaines sont-elles mieux loties que les autres ex-colonies belges-portuguaises-italiennes-allemandes ou espagnoles? non…même que les principaux foyers de violence en Afrique sont surtout ds les ex colonies britts…l’Afrique l’Ouest a été un havre de paix jusqu’à la chute du mur de Berlin…

C’est bazarre non?

Devant la prudence de Stephen harper à céder aux prières de la France pour une présence Canadienne plus marquée au Mali, nos gauchistos-séparatistes sont étrangement silencieux.

Pourtant, c’est la Frônce non?

Jusqu’où allons-nous permettre aux jihadistes de s’étendre ?

Combien de populations allons-nous permettre à ces extrémistes de maintenir sous son joug de violence et d’esclavage ?

Quelles régions de la planète allons-nous sacrifier et lesquelles allons-nous tenter de sauver de la barbarie de tous ces barbus intolérants et ignorants ?

Les populations locales doivent-elles passer avant ou après nos intérêts pétroliers et économiques ?

C’est évident que les personnes comme Harper et beaucoup de ses supporters qui voient Dieu comme l’autorité suprême dans leur vie, doivent certainement hésiter avant de s’attaquer à des hordes barbares se réclamant d’un prophète qui aurait été le seul, sinon le plus important à avoir une communication directe avec Dieu. Et s’ils avaient raison se disent-ils sans doute. Ceci explique peut-être cela.

En attendant des jeunes filles sont violées, sont assassinées au nom d’un certain dieu. Des enfants meurent de faim et de maladie. Des mains sont coupées.

Pendant ce temps nos gouvernants réfléchissent.

Et on se dit civilisés ! Il y en a même qui trouve le moyen d’encore ramener les «gauchistos-séparatistes» sur le tapis. Quelle petitesse !

«Quel dommage que les imbéciles soient des gens si pleins d’assurance et les gens intelligents, si pleins de doutes.»
[Jean-Michel Wyl]