Marie-Victorin : l’avertissement de François Legault

La victoire de la CAQ dans Marie-Victorin n’annonce pas grand-chose de bon pour tous les partis d’opposition à moins de six mois du scrutin général. 

Ryan Remiorz / La Presse Canadienne

Si une élection partielle ne fait pas le printemps, celle de lundi soir dans Marie-Victorin annonce néanmoins un automne électoral difficile pour le Parti québécois (PQ). Mais pas seulement pour lui.

La victoire de l’infirmière caquiste Shirley Dorismond est sans appel. Même si le PQ a obtenu un niveau d’appuis essentiellement semblable à celui des élections générales de 2018 (30 %), il termine cinq points derrière la Coalition Avenir Québec (CAQ), qui s’offre le luxe d’ajouter une 76e députée à son caucus.

De plus, François Legault enregistre ce gain dans une circonscription qui a tour à tour été présentée comme un fief, une forteresse ou un bastion péquiste. Peu importe l’épithète, il faut maintenant l’employer au passé — et faire le constat que le Parti québécois n’a plus qu’une députée à l’ouest de Québec (Véronique Hivon, qui n’a toujours pas confirmé si elle sera candidate en octobre).

Pour un parti déjà au milieu d’une forte tempête, le coup est dur. « Dans six mois, les circonstances ne seront pas nécessairement aussi favorables au gouvernement », a affirmé lundi soir le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon. Peut-être. On a tout de même l’impression que les dernières semaines ont été plutôt difficiles pour le gouvernement, notamment en ce qui concerne le dossier de la gestion de la pandémie. Ce qui n’a pas empêché la CAQ de l’emporter.

Pour se consoler, le Parti québécois dira qu’il fut le seul à tenir tête à la CAQ lundi soir. Vrai. Mais qu’il ne soit pas au moins compétitif dans une telle circonscription et avec un candidat-vedette (Pierre Nantel) aurait été tout simplement catastrophique. En ce sens, le pire a été évité. Toutefois, une défaite demeure une défaite.

Des constats similaires s’appliquent au Parti libéral du Québec, qui a terminé la soirée en cinquième place (7 %), derrière les conservateurs d’Éric Duhaime (10 %). Les attentes étaient nulles pour les libéraux dans Marie-Victorin, mais il s’agit d’une circonscription où ils avaient obtenu 15 % des voix en 2018, et même 26 % en 2014.

Le résultat de lundi s’inscrit ainsi dans la lignée de ce que les sondages disent depuis des mois : ça va très mal pour Dominique Anglade, notamment chez les francophones. Et motiver les troupes — militants comme candidats — ne sera pas aisé.

Pour Québec solidaire (QS), le bilan est également en demi-teintes (on ne parlera pas de Martine Ouellet, qui termine à moins de 2 % avec son nouveau parti, Climat Québec). Avec 14,2 % des voix, la candidate Shophika Vaithyanathasarma a enregistré un score semblable à ce que les sondages nationaux accordent à QS. Mais dans Marie-Victorin, c’est cinq points de moins qu’en 2018. Quant aux propos dits ou écrits selon lesquels Gabriel Nadeau-Dubois était désormais le seul « vrai » adversaire de François Legault, on n’en voit pas le moindre effet pour le moment.

Il y a donc deux gagnants à la soirée de lundi. Avec 10,4 % des appuis fédérés autour d’une bannière anti-mesures sanitaires, la conservatrice Anne Casabonne s’en est bien tirée. Devancer les libéraux représente une forme de victoire pour un parti qui n’était nulle part en 2018, mais que le chef Éric Duhaime a complètement transformé au cours des derniers mois. Sa base d’appuis se trouve dans la région de Québec, mais il a montré lundi qu’il peut déranger ailleurs. À surveiller.

Somme toute, c’est évidemment François Legault qui sort grand gagnant de la partielle — dont il avait choisi la date avec soin, profitant au maximum de l’avantage stratégique qu’accorde la loi au gouvernement. Il a bien tenté de baisser les attentes lundi matin en mentionnant que la CAQ voulait simplement « faire mieux » que les 28 % obtenus en 2018, mais il n’aurait pas mobilisé la moitié du Conseil des ministres pour faire campagne avec Shirley Dorismond sans chercher la victoire.

Ces dernières semaines, François Legault a souligné à très gros traits combien il avait « besoin de Shirley pour faire équipe avec [le ministre de la Santé, Christian Dubé]. On a besoin d’une infirmière de sa compétence au gouvernement, a-t-il dit. J’ai besoin d’elle pour vous donner de meilleurs services en santé ». Rien de moins — et peu importe si cette recrue pourra siéger à peine une vingtaine de jours avant la pause estivale qui précédera le rendez-vous électoral.

Mais il avait aussi besoin d’une victoire pour envoyer un message aux autres partis : non, la baisse des appuis de la CAQ dans les récents sondages ne veut pas dire que le tapis lui glisse sous les pieds.

Une seule élection partielle ne fait pas foi de tout, et ne décide évidemment pas du sort d’une élection générale à venir. Néanmoins, ce que la CAQ a réussi lundi fera réfléchir les partis d’opposition. Dans une étude publiée en 2017 dans la revue savante Politique et Sociétés et qui passait au peigne fin toutes les élections partielles tenues au Québec entre 1970 et 2015, les chercheurs Ariane Blais-Lacombe et Marc André Bodet tiraient quelques conclusions qui éclairent le sens du vote de lundi.

Normalement, les électeurs votent moins pour le parti gouvernemental lors des élections partielles que lors des élections générales, notaient les auteurs. Une partielle profite donc davantage aux partis d’opposition, qui « canalisent l’insatisfaction populaire ». Ça n’a pas été le cas lundi. Les chercheurs affirmaient également qu’au Québec, « les élections partielles peuvent être envisagées comme des référendums sur le gouvernement » : c’est ce que l’histoire démontre… et c’est aussi ce que voudra en retenir François Legault.

Autrefois critique de la CAQ (autant pour sa position sur le racisme systémique que par rapport à la gestion de la pandémie), Shirley Dorismond aura maintenant l’occasion de faire entendre sa voix à l’intérieur du caucus. Le premier ministre attend visiblement beaucoup d’elle. La bonne nouvelle pour les deux est que l’étude de Blais-Lacombe et Bodet démontre que les députés élus lors d’une partielle ont un taux de réélection supérieur à celui des autres élus (87 % contre 72 %).

Cela lui donnera peut-être une véritable chance d’aider le gouvernement à « donner de meilleurs services en santé ».

La version originale de cet article a été modifiée le 14 avril 2022 pour indiquer que la circonscription de la députée Véronique Hivon (Joliette) se situe à l’ouest, et non à l’est, de Québec.

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Pour avoir vécu de près l’élection de Marie-Victorin, je dois dire que mon appréciation des faits est un peu plus nuancée.

D’abord, ce sont un peu moins de 800 voix qui séparent madame Dorismond de monsieur Nantel. Dans une élection générale avec des taux de participation plus élevés, un tel écart est loin d’être insurmontable.

Ensuite, monsieur Legault voulait absolument remporter cette élection. Lors de celle de 2018, il était encore chef de l’opposition, pas Premier ministre. Cette fois-ci, il est venu au moins trois fois dans la circonscription, s’est fait photographier avec de beaux sourires au côté de sa candidate, sans compter les nombreux ministres (des circonscriptions voisines notamment) et encore Christian Dubé qui sont venus en renfort de la candidate. Comme souligné par l’auteur de cette tribune.

Franchement avec de si belles passes, madame Dorismond ne pouvait guère se permettre de lâcher le ballon.

Un autre élément qu’on devrait peut-être prendre en compte, c’est le nombre des candidat(e)s. Pas moins de 12, je ne crois pas que dans une partielle, il y ait jamais eu autant de candidatures. Comme plusieurs d’entre elles en étaient de qualité. On peut penser à Anne Casabonne ou encore Martine Ouellet. Les électeurs qui se sentaient sollicités, n’avaient que l’embarras du choix.

Qui plus est les instituts de sondages se sont lamentablement trompés quant aux intentions de vote des citoyens. Ainsi Shophika Vaithyanathasarma de Québec Solidaire, a obtenu 14,21% des suffrages exprimés, c’est très exactement le même pourcentage que ce parti avait obtenu lors des élections partielles de décembre 2016. Pourtant elle n’était crédité que de tout au plus 3%. Anne Casabonne (Parti Conservateur du Québec) fait plutôt bonne figure avec 10,41% des votes, elle qu’on ne prévoyait qu’en toute fin de peloton. Ce sont d’assez belles prémices pour ce parti qui pourrait causer des surprises en octobre prochain. Comme l’estime aussi Guillaume Bourgault-Côté.

Il y a finalement, depuis une quinzaine d’années ou plus dans certains secteurs, une évolution de la démographie en Montérégie, ceci ne déroge pas de la circonscription de Marie-Victorin qui compte désormais une forte proportion de personnes issues entre autre de la Communauté haïtienne. C’est une communauté qui déjà à Montréal est politisée, laquelle sur la Rive-Sud agit également.

Comme il n’y a pas actuellement de note biographique complète sur madame Dorismond, je ne peux confirmer qu’elle fasse parti de la communauté haïtienne, il n’en reste pas moins certain qu’une partie au moins de ses origines sont caribéennes.

Le fait de solliciter les communautés culturelles plus présentes à Longueuil que jamais peut-être payant. Ce fut le cas en 2018 pour Lionel Carmant dans la circonscription voisine de Taillon qui fut celle de René Lévesque en encore Pauline Marois.

Il est possible qu’à l’avenir l’ensemble des partis devraient prendre plus en compte, les changements effectués dans la structure de la population. D’ailleurs Catherine Fournier (notre ancienne député) qui a du flair politique, l’a très bien compris dans sa course à la mairie de Longueuil avec une liste de conseillers assez multiculturelle et trans-générationnelle qui l’ont tous emporté à l’exception d’un seul district. — Ceci devrait être porteur d’enseignements.

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